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"Si l’un d’entre nous est attrapé en train de filmer, il sera exécuté"

Publié par MaRichesse.Com sur 22 Mars 2016, 08:50am

Catégories : #GUERRE, #PHOTO

"Si l’un d’entre nous est attrapé en train de filmer, il sera exécuté"

La difficulté de produire des informations en Syrie n’est pas simplement logistique et liée au contexte des combats incessants. L’information et son contrôle sont l’une des obsessions de chaque camp, du régime d'Al-Assad jusqu'aux djihadistes. "Un type arrêté par le régime pour avoir vendu des armes a des chances d’être relâché, dit Chamsy Sarkis. Un activiste média dans le même cas mourra en prison."

La propagande est un aspect essentiel de la domination de l'Etat islamique dans les territoires qu'il contrôle. Depuis septembre 2015, ils ont cessé de fournir les autorisations de travail des journalistes. Ceux qui avaient obtenu ces autorisations par le passé ont été arrêtés. "Ils vérifiaient tout, mais au moins, on pouvait filmer", rappelle Chamsy Sarkis. 

A Rakka, capitale syrienne autoproclamée du groupe djihadiste, un groupe de dix-sept personnes alimente continuellement un site activiste, Rakka is Being Slaughtered Silently (RBSS) depuis avril 2014. Ils ne se connaissent pas entre eux et communiquent avec d’autres membres du groupe basés en Turquie ou en Europe. Quatre collaborateurs ont été assassinés, dont un à Gaziantep en Turquie, le vidéaste Naji Jerf. Un reporter de RBSS basé à Rakka, Tim Ramdan (le nom a été modifié), raconte au Monde.fr son travail quotidien : 

"Ils nous menacent directement dans des vidéos, mais aussi dans des prêches à la mosquée, où les habitants de Rakka sont encouragés à nous dénoncer en échange de sommes d’argent."

Membre du projet depuis sa création, Tim Ramdan a appris à filmer et à prendre des photos en cachette.

"Nous savons que si l’un d’entre nous est attrapé en train de filmer ou de prendre des photos, il sera exécuté."

"Pour nous, la révolution de l’information est déjà gagnée"

Le site RBSS s’est imposé comme une source essentielle pour les médias occidentaux. "Nous avons su gagner la confiance des grands médias", résume Tim Ramdan. Un de ses "scoops" a été l’exécution de Maaz Al-Kassasbeh, un pilote jordanien capturé et brûlé vif par l'EI.

Les djihadistes ont diffusé une vidéo de sa mort en février 2015, après des négociations ratées avec la Jordanie pour obtenir la libération d'otages. En réalité, le pilote avait été assassiné un mois auparavant, comme l'avait prouvé le travail de RBSS.

Beaucoup des médias nés de la contestation sont en voie d’institutionnalisation. C’est le cas des Journaux intimes de la Révolution, un web-documentaire franco-syrien réalisé par sept activistes dans différentes villes du pays, dont la première saison a été diffusée sur Arte et Mediapart en 2013. Une deuxième saison vient de commencer, sur la chaîne YouTube Revolution Diaries et bientôt sur un site dédié. Les derniers épisodes racontent le retour des manifestations dans les zones dites “libres”, à la faveur de la trêve.

Là encore, la professionnalisation progressive des vidéastes saute aux yeux. "Nous avons formé nos reporters dans un atelier à Gaziantep, en 2015", raconte la coordinatrice du projet, Caroline Donati.

S'il est difficile de savoir si tous ces médias survivront – "Il n’y a pas de marché en Syrie, pas de publicité à vendre, donc pas de viabilité économique à moyen terme", résume Enrico De Angelis – il est indéniable que "la révolution a formé une nouvelle génération de journalistes."

Ces nouveaux médias tendent tous vers la création d'un pluralisme politique, même en temps de guerre. Enrico De Angelis analyse : 

"La Syrie reste un pays en guerre, et tous ces médias sont contre le régime et pour la révolution. Derrière l’idée de construire un système médiatique indépendant, il y a l’espoir que la Syrie devienne un jour une démocratie."

Depuis Rakka, où il filme la vie sous le joug de l’EI, Tim Ramdan partage cet espoir :

"Nous devons continuer jusqu’à avoir un pays libre, démocratique, loin du terrorisme."

A plus court terme, une autre leçon de l’aventure médiatique indépendante s’impose déjà, selon Chamsy Sarkis : 

"Pour nous, la révolution de l’information est déjà gagnée. Car le régime n’a pas réussi à nous empêcher d’informer."

Violaine Morin

 

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