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Conseils, science, sante et bien-être


Sauter à pieds joints dans la vie

Publié par MaRichesse.Com sur 28 Mars 2016, 04:26am

Catégories : #PEOPLE

Sauter à pieds joints dans la vie

Lysanne Richard est âgée de 34 ans. Elle est la fière mère de trois enfants et est artiste de cirque. Comme si ce n’était pas assez, elle fait du plongeon de haut vol et a même remporté l’or à la dernière Coupe du monde de la FINA, présentée en février à Abou Dhabi. Se voit-elle comme une superwoman?

«Non, pas du tout», dit d’entrée de jeu l’athlète de Chicoutimi.

«Il y a plein de femmes qui travaillent 40 heures par semaine, qui s’entraînent et qui ont des enfants. Chaque femme est unesuperwoman à sa façon», poursuit avec fermeté celle qui évolue aussi sur le circuit Red Bull.

 

Rencontrée à la piscine du Parc olympique – où elle s’entraîne régulièrement –, la maman de Louka, 14 ans, Éli, 7 ans, et Flavie, 2 ans, raconte comment le plongeon de haut vol et elle ont bien failli ne jamais se rencontrer.

Coup du hasard

À l’âge de 7 ans, le plongeon est arrivé en quelque sorte par accident dans la vie de Lysanne.

«Il n’y avait plus de place pour mon groupe d’âge dans les cours de natation, se remémore-t-elle. Mais à la table d’à côté, il y avait les inscriptions pour le club de plongeon.»

Comme il n’y avait pas de programme sport-études en plongeon au secondaire, elle s’est ensuite exilée à Québec pour poursuivre son développement.

«Lorsque j’y repense aujourd’hui, je réalise que mes parents ont cru en moi», dit-elle en ajoutant à la blague qu’elle n’aurait pas fait ça à son ado de 14 ans.

Des problèmes aux oreilles l’obligent toutefois à rentrer au bercail.

Même si elle met le plongeon en veilleuse, elle se fait la promesse de ne jamais oublier le premier contact visuel qu’elle a eu avec le plongeon de haut vol, à l’âge de 10 ans, au Village Vacances Valcartier.

Remise en question

En 2000, au terme de sa deuxième année à l’École nationale de cirque, Lysanne passe l’été chez nos cousins français, à Berck, dans le Pas-de-Calais, pour donner des spectacles de plongeon de haute voltige.

Dès lors, elle entame une remise en question. L’appel du haut vol est si fort qu’elle n’est plus certaine de ce qu’elle veut.

Au moment où elle doit prendre une décision, ça cogne à la porte. C’est la cigogne. Elle n’a que 20 ans.

«Les gens de notre entourage étaient surpris, indique-t-elle. Pour mon conjoint et moi, c’était planifié, mais à très court terme.

«Ça m’a aidée, de devenir maman jeune, confie-t-elle. J’ai toujours eu le réflexe d’avancer dans la vie, même si j’avais une famille.»

Comme de fait, elle retourne sur les bancs d’école et obtient son diplôme en 2004. Elle prendra part, entre autres, à des productions du Cirque du Soleil et du Cirque Éloize.

Résilience

En 2013, la FINA décide d’inclure la discipline du haut vol à son programme. Une fois de plus, les astres ne sont pas alignés.

Lysanne rate les deux premières années de compétition en raison de sa troisième grossesse et d’un contrat de cirque.

Elle participe finalement à sa première compétition à Cozumel, au Mexique, en mai 2015. Elle ne supporte pas la pression et finit dernière.

Toutefois, elle se ressaisit et termine l’année brillamment en obtenant la cinquième place au classement général de la FINA et du Red Bull.

Depuis, son ascension est fulgurante et elle veut continuer sur sa lancée.

«J’ai obtenu de bons résultats et je veux prouver que je suis capable de maintenir ça.»

Son plus grand désir serait de prendre part aux Jeux olympiques de Tokyo en 2020, si la discipline est présentée.

 

UNE DISCIPLINE DANGEREUSE

Avant de s’élancer d’une plateforme perchée à 20 ou 22 mètres au-dessus de l’eau, Lysan­ne Richard prend toujours une bonne inspiration. Pourquoi? Parce qu’à cette hauteur, la moindre erreur peut être fatale.

 

Que ce soit «bras», «tête» ou «saute», elle se répète constamment ces mots-clés afin d’optimiser sa performance et éviter du même coup tout accident.

«“T’es capable.” C’est la dernière affaire que je me dis avant de sauter.»

Puis elle saute.

Elle franchit la distance qui la sépare de la surface de l’eau – comparable à un édifice de cinq étages – en trois petites secondes. Sa vitesse avoisine 80 km/h.

«Il ne faut pas avoir froid aux yeux!» admet-elle.

Lorsqu’elle est en compétition, elle s’exécute à trois reprises.

Avec les pieds

Le haut vol se distingue aussi des autres disciplines par l’entrée dans l’eau.

Les 10 premiers mètres servent à exécuter les figures et les vrilles, tandis que les 10 derniers sont utilisés pour se positionner afin de pénétrer dans l’eau les pieds en premier.

Normalement, les plongeurs (1 m, 3 m et 10 m) fendent l’eau avec les mains.

«Lysanne est comme un chat qui retombe toujours sur ses pattes», raconte Cory Kennedy, un de ses entraîneurs à l’Institut national du sport du Québec.

Ce dernier croit d’ailleurs qu’elle est la meilleure du monde pour les entrées dans l’eau avec les pieds.

Désavantagée

À Montréal, Lysanne doit se contenter de la tour de 10 m de la piscine du Parc olympique.

Moyennant des frais supplémentaires (la présence d’un entraîneur et d’un agent de sécurité), elle peut se jeter en bas d’une petite estrade juchée à 17 m du bassin.

«Lorsque j’apprends un mouvement, je le pratique à la tour du 10 m et je dois par la suite me lancer en bas de la plateforme du 20 m sans l’avoir pratiqué [de cette hauteur]», dit-elle.

Ses adversaires sur le circuit jouissent d’un luxe fort différent.

«La plupart des athlètes que j’affronte ont pris part à The House of Dancing Water – le plus grand spectacle aquatique du monde. Ça leur permet de pratiquer le haut vol tous les jours.

«On m’a offert d’y aller à quelques reprises, mais ça ne fonctionnait pas avec ma réalité familiale», raconte-t-elle.

Des plongeons spectaculaires

À ce jour, le triple saut périlleux avant avec une vrille et demie est le plongeon le plus difficile qu’exécute Lysanne.

«Sur la base du degré de difficulté, c’est un 4,0. C’est le plus gros mouvement sur le circuit en ce moment. Mais je ne suis pas la seule à le faire.»

Le prochain qu’elle aimerait réaliser est un triple saut périlleux arrière avec deux vrilles, bon pour un degré de difficulté de 4,2.

Jusqu’ici, personne ne l’a réussi en compétition chez les femmes.

 

«J'AIMERAIS QU'IL M'ARRIVE UN MIRACLE»

Lysanne Richard ne bénéficie que de peu de financement.

PHOTO LE JOURNAL DE MONTRÉAL, PIERRE-PAUL POULIN

Pour un athlète de haut niveau, l’appui financier de son pays est primordial afin de se maintenir parmi l’élite. Même si elle brille à l’échelle mondiale, Lysanne Richard ne peut pas compter sur l’aide financière du Canada, car son sport n’est pas reconnu comme une discipline olympique.

«Financièrement, j’aimerais qu’il m’arrive un miracle», convient Lysanne d’un air incrédule.

Selon ses dires, elle a encaissé moins de 15 000 $ CAN en bourses pour l’année 2015.

Elle a pourtant obtenu une deuxième place lors d’une compétition Red Bull au Texas et elle a terminé cinquième au classement général de la FINA et du circuit Red Bull.

Bien que les dépenses (vols, hébergement, etc.) soient couvertes par les deux circuits, le fardeau financier est trop important pour qu’elle puisse s’en réjouir.

Brevet

Le plongeon est un des nombreux sports financés par Sport Canada.

Toutefois, puisque la discipline du haut vol n’est pas présentée aux Jeux olympiques, Lysanne ne peut pas être une athlète dite brevetée, donc elle n’est pas admissible au Programme d’aide aux athlètes (PAA) de Sport Canada.

Les brevets sont attribués à des athlètes qui se qualifient dans un sport olympique.

«Chaque sport a droit à un nombre de brevets précis qui est basé sur le nombre de places qu’un pays peut obtenir aux Jeux olympiques, a expliqué Plongeon Canada au téléphone. Pour l’instant, nous pouvons envoyer 16 plongeurs.»

Pour la saison 2014-2015, les plongeuses des Fab IV, composés de Meaghan Benfeito, Roseline Fillion, Jennifer Abel et Pamela Ware, ont chacune reçu 18 000 $ en allocations de subsistance du PAA, soit le plus gros montant qu’un athlète a encaissé durant cette période.

Compensation

En ce moment, Lysanne Richard est prise dans les tentacules de Sport Canada.

Étant donné qu’elle n’est pas brevetée par Sport Canada, elle n’est techniquement pas membre de l’équipe nationale de Plongeon Canada.

«C’est important pour nous de la traiter de la bonne façon, car elle représente le Canada aussi bien que nos autres athlètes», a expliqué Plongeon Canada, qui a reçu en 2013-2014 la somme de 415 667,14 $ de la part de Sport Canada pour le Programme d’aide aux athlètes.

Devant cette situation, l’organisme à but non lucratif dit ne pas être resté les bras croisés et affirme avoir soutenu Lysanne pour environ 30 000 $ depuis 2015.

«Nous avons essayé de trouver des solutions pour qu’elle puisse s’entraîner dans les meilleures conditions malgré tout ça.

«On ne pense pas qu’elle est pénalisée en ce moment», souligne la fédération sportive.

«Nous finançons son entraînement au complet à la piscine olympique.

PHOTO LE JOURNAL DE MONTRÉAL, PIERRE-PAUL POULIN

«Nous avons réglé la facture pour les modifications qui ont été faites aux installations olympiques afin qu’elle puisse plonger de 17 m et nous assumons les coûts de son entraîneur et de ses spécialistes.»

La principale intéressée se dit d’ailleurs très reconnaissance de l’aide qu’elle reçoit de Plongeon Canada.

«Sans eux, je ne serais probablement pas où j’en suis», a-t-elle dit.

Situation semblable au Québec

C’est le même son de cloche au ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport du Québec.

Les plongeurs reçoivent le statut d’«excellence» par rapport au pointage qu’ils obtiennent sur les scènes provinciale et nationale.

«Tout ça est pris en considération dans un calcul qui leur permet d’être sélectionnés dans les équipes du Québec», dit Plongeon Québec.

Comme il n’y a pas de circuit de haut vol au Québec en ce moment, les bases de comparaisons sont inexistantes.

Il n’y a donc aucune façon d’évaluer Lysanne et de lui octroyer une bourse.

La fédération sportive québécoise tente d’organiser des événements de haut vol afin d’avoir des comparatifs pour l’inclure dans une équipe.

Elle est la seule représentante de son sport en ce moment.

Lorsque Lysanne sera brevetée par Sport Canada, elle sera automatiquement inscrite sur l’équipe d’excellence du Québec.

«Sport Canada n’est pas le problème, mais bien la solution», conclut Lysanne, en ajoutant qu’elle aimerait voir son statut changer rapidement.

QUAND LA FAUNE AQUATIQUE S’EN MÊLE!

Sur le circuit Red Bull, les plongeurs de haut vol travaillent en milieu naturel.

«Au Mexique, il y avait des alligators où on plongeait», se souvient Lysanne.

Un gros serpent a dû être sorti des eaux au Texas et deux raies se promenaient allègrement à Abou Dhabi.

 

UNE FORCE DE LA NATURE

PHOTO LE JOURNAL DE MONTRÉAL, PIERRE-PAUL POULIN

À 34 ans, Lysanne Richard n’est pas la doyenne sur le circuit de la FINA ni sur le circuit Red Bull. Loin de là.

«Je ne suis vraiment pas la plus vieille!» souligne celle dont l’âge se situe dans la moyenne.

En effet, la palme revient à Ginger Huber, âgée de 41 ans.

«Je dis toujours à la blague que tant et aussi longtemps que Ginger va continuer, j’ai le temps qu’elle continue plus sept, raconte-t-elle. Quand elle va arrêter, je vais me donner un autre sept ans!»

À l’inverse du plongeon régulier, les plongeurs de haut vol atteignent leur zénith dans la trentaine.

Du moins pour le moment.

«La relève est de plus en plus jeune», constate Lysanne, qui croit que c’est en grande partie attribuable au fait que son sport vient de voir le jour.

Longévité

On dit souvent que les performances sportives résident à 90 % dans le mental et à 10 % dans le physique.

C’est on ne peut plus vrai dans le cas du plongeon de haut vol, affirme Lysanne.

«L’âge nous aide beaucoup. On se connaît mieux. L’expérience de vie nous aide à mieux gérer le stress.

«Je travaille plus intelligemment en étant une mère que si je ne l’étais pas, avoue-t-elle. Je ne serais pas assez peureuse si je n’étais pas maman.

«La moindre blessure a un énorme impact sur ma réalité familiale. Je dois être prudente.»

 

Forme physique

Même si l’aspect mental joue un rôle primordial, Lysanne ne délaisse pas le gymnase pour autant.

«À mon âge, je n’ai pas le droit d’arrêter. Ça me prend beaucoup plus de discipline qu’avant», reconnaît-elle.

Dans un monde idéal, elle s’adonne à cinq préparations physiques de 30 minutes par semaine en plus de plonger à cinq reprises.

«Elle a la même condition physique qu’une plongeuse de 24-25 ans membre de l’équipe canadienne», avance Cory Kennedy, un de ses entraîneurs à l’Institut national du sport du Québec.

Si Lysanne doit s’absenter pour raison familiale, elle ne cherche pas d’excuse et trouve toujours le moyen de rattraper le temps perdu.

«Il y a beaucoup d’athlètes qui sont à l’aise avec le fait de manquer un entraînement. Ce n’est pas le cas de Lysanne», confirme M. Kennedy. 

 Source

 

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