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Conseils, science, sante et bien-être


Pesticides : quels effets sur la santé de vos enfants ?

Publié par MaRichesse.Com sur 23 Mars 2016, 13:18pm

Catégories : #ENFANT, #SANTE-BIEN-ETRE, #ENVIRONNEMENT, #POLLUTION

Pesticides : quels effets sur la santé de vos enfants ?

Epidémiologiste, toxicologue, professeur de santé environnementale : nos experts vous disent tout ce que vous devez savoir sur les pesticides et leur impact sur la santé des plus jeunes.

 

Ces dernières années, de nombreuses études ont paru au sujet des pesticides. Entres autres, elles ont démontré leur implication dans l’augmentation de troubles neurologiques chez l’enfant tels que l'hyperactivité, les troubles de l’attention, la dyslexie ou encore l'autisme. Récemment, l’émission Cash investigation (« Produits chimiques : nos enfants en danger », diffusée le 2 février 2016 sur France 2) s’est également penchée sur la question, donnant lieu à plusieurs polémiques.

Et pour cause, le « dossier pesticides » est complexe : noms de produits impossibles à retenir (le fameux chlorpyriphos-éthyl), données chiffrées parfois sorties de leur contexte, messages (trop ?) alarmants… Pas toujours facile de suivre. Pour comprendre l’essentiel du problème, nous avons donc demandé à plusieurs experts de faire le point.

« Il se passe clairement des choses chez l’enfant » : la parole à Xavier Coumoul, toxicologue

« Les pesticides sont des perturbateurs endocriniens, particulièrement dangereux pour les organismes en développement – qu’il s’agisse d’un  embryon, d’un fœtus, d’un enfant ou d’un ado. Au sein de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), nous avons observé un certain nombres d’effets liés à une exposition professionnelle en période prénatale – ce qui veut dire avant la naissance, lorsqu’une femme enceinte manipule des pesticides. Nos analyses ont notamment montré une augmentation des risques de fausses couches, de malformations congénitales, de leucémie et de tumeurs cérébrales. Concernant les expositions résidentielles en période prénatale (usage domestique de produits ou proximité d’une zone agricole), il existe aussi des risques de malformations, de diminution du poids à la naissance et d’atteintes au neurodéveloppement (altération de la motricité, difficultés attentionnelles, hyperactivité). En termes de bilan, il se passe clairement des choses chez l’enfant. »

Et si les pesticides touchent particulièrement les enfants d’agriculteurs (les agriculteurs, eux, sont les premières victimes), leurs effets sont loin de se limiter au milieu rural. En effet, l’exposition résidentielle, c’est aussi l’exposition par voie alimentaire : résidus de pesticides dans les eaux de consommation et dans la nourriture. Alors, qu’en est-il de la toxicité de nos aliments ?

« Il ne faut pas céder à la paranoïa » : la parole à Luc Multigner, épidémiologiste

« Les conséquences d’un usage domestique courant des pesticides ou de l’exposition via les eaux de consommation et les denrées alimentaires sont encore mal connues. Certaines recherches pointent des risques, en particulier parmi les femmes enceintes et les jeunes enfants, mais les conclusions restent incertaines. À ce sujet, nous subissons un déferlement médiatique, particulièrement angoissant, qui ne reflète pas la réalité scientifique. En France, par exemple, les normes concernant les eaux de consommation sont, dans l’état actuel des connaissances, très protectrices (bien plus qu’elles ne le sont aux États-Unis ou au Canada) et les taux résiduels constatés dans les aliments ne sont pas, à l’heure actuelle, de nature à entraîner des risques mesurables. Dans ces conditions, il n’y a pas de raisons d’éviter la consommation des eaux du robinet, ou de restrictions particulières sur les aliments. »

Un discours rassurant, défendu également par Xavier Coumoul. Il tient d’ailleurs à revenir sur une polémique récente : « Dans Cash Investigation, il a été dit que 97% des denrées alimentaires contiennent des pesticides. C’est un message alarmiste et trompeur. La véritable information, c’est que 97,4% des échantillons contiennent des résidus de pesticides dans les limites légales et que 54% n’en contiennent pas du tout ! Ce qui signifie aussi que seuls 3% des aliments – qu’ils soient bio ou non – dépassent ces limites. » Cela étant dit, ce n’est pas parce que les risques ne sont pas mesurables qu’ils n’existent pas. En l’absence de certitudes, il serait donc préférable d’appliquer le principe de précaution.

« Une preuve solide est-elle nécessaire ? » : la parole à Philippe Grandjean, professeur de santé environnementale à l’université d’Harvard

« Il existe douze produits chimiques dont nous sommes certains qu’ils représentent un véritable danger pour le développement du cerveau humain [plomb, méthylmercure, biphényles polychlorés, arsenic, toluène, manganèse, fluorures, chlorpyrifos, dichlorodiphényltrichloroéthane, tétrachloroéthylène et éthers diphényliques polybromés, NDLR]. Pour les autres, il faut vraiment se demander si une preuve solide est nécessaire car le problème c’est que nous ne pourrons obtenir cette preuve solide qu’en étudiant de nombreux enfants dont le cerveau aura déjà été endommagé par ces produits chimiques. Voulons-nous vraiment attendre que les scientifiques réunissent un nombre suffisant de victimes avant de nous décider sur la protection de nos propres enfants ou petits-enfants ? Ils méritent d'être aussi intelligents que possible et de conserver tous les talents de leur bagage génétique pour pouvoir profiter au mieux de la vie. »

Pour cela, il faut tenter – à notre échelle - de limiter les risques d’exposition des enfants aux pesticides. Nos experts, ainsi que l’Association Santé Environnement France, nous rappellent les principales lignes de conduites à suivre. 

Comment limiter les effets néfastes des pesticides ?

- Enceinte ou dans un logement où vivent des enfants, évitez ou réduisez au strict minimum l’usage des pesticides. 
- Si toutefois vous utilisez des produits à usage domestique (par exemple, un anti-moustique) : évitez tout contact avec des aliments ; après traitement d’une pièce, aérez bien avant d’y retourner.
- Dans votre jardin ou votre potager, utilisez des moyens de protection (gants, masques) ; cherchez des solutions plus naturelles ou tournez-vous vers des produits écolabellisés. 
Mangez bio, dans la mesure possible. Sinon, pensez à bien laver et peler vos fruits et légumes.
- Près d’une zone d’épandage, essayez au maximum de ne pas sortir lorsque des produits sont pulvérisés. 

Pour approfondir : 

- L’ouvrage de Philippe Grandjean, Cerveaux en danger, Protégeons nos enfants, paru le 11 février 2016 chez Buchet/Chastel.
- L’expertise collective de l’Inserm, « Pesticides : Effets sur la santé » à laquelle ont contribué Xavier Coumoul et Luc Multigner.
- D’autres conseils de l’Association Santé Environnement France grâce au petit guide santé du bio-bébé.


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