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Ne rêvez pas, la vraie croissance ne reviendra pas

Publié par MaRichesse.Com sur 11 Mars 2016, 04:57am

Catégories : #ECONOMIE, #FRANCE, #EUROPE

Ne rêvez pas, la vraie croissance ne reviendra pas

Les perspectives pour les dix ans à venir s’annoncent très modestes. Et les espoirs d'une meilleure coordination des politiques économiques menées à travers le monde semblent minimes.

Le Commissariat général à la stratégie et à la prospective, aussi appelé France stratégie, se lance dans un nouveau projet à la fois ambitieux et risqué: «élucider les enjeux de la prochaine élection présidentielle et, au-delà, ceux de la décennie 2017-2027». Qu’un tel exercice soit réalisé par un organisme placé auprès du Premier ministre pouvait laisser a priori un peu sceptique: ne serait-ce pas là une façon d’orienter les débats dans un sens favorable à la majorité actuelle? Mais la démarche est intéressante et le premier dossier publié dans ce cadre promet des débats d’un bon niveau. 

Le thème retenu, la croissance mondiale d’une décennie à l’autre, est fondamental: selon la réponse apportée à cette question, les programmes de politique économique et sociale qui pourront être proposés l’an prochain seront nécessairement différents. La déception provoquée par le quinquennat en cours repose en partie sur une erreur grave de diagnostic. Après la crise financière de 2007-2008 et la crise européenne de 2010-2011, la nouvelle majorité issue des élections de 2012 pouvait espérer bénéficier d’un retour à une activité plus soutenue. Mais la reprise annoncée discours après discours par le président de la République (tantôt elle allait venir, tantôt elle était là) a beaucoup tardé et, de surcroit, quand elle est enfin arrivée, elle s’est révélée poussive.  

La conséquence de cette erreur (commise sur la base des estimations fournies par la plupart des instituts de conjoncture) en a été une politique économique difficilement compréhensible, car soumise à plusieurs révisions imposées par les événements. Ceux ou celles qui brigueront la présidence en 2017 devront donc avoir en tête une idée relativement précise de ce qui les attend: on ne programme pas son action de la même façon selon qu’on doit prévoir d’insérer son pays dans une croissance mondiale robuste ou que l’on doit adapter l’économie et la société à une assez longue période de croissance modeste. Or, le second cas de figure risque fort de s’imposer.

Tendance générale au ralentissement

La croissance mondiale s’était établie à un rythme de 4,1 % l’an entre 1997 et 2006, elle est revenue à 3,5 % entre 2007 et 2016 (les trois derniers trimestres de l’année en cours ne devraient pas modifier profondément cette estimation). Tandis que les économies émergentes et en développement ont continué à avancer à vive allure (5,4 % l’an entre 1997 et 2006, puis 5,5 %), les économies avancées ont vu leur croissance s’affaiblir considérablement, de 2,5 % à 1,1%.  Et, à l’intérieur de ce groupe, c’est la zone euro qui a été le plus à la peine: de 2,3 % de croissance l’an entre 1997 et 2006 à 0,5 % ensuite. 

Cette dernière période (2007-2016) incluant des phases de forte dépression, il est possible de prévoir une moyenne annuelle plus élevée pour les années 2017-2026, mais la raison incite à rester prudent dans ses prévisions. 

Le niveau élevé des inégalités a un effet négatif d’autant plus fort qu’il réduit le consensus social nécessaire aux réformes

D’abord, il faut s’attendre à une moindre croissance des pays émergents, ainsi que l’illustre de façon très claire le cas de la Chine, où la progression du PIB, supérieure à 9% l’an sans discontinuer de 2002 à 2011, s’éloigne doucement mais régulièrement de ce chiffre (le gouvernement se fixe un objectif d’au moins 6,5% par an jusqu’en 2020). Plusieurs de ces pays sont dans la période délicate de transition entre un développement porté par les exportations et un modèle davantage centré sur la demande intérieure, d’autres subissent de plein fouet la chute du prix des matières premières et de l’énergie.

Des freins à la croissance

Quant aux économies avancées, elles sont confrontées à des degrés divers à trois problèmes majeurs. D’abord, le vieillissement de la population, qui se traduira par une progression moins rapide de leur population active, affectera directement leur dynamisme et pèsera sur leurs finances publiques. Ensuite, à l’endettement des ménages et des entreprises s’est ajouté après la crise financière l’endettement public. 

Si certains pays ont réussi à réduire leur endettement privé, d’autres, comme c’est la cas dans la zone euro, ne l’ont que très peu allégé alors que leur dette publique s’est fortement alourdie. C’est un frein à la croissance d’autant plus puissant qu’il leur difficile de réduire le poids de la dette dans un contexte d’inflation très faible. Enfin, le niveau élevé des inégalités a un effet négatif d’autant plus fort qu’il réduit, souligne France Stratégie «le consensus social nécessaire aux réformes favorables à la croissance». On le constate en France…

À cela s’ajoutent d’autres incertitudes qui concourent à l’émergence de la crainte d’une«stagnation séculaire», soit par le déclin de la productivité, qui affecte la croissance potentielle, soit par le caractère durable d’une inflation faible, qui conduit à ce que les taux d’intérêt , même quasiment nuls, soient encore trop élevés pour stimuler l’investissement productif.  

Sur le premier point, quelques économistes se montrent un peu moins pessimistes, tel Gilbert Cette, à la Banque de France, qui souligne que l’Europe est en retard dans la diffusion des nouvelles technologies et peut bénéficier d’un phénomène de rattrapage si les réformes structurelles nécessaires sont faites. Mais, en ce qui concerne le niveau des taux d’intérêt et l’inflation, les craintes restent vives, en dépit des efforts massifs déployés par les banques centrales.

Bilan: pas d’accélération à attendre

Pour être complet, il faudrait parler aussi des risques géopolitiques, qui sont réels mais difficilement quantifiables, et de l’impact de la transition écologique, qui fera l’objet d’une étude ultérieure. Au total, estime France Stratégie, «il est prudent de ne pas tabler pour la décennie à venir sur un rebond important de la croissance mondiale». L’hypothèse centrale retenue est celle d’un maintien autour du chiffre de 3,5%. Si les craintes exprimées ci-dessus se révèlent justifiées, ce chiffre pourrait être ramené à 2 ,7% et, en cas de bonnes surprises, la limite de 4% pourrait être atteinte.

Après la crise de 2008, beaucoup d’espoirs avaient été mis dans le G20: enfin pays émergents et pays avancés allaient coopérer pour un développement économique plus harmonieux. C’était une erreur

Comme cela a été souligné à propos de la productivité, des réformes structurelles peuvent permettre de favoriser la croissance. Mais, estime Gilles Moec, économiste en charge de l’Europe à Bank of America Merrill Lynch, celles-ci risquent de ne pas suffire à réduire le chômage. L’Europe a aussi besoin d’un puissant programme de stimulation. Problème: on ne voit pas ce plan se mettre en place. Et ce qui se passe en Europe n’est qu’un des aspects du manque de coopération économique à l’échelle mondiale.

FMI: la reprise risque de dérailler

De ce point de vue, la dernière réunion du G20 Finance (réunion des ministres des finances et des gouverneurs de banque centrale des pays membres du G20) à Shanghai les 26 et 27 février a été particulièrement décevante (en supposant qu’on en ait attendu quelque chose). Avant la réunion, le FMI avait publié une note dans laquelle il attirait l’attention sur le risque que «la reprise déraille à un moment où l’économie mondiale est très vulnérable aux chocs négatifs». Dans cette note, il demandait que soient renforcées les politiques visant à stimuler à la fois l’offre et la demande. 

Le message a été entendu, mais les représentants du G20 ont estimé que les récentes turbulences sur les marchés financiers ne reflétaient pas l’état réel de l’économie mondiale (ce qui n’est pas faux, les marchés exagérant toujours, à la hausse comme à la baisse, les craintes ou les espoirs que l’on peut formuler  sur la conjoncture économique).  Ils ont réaffirmé qu’ils utiliseraient tous les instruments disponibles (politique monétaire, politique budgétaire, réformes structurelles), mais sans prendre aucune décision nouvelle concrète.Business as usual.

Une intervention a beaucoup rassuré, c’est celle du gouverneur de la banque centrale chinoise, étrangement silencieux tout au long de la crise boursière au début de l’année, qui a affirmé que son pays ne chercherait pas à utiliser l’arme de la dévaluation compétitive pour relancer l’activité. Et, deux jours plus tard, la Banque de Chine annonçait qu’elle abaissait le taux de référence du yuan face au dollar… L’inquiétude des milieux financiers a toutefois été rapidement calmée par une autre mesure (la baisse du taux de réserves obligatoires des banques) visant à permettre une relance du crédit. Au total, si l’on excepte ce petit couac, on peut dire qu’il ne s’est rien passé à Shanghai et que chacun continue à faire ce qu’il estime bon pour lui sans plus se soucier de l’évolution d’ensemble de l’économie mondiale.

L’Allemagne, une réussite, pas un exemple

Après la crise de 2008, beaucoup d’espoirs avaient été mis dans le G20: enfin pays émergents et pays avancés allaient coopérer pour un développement économique plus harmonieux à l’échelle mondiale. C’était une erreur. Il y a eu effectivement une action concertée à l’automne 2008 et dans les mois qui ont suivi au moment où chacun a redouté un effondrement généralisé et une plongée dans la dépression. Mais, dès que le danger s’est éloigné, chacun est retourné à ses petites affaires.

Si, lors de la prochaine campagne pour l’élection présidentielle, des candidats nous promettent une forte croissance, nous aurons quelques raison de penser qu’ils sont inconscients ou menteurs

Un point préoccupe particulièrement les économistes: les déséquilibres des échanges extérieurs. Si les déficits de certains pays traduisent une faiblesse de leur économie, les excédents d’autres pays sont l’expression d’un excès d’épargne et d’une demande intérieure insuffisante. D’un point de vue global, les excédents sont aussi inquiétants que les déficits. Et plus le poids économique d’un pays est important, plus ses excédents posent un problème, car ils impliquent des déficits profonds d’autres pays. Que la balance des paiements courants de l’Etat de Singapour présente un excédent atteignant 21% de son PIB n’est pas une menace pour la stabilité financière mondiale. Que l’Allemagne, première puissance économique en Europe, ait un excédent représentant 8% de son PIB pose un vrai problème à ses partenaires.

«Si on en sort à la façon espagnole [reconquête de parts de marché à l’extérieur grâce à une compétitivité-prix accrue par des baisses de salaires, ndlr], ce sera très lourd pour tout le monde, y compris la France», souligne Gilbert Cette, qui ajoute: «l’Allemagne est une réussite, ce n’est pas un exemple.» On ne peut en effet  se satisfaire en Europe d’une situation où chacun tente de repartir grâce à la croissance prise aux autres.

Se méfier des promesses

Bref, les perspectives de croissance à l’horizon des prochaines années restent modestes. Il est certain que chaque pays peut améliorer son sort en menant les réformes nécessaires, mais des facteurs objectifs, tels que le vieillissement, l’endettement et les inégalités constituent des freins sérieux à court et moyen terme et la médiocre coordination des politiques économiques au niveau européen et mondial ne permet pas d’espérer une utilisation optimale de toutes les possibilités de stimulation.

Si, lors de la prochaine campagne pour l’élection présidentielle, des candidats nous promettent une forte croissance grâce à leur action, nous aurons quelques raison de penser qu’ils sont inconscients ou menteurs. À moins qu’ils puissent prouver que ces analyses de l’économie mondiale sont fausses. Ce n’est pas gagné! 

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