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Comment je suis devenu gangster

Publié par MaRichesse.Com sur 20 Mars 2016, 11:57am

Catégories : #JUSTICE

Comment je suis devenu gangster

Des milliers de dollars en poche, du cannabis, du crack: à 17 ans, Carl* était convaincu d’être le roi des gangsters dans son quartier de l’est de Montréal. Maintenant âgé de 19 ans, il a accepté de raconter son parcours au Journal.

Carl, comment es-tu devenu trafiquant de drogue?

J’ai grandi dans une bonne famille, mais la vie était dure. Nous n’avions pas d’argent. Mon grand frère était dealer et il était le gars le plus respecté de notre quartier. L’argent est rare d’où je viens: c’est un quartier pauvre et multiethnique. Mon frère s’attirait le respect parce qu’il était parti de rien et possédait maintenant beaucoup d’argent et une belle voiture. J’ai eu envie de devenir comme lui.

 

Quand as-tu commencé à vendre des stupéfiants?

Je jouais beaucoup au basketball. Quand je me suis blessé, je n’avais plus rien à faire. Vers 14 ou 15 ans, j’ai commencé à vendre du pot. J’achetais du stock que je revendais plus cher. Je suis parti de rien et j’ai fait fortune. À 17 ans, je pouvais acheter facilement 5 ou 6 livres de pot à la fois. À l’époque, une livre valait 1500 $.

Comment tes parents ont-ils réagi?

Très mal, surtout que je n’allais plus à l’école. Ils me demandaient ce que j’allais faire de ma vie. Mais en même temps, ils ne pouvaient pas faire grand-chose, car je ramenais beaucoup d’argent à la maison. Il y a des fils de riches qui dealent de la drogue pour s’amuser. Moi, c’était par nécessité. Ma mère ne peut pas m’acheter de souliers? Je vais me débrouiller.

Dans quelles circonstances as-tu été arrêté par la police?

J’ai été dénoncé par quelqu’un de mon entourage pour une chicane d’arme à feu. J’avais 17 ans lorsque les policiers ont débarqué chez moi à 7 h du matin. J’ai eu une sentence de deux ans de garde fermée en centre jeunesse pour possession d’une arme à feu et trafic de drogues. Je déteste le centre jeunesse. Il y a toujours un intervenant avec toi. Mais au moins, on te dit les choses que tu dois entendre, même si c’est difficile.

Ta sentence se termine bientôt. Penses-tu encore vendre de la drogue?

Je ne sais pas. C’est tout ce que je connais. Même la musique que j’écoute, faite par les gars du quartier, ne parle que de ça. Ça me reste dans la tête. Pour les jeunes des quartiers pauvres de Montréal, c’est un moyen rapide de faire de l’argent. Si j’avais continué le basketball, je n’en serais pas là aujourd’hui. Ma mentalité aurait sûrement été différente. Mais les jeunes pauvres sont laissés à eux-mêmes.

* L’identité de Carl doit demeurer anonyme en raison de la Loi sur les jeunes contrevenants.

DEALER, PLUS «INTÉRESSANT» QU’ALLER À L’ÉCOLE

Carl* termine présentement de purger une peine de deux ans en garde fermée pour avoir été trafiquant de drogues.
 

Le cas de Carl n’est pas unique. Dans le livre Parcours, chacun son temps, paru cette semaine, 33 jeunes délinquants qui purgent une peine au site Cité des Prairies du Centre jeunesse de Montréal, racontent pourquoi et comment ils sont devenus des criminels. 

«Dans mon enfance, j’ai vécu la pauvreté, la violence. Il y avait des gars de gang dans mon entourage. À 16 ans, j’ai trouvé ma mère morte sur le divan. Depuis ce temps, mon cerveau ne fonctionne plus comme avant. J’avais tous les critères pour être un bon gangster. Alors j’en suis devenu un.»

«Qu’est-ce que tu veux que je te dise? Voir son grand frère vendre de la drogue, faire de l’argent, fucker avec les gangs, fumer du kush (type de marijuana) et baiser des femmes me semblait plus intéressant qu’aller à l’école et m’emmerder, qu’habiter un HLM avec ma tante, ma mère, mes cousines, mes frères et sœurs.»

«Mon meilleur ami s’est fait tuer par les gangs et j’ai vu ma mère se faire battre devant mes yeux. Quand j’étais jeune, j’me suis fait intimider parce que j’étais un petit gros (...) On a beau vouloir changer, mais quand ça fait partie de notre famille et de notre milieu de vie, comment peut-on réussir?»

«Quand j’avais 13 ans, j’ai été passer des CV, car je ne voulais pas finir en vendeur de drogue, mais on ne m’a jamais­­ rappelé (...) Alors je me suis dit: fuck that (...) J’ai ramassé un peu d’argent et je l’ai investi dans la drogue (...) J’ai commencé avec 55 $ dans mes poches et quelques années après, j’avais plus de 10 000 $ facile dans les poches.»

 

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