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Cancers, accidents et morts bidons : rencontre avec une chasseuse de hoax

Publié par MaRichesse.Com sur 11 Mars 2016, 05:37am

Catégories : #INTERNET, #TECHNOLOGIE

Cancers, accidents et morts bidons : rencontre avec une chasseuse de hoax

Le 13 mai 2012, les amis de Dana Dirr, une chirurgienne du Saskatchewan alors âgée de 35 ans, se sont vus accueillis par un message des plus troublants lors de leur connexion à Facebook : « PRIÈRES REQUISES D’URGENCE. »

Un texte rédigé par le père de Dana informait les amis de celle-ci du fait qu’elle se battait pour rester en vie suite à un accident de voiture. Elle avait été évacuée par pont aérien au service des urgences où elle exerçait sa profession de chirurgienne.

D’ailleurs, elle était supposée être de garde ce soir-là. « Dana est enceinte de bientôt 35 semaines », écrivait son père. « S’il vous plaît, priez pour elle et le bébé ! »

Eli et ses maladies

En quelques heures, des centaines de personnes avaient partagé le post concernant l’accident de Dana, et des centaines d’autres y avaient laissé des commentaires de soutien. Alors qu’elle luttait pour sa vie, sa famille postait régulièrement des informations sur l’évolution de son état de santé sur Facebook.

Donner un compte-rendu régulier de leur quotidien sur le Web était, pour la famille Dirr, un exercice qui n’avait rien d’inédit. Le mari de Dana, un ancien punk tatoué répondant au nom de JS, avait été actif au sein de communautés web pendant près de dix ans, s’y faisant des centaines d’amis virtuels (et ayant vécu au moins une relation à distance par ce biais).

Lorsqu’en 2010, ils ont commencé à partager sur le Web l’histoire de leur fils de 7 ans, Eli, qui combattait son quatrième cancer, Dana et JS étaient même devenus des célébrités sur la Toile, à moindre échelle : d’abord quelques centaines d’abonnés, puis des milliers, qui avaient surnommé le garçon Warrior Eli.

Deux minutes après minuit

Les amis de la famille Dirr ont passé le reste de la journée à actualiser leur page Facebook dans l’espoir d’avoir des nouvelles. Tard dans la nuit, JS a annoncé la naissance d’une petite Evelyn en pleine santé à 23h11. Peu après, deux minutes après minuit, Dana était décédée. Son mari a commenté le timing des deux événements comme un dernier acte de bravoure de la part de Dana : « Elle n’aurait pas voulu que sa mort vienne gâcher l’anniversaire d’Evie chaque année », a-t-il écrit.

« Elle a attendu deux minutes après minuit, le jour de la fête des mères, pour nous quitter. »

Les amis et abonnés de la famille ont proposé de mettre sur pied une campagne de financement participatif pour donner à ses membres un soutien financier pendant cette période sombre, mais JS a refusé. D’après lui, l’assurance maladie canadienne suffirait à rembourser les factures. En revanche, la famille a demandé à ceux qui voulaient faire un don de le faire à l’association Alex’s Lemonade Stand, qui soutient les enfants atteints du cancer.

Ceux qui avaient connu la famille Dirr via Internet ont pleuré la mort de Dana. « J’ai passé la nuit à pleurer, et chaque fois que j’ai raconté l’histoire en ce jour de fête des mères, j’ai fondu en larmes ! ! » a écrit plus tard une des amies Facebook, laquelle a fait don de 50 dollars à l’association Alex’s Lemonade Stand.

Quelque chose ne colle pas

Depuis sa belle maison de la banlieue sud de Chicago, Taryn Wright a vu se dérouler l’histoire dramatique de la mort de Dana Dirr en temps réel sur son ordinateur. Wright était alors une jeune trentenaire qui vivait ponctuellement chez ses parents, pratiquement immobilisée à la suite d’une importante opération de la hanche. Elle affrontait ce cruel manque de mobilité et d’autonomie du mieux qu’elle le pouvait, principalement en tricotant et en « remplissant des feuilles de peinture à numéros avec la ferveur d’un tueur en série ».

Lire l’intégralité de l’article gratuitement sur Ulyces.

Quand Wright est tombée par hasard sur l’histoire tragique à l’excès de Dana Dirr, elle a rapidement décelé que quelque chose ne collait pas. Le décès de Dana Dirr et la naissance de son enfant dans des circonstances dramatiques (le jour de la fête des mères, qui plus est) n’était relayé nulle part dans les médias.

Capture d'écran d'un reportage dédié à Taryn Harper Wright, janvier 2016
Capture d’écran d’un reportage dédié à Taryn Harper Wright, janvier 2016 - ABCNews.go.com

Et plus Wright creusait la question, plus l’ensemble de la saga de la famille Dirr, compilée dans une décennie d’articles de blog, de pages MySpace et d’albums photos en ligne, semblait invraisemblable. Il y avait trop d’enfants, et trop d’entre eux étaient jumeaux. La vie de cette famille était ponctuée de meurtres, d’erreurs d’identité et d’ironies dramatiques. Le tout avait des airs étranges de soap opera.

Warrior Eli Hoax Group

Wright a enregistré quelques-unes des centaines de photos postées sur Internet par la famille Dirr et a lancé une recherche d’images sur Google, permettant aux utilisateurs de voir les différents sites internet sur lesquels une image donnée a été postée. Elle a ainsi découvert que les clichés avaient été volés à un blogueur sud-africain.

Et pire encore, il s’est avéré que Dana Dirr, supposée être chirurgienne traumatologue, n’avait aucun profil existant sur quelque site internet hospitalier que ce soit, et que les moteurs de recherche ne donnaient aucun résultat la concernant qui n’ait été écrit par un membre de sa famille.

Capture d'écran de la première note, datée de mai 2012, depuis la nouvelle version du site
Capture d’écran de la première note, datée de mai 2012, depuis la nouvelle version du site -WarriorEliHoax.com

Wright était de plus en plus convaincue que Dana Dirr n’avait jamais existé. Cette découverte était pour elle à la fois révoltante et galvanisante. Son premier réflexe a été d’avertir toutes les personnes dont les photos avaient été volées que celles-ci avaient été les objets d’un canular. Mais plutôt que d’envoyer un e-mail à chacune de ces personnes, elle a décidé de créer un blog pour faire part de ses soupçons, qu’elle a intitulé Warrior Eli Hoax Group.

Révoltés par la supercherie

Le lien du blog a rapidement fait le tour de Facebook et, en l’espace de quelques heures, un groupe de personnes tout aussi sceptiques que la jeune femme avaient commencé à alimenter celui-ci en postant leurs propres trouvailles dans les espaces dédiés aux commentaires.

Parmi les membres du groupe, il y avait ceux qui étaient amis avec Dana sur Facebook, choqués d’apprendre qu’ils avaient été menés en bateau. Il y avait également des aides-soignants investis dans la lutte contre le cancer chez les enfants, révoltés par la supercherie. Et enfin, il y avait ceux qui, comme Wright, n’avaient aucun lien personnel avec cette histoire, mais qui ont tout de même été entraînés dans l’effervescence de cette étrange situation.

Après avoir compris que Dana Dirr n’avait probablement jamais existé, Wright a commencé à s’intéresser aux amis Facebook de la famille Dirr. « Quand je tapais leurs noms sur Google, je n’obtenais aucun résultat », raconte-t-elle. « Et quand j’ai regardé leurs photos, j’ai découvert qu’elles aussi avaient été volées. » Wright avait mis au jour non seulement le fait que le personnage de Dana Dirr relevait de la fiction, mais, de plus, qu’il s’avérait que son mari et son fils malade n’existaient pas non plus. Plus de 70 des amis Facebook de la famille Dirr se sont aussi révélés être de faux comptes.

Une fan d’histoires tordues

Taryn Wright est une femme aux cheveux noirs et aux sourcils à l’arrondi soigneusement entretenu, qui a longtemps été attirée par les histoires de « serial killers », de menteurs maladifs et de gourous (quelques années auparavant, elle et sa sœur ont juré de cesser d’évoquer le suicide collectif de Jonestown lors de leur premier rendez-vous avec leurs prétendants).

Taryn Harper Wright
Taryn Harper Wright - Twitter

Elle avait suivi avec ferveur les histoires tordues de femmes qui, au commencement d’Internet, avaient créé des personnages fictifs plus vrais que nature sur la Toile. Il y avait Kaycee Nicole, une adolescente que la leucémie était en train de tuer, qui s’était révélée être une trentenaire en parfaite santé. Et Jubilee James, un cowboy-pompier-poète aux tendances suicidaires atteint d’un cancer du foie, qui était en réalité la création d’une femme d’un peu plus de 50 ans.

A présent, Wright occupait la place privilégiée du détective, qui avait révélé un hoax au grand jour par ses propres moyens.

Nuit blanche

« Au début, c’était un peu comme devoir reconstituer un puzzle géant », explique Wright. En plus de son blog, elle a créé un groupe Facebook pour faciliter l’enquête : en l’espace d’une heure, une centaine de personnes l’ont rejoint pour aider la jeune femme à passer au crible les indices qu’ils pouvaient trouver sur le Net.

A la fois troublée et euphorique, Wright a fermé le groupe aux nouveaux membres. Elle est restée éveillée toute la nuit, à boire du Coca Light et à actualiser la page de son blog pour voir si de nouveaux commentaires pouvant faire avancer les recherches avaient été postés. En moins d’une journée, son blog improvisé avait atteint les 100 000 clics. C’est le premier élément qui a fait comprendre à Wright que ce qu’elle avait lancé allait certainement échapper à son contrôle.

Il vous reste 40% de l’histoire à lire ici.

 

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