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Au Bénin, des élections démocratiques... il y a 25 ans

Publié par MaRichesse.Com sur 23 Mars 2016, 03:06am

Catégories : #AFRIQUE, #POLITIQUE

Au Bénin, des élections démocratiques... il y a 25 ans

Le Bénin, « Quartier Latin » de l’Afrique, occupe une place particulière dans l’histoire des élections en Afrique contemporaine. Le récent duel électoral qui a vu s’affronter Lionel Zinsou et Patrice Talon s’inscrit dans une tradition... vieille d’un quart de siècle.

C’est en 1991 que s’est jouée l’une des premières – sinon la première – élections présidentielle démocratique sur le continent. Elle est l’aboutissement d’un processus de transition démocratique amorcé à partir de 1989, qui commence dans la rue et finit pacifiquement dans les urnes. À cette date, le régime marxiste-léniniste à Parti unique du général Mathieu Kérékou est à la renverse : les salaires ne sont plus payés, les banques sont en faillite, les manifestations se multiplient au fil de l’année, les syndicats et forces vives du pays sont entrent en lutte contre le régime. Le « marxisme-léninisme » béninois est rebaptisé, de longue date, le « laxisme-béninisme ». Kérékou, chef de l’État et chef du Parti unique au pouvoir depuis 1972, cristallise sur sa personne toutes les récriminations. Dans les dernières semaines de l’année, des manifestants défilent aux cris de « Kérékou SIDA », « Kérékou, xélué [maudit] ». Le système est au bord de l’implosion.

Au mois de décembre 1989, Kérékou, dit « le Caméléon », annonce des projets de réformes et la tenue d’une conférence nationale : l’objectif est de séparer le parti de l’État pour concéder l’introduction du multipartisme (qu’il avait refusé en août 1989), la création d’un poste de Premier ministre (cette institution se développe en Afrique de l’Ouest à cette date comme paratonnerre gouvernemental face aux crises des régimes présidentiels) et la décentralisation du pouvoir. Mais ce que n’anticipait pas convenablement Kérékou, c’est que les conférenciers prendraient comme horizon de lutte... sa démission.

La conférence nationale ouvre ses portes à l’hôtel PLM-Aledjo de Cotonou le 19 février 1990. Elle se compose des « forces vives de la nation béninoise ». Dès le premier instant, elle dépasse le cadre que souhaitait lui attribuer Kérékou pour se convertir en authentiques États généraux du Bénin. Dans les jours qui suivent son ouverture, elle gagne l’adjectif qualificatif de « souveraine » et devient de fait l’instance de transition pour liquider le Parti unique et instaurer la démocratie. La Conférence est divisée entre partisans du régime de Kérékou avec un exécutif fort et stable, et les partisans d’un régime parlementaire et multipartite. Finalement, le second parti l’emporte peu à peu sur le premier. La conférence se clôture le 28 décembre 1990 : au terme d’une dizaine de mois de négociations, les conférenciers ont procédé à un véritable coup d’État civique et tordu politiquement le bras au « Caméléon »... qui accepte de se soumettre au jeu démocratique. Des élections se tiennent et en août 1991 Nicéphore Soglo est élu président de la République (1991-1996). L’expérience de la Conférence nationale souveraine se diffuse à travers l’Afrique et devient l’outil de transition démocratique de l’aube des années 1990, renforcé par le discours de La Baule de 1990. Le Bénin livre ainsi sa première leçon démocratique au continent. Elle sera suivie, avec plus ou moins de sincérité, par presque toutes les Républiques francophones d’Afrique.

Commence alors au Bénin la noria électorale, qui verra revenir dans le siège présidentiel le « Caméléon » Kérékou qui a effectué avec succès son ultime mue en troquant le Petit Livre rouge pour la Bible (1996-2006)avant de décéder en 2015 ; et enfin Thomas Boni Yayi qui entame à son tour deux mandats (2006-2016). Mais derrière l’apparente alternance, le le « miracle démocratique » a ses limites et s’use. En témoigne la corruption galopante qui a été sanctionnée notamment par l’élargissement au Bénin du champ d’action de la mafia Yoruba du Nigeria (célèbre pour avoir effectué les premières drogues de synthèse en Afrique).

La principale limite électorale réside dans le fait que depuis les années 1990 le jeu politique a rapidement été capté et dominé par trois familles : les Kérékou, les Yayi et les Soglo... Après les pères viendrait le temps des « fils de » ? La défiance des Béninois dans ce système est telle que les « fils de » sont déclassés dans la perspective des élections de 2016. D’une certaine manière, le peuple béninois, lassé de Boni Yayi (qui l’avait bien compris et avait choisi à dessein Lionel Zinsou comme Premier ministre en juin 2015), entend tourner une page aux élections de 2016. De sorte que Zinsou – quoique neveu de l’ancien président béninois Emile Derlin Zinsou (1968-1969) – et Patrice Talon ont pu apparaître, dans une certaine mesure, et suivant chacun leur stratégie, comme des affranchis de ce système vieux de trois décennies.

Les citoyens béninois ne sont pas pour autant dupes des deux derniers candidats en lice le dimanche 20 mars 2016 ; la mémoire populaire s’inscrit, elle aussi, sur le temps long. Un phénomène trop largement sous-estimé par les candidats. Ainsi, les affaires de Patrice Talon lui collent sévèrement à la peau et entâchent sa réputation. Quant à Zinsou, présenté comme l’homme de Boni Yayi, il est finalement resté aux yeux de nombre de Béninois comme un « Blanc », malgré tous ses efforts depuis son retour au Bénin comme Premier ministre.

Reste que ce pays a donné une nouvelle leçon de démocratie en 2016 tant pour le climat dans lequel s’est déroulée la campagne que pour la manière avec laquelle ont été proclamés – et respectés – les résultats. Au coeur d’un calendrier électoral riche en élections présidentielles à travers le continent, le « Quartier Latin » de l’Afrique se donne en exemple. En 1990 comme un quart de siècle plus tard, le nation béninoise cherche à tracer la route des sorties de crise électorale. Quelles qu’en soient les limites, elles conservent un objectif civique : le refus de la crise armée et la solution d’une transition pacifique... avec la patience d’attendre la prochaine échéance électorale. 

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