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Conseils, science, sante et bien-être


Je lâche ma vie d'avant pour devenir prof. Je serai mal payée mais je veux être utile

Publié par MaRichesse.Com sur 20 Février 2016, 04:31am

Catégories : #NEWS, #FRANCE, #EMPLOI

Je lâche ma vie d'avant pour devenir prof. Je serai mal payée mais je veux être utile

Je n’avais pas prévu de devenir un jour professeure des écoles et pourtant, c’est bien ce qui est en train de se passer. J’ai 27 ans et cette année, j’ai repris des études en master ESPE (Ecole supérieure du professorat et de l’éducation, feu l’IUFM).

 

"Mais ça sert à quoi ?"

 

Après des études de communication, j’ai travaillé deux ans à Paris comme community-manager. Pression, objectifs chiffrés, courses aux likes… tout ce que je faisais me semblait futile, j’avais l’impression de ne servir à rien. On avait beau se réjouir quand une opération fonctionnait, la question que j’avais en tête à chaque fois, c’était : "Mais ça sert à quoi ?"

 

J’ai commencé à être malade : la psychosomatisation dans toute sa splendeur. Ma chance dans tout ça ? J’étais en CDD, je savais donc que ma mission s’arrêterait un jour. À 26 ans, j’avais six ans d’étude et deux ans d’expérience. Moi qui commençais enfin à gagner ma vie et à être indépendante, je me retrouvais sans boulot et sans aucune envie de bosser dans le domaine pour lequel j’avais a priori des compétences.

 

Être utile, apporter quelque chose aux autres

 

J’ai senti qu’il fallait que je fasse quelque chose de plus utile, plus sensé de ma vie. Je voulais servir à quelque chose. Je voulais que mon travail apporte quelque chose à quelqu’un d’autre.

 

Professeur des écoles, c’est une idée qui ne m’est pas vraiment venue par hasard. Ma mère et mon oncle sont profs et de manière générale, je suis entourée de gens dont c’est le métier. Seulement, je ne m’en étais pas vraiment rendu compte jusqu’à ce que je commence à m’intéresser à l’enseignement. Je me suis dit que ce serait peut-être le métier qui me conviendrait le plus.

 

À la fin de mon CDD, j’ai laissé passer l’été. Je suis partie en vacances et j’ai remis les choses à plat. À la rentrée, j’ai pris ma décision : j’ai mis tout ce qui me restait d’économie dans une formation à distance au Cned et l’inscription au concours, obligatoire pour pouvoir enseigner. Même si je me plantais la première année, la perspective d’avoir un nouveau métier au pire deux ans plus tard me suffisait.

 

Premier concours, premier échec

 

Et je me suis lancée. Enfin, c’est ce que j’ai cru. J’ai eu beaucoup de mal à me forcer à bosser tous les jours, à m’imposer une discipline. Parfois, j’ai préféré sortir avec des copains, faire la fête plutôt que de me mettre le nez dans les dossiers. Et puis le concours est arrivé. J’ai réussi l’épreuve écrite mais je me suis vautrée à l’oral. Je me suis rendu compte que j’étais mal préparée face à l’exigence du concours.

 

Après un entretien d’entrée, je me suis donc retrouvée inscrite à l’ESPE (feu l’IUFM depuis 2013) à 27 ans, en master. Je n’ai pas eu l’impression d’être le mouton noir de la promotion, parce qu’on est plusieurs à être en reprise d’études. L’ambiance est agréable parce que je suis entourée de gens qui savent plus ou moins pourquoi ils ont intégré cette formation.

 

Je suis déterminée à réussir, parce qu’en préparant le concours l’année dernière, j’ai compris que c’est vraiment ça que je voulais faire de ma vie. Mon boulot d’avant était bien moins épanouissant que ce que me promettait le second. Même s’il m’est arrivé de voir ma mère bosser parfois jusqu’à minuit pour préparer ses cours, elle parlait du métier d’enseignant comme quelque chose de gratifiant. De l’effet que ça faisait d’avoir un enfant qui vous remercie pour ce que vous faites pour lui. J’avais fait le bon choix.

 

Un premier stage gratifiant avec des CM2

 

Ce sentiment a été confirmé lors du premier stage que j’ai fait. Il faut dire que les conditions étaient idéales : une formatrice en or, une classe de CM2 sympathique, un établissement plutôt favorisé dans Paris. Tout était réuni pour que ça se passe bien même si j’appréhendais énormément d’être face à des "grands". Dans ma tête, les CM2, c’était un peu la terreur. Je ne savais pas comment ils allaient réagir face à un adulte qu’ils ne connaissaient pas. Et puis en fait, je me suis régalée.

 

Très bienveillante, la formatrice m’a fait confiance rapidement. Si bien que la deuxième semaine, j’ai donné un cours de 45 minutes tous les jours. La veille, je passais quasiment trois heures à préparer la séance et honnêtement, c’était la panique. Pourquoi ? Parce que les enfants, ce sont des éponges. Si jamais on leur montre quelque chose de faux ou d’erroné, ils l’impriment quand même. C’est quasiment impossible de leur enlever ça du crâne. En gros, je n’avais pas le droit à l’erreur.

 

Tout s’est bien passé parce que j’étais bien accompagnée. Je savais que si je pataugeais, ma formatrice était là pour rattraper les dégâts. J’ai fini ce stage en me disant que les CM2 c’était génial, alors qu’en principe, je voulais avoir des plus petits.

 

La mission de professeur des écoles : transmettre des savoirs

 

J’ai fait un second stage dans une autre école de Paris, bien moins favorisée, située dans un réseau d’éducation prioritaire (REP). Dans ces établissements-là, souvent, les enfants n’ont pas une vie facile, leurs parents non plus. Dans ces cas-là, il ne faut pas perdre de vue que tu es là parce que tu as une mission : celle de transmettre des savoirs, d’être juste, d’être tolérant et ouvert mais aussi d’être calme et à l’écoute. Tous les enfants doivent avoir accès à la même éducation.

 

Après, professeur des écoles, c’est un métier qui a plein de facettes. Quand on enseigne, on réfléchit toujours aux réactions des enfants face à nous, mais on est aussi disponible pour les collègues et les parents de nos élèves. Cette dimension sociale me plaît aussi beaucoup.

 

Je serai mal payée toute ma vie mais tant pis

 

Alors tant pis, je vais être mal payée toute ma vie, mais je m’en fiche parce que je vais apprendre la vie à des enfants. Le facteur salaire, quand tu veux être professeur des écoles, ça ne peut pas jouer. Si tu penses au montant de ce que vas toucher à la fin du mois, tu ne te lances pas dans un tel projet. On est les fonctionnaires les moins bien payés de France.

 

Il y a deux ans, je gagnais très bien ma vie. Dans mon nouveau métier d’enseignante, je vais sûrement mettre une quinzaine d’années avant de pouvoir prétendre au même salaire. D’ici, j’entends déjà des gens dire qu’en compensation, on a des vacances à foison et qu’on finit tous les jours à 17 heures. À ces gens-là, j’ai envie de dire : "Venez dans nos classes. Venez faire notre job. Passez, vous aussi, vos soirées à préparer les cours du lendemain, et arrêtez de croire qu’on ne fait rien de nos vacances, on les utilise aussi pour s’avancer sur la rentrée."

 

Le prochain concours sera difficile, mais j’y crois

 

Maintenant, il me reste le concours à passer, juste avant l’été. C’est une épreuve difficile mais je suis moins stressée parce que j’y suis déjà passée une fois. Je sais à quoi elle ressemble, il y a des éléments concrets sur lesquels je peux travailler.

 

Ce qui me fait un peu peur en revanche, c’est qu’on est censés être polyvalents : pouvoir travailler aussi bien en petite section qu’en CM2. On pourrait croire que ce n’est pas le même métier, mais en fait si. Il faut donc que je connaisse les programmes sur le bout des doigts, même s’ils changent souvent (et qu’on ne sait pas pour le moment sur quelles versions nous serons interrogés).

 

Ce n’est pas évident mais je veux faire ça. Et je comprends que l’Éducation nationale choisisse la voie du concours : ils ont besoin d’une garantie de tes compétences.

 

Si on n’a pas l’amour des enfants…

 

Aujourd’hui, il faut simplement me souhaiter d’avoir le concours. Et de ne pas regretter mon choix dans le futur. A priori, je pense que j’ai trouvé ma vocation. Tous les ans, découvrir de nouveaux enfants, les emmener jusqu’à la fin de l’année en faisant en sorte de leur donner les clés pour avancer, ça compte. Je veux pouvoir leur apporter une sérénité face à la vie, sans les décevoir de l’école. Les enfants, c’est le futur. Si on n’a pas l’amour des enfants, on fait pas ce métier-là. Quelque part c’est une dévotion, et ça apporte tellement de plaisir que c’est assez facile d’en oublier les galères qui vont avec.

 

Où serai-je l’année prochaine ? Je ne sais pas. Depuis l’année dernière, l’Académie de Créteil a du mal à recruter au point qu’elle organise deux sessions de concours – tous les postes n’étant pas pourvus après la première session. Personne ne veut y aller, c’est loin de Paris et les conditions de travail sont compliquées. L’année dernière, j’étais admissible aux oraux mais je n’y étais pas allée parce que j’avais peur de me retrouver coincée dans le fin fond de la Seine-et-Marne. Une fois qu’on est pris dans cette académie, c’est très difficile de la quitter. On ne laisse pas les profs partir.

 

Cette année, je me dis que peu importe. Si je suis prise à Créteil, j’irai à Créteil. J’irai non seulement parce que j’ai besoin de gagner de l’argent, mais surtout parce que je suis persuadée que je peux être une bonne enseignante. 

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