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"Il y a des joueurs au chômage qui sont plus forts que moi"

Publié par MaRichesse.Com sur 15 Février 2016, 04:17am

Catégories : #SPORTS, #PEOPLE

"Il y a des joueurs au chômage qui sont plus forts que moi"

19ème épisode de "Trajectoires", la série consacrée à ces joueurs au parcours atypique. Pascal Scimè retrace le parcours de Mamadou Diallo, le meilleur buteur de Division 2. A 33 ans, l’ex international malien regarde dans le rétroviseur avec beaucoup de franchise... Il se penche sur une carrière riche en choix étonnants mais toujours assumés. Personnage franc dans un milieu aseptisé, Mamadou Diallo évoque sa trajectoire avec passion et anecdotes. De son arrivée en Europe, aux escapades dans le Golfe, en passant par les JO avant de se poser dans le Brabant wallon. Et dire que sa famille ne voulait pas qu’il joue au football... Rencontre.

Bio express :

Mamadou Diallo, Né à Bamako, le 17/04/1982
Poste : attaquant
Signes distinctifs : A pris le bus avec Maurice Green et mangé avec Carlos Tevez.
Particularités : Enfant, il a bidouillé des ordonnances et simulé des maladies pour jouer au football.

Te souviens-tu de ton premier contact avec le football ?

Pas exactement mais je sais que j’étais très jeune et que j’avais toujours mon petit ballon avec moi. Je l’emmenais partout même à l’école. Tout ça en cachette parce que mes parents ne voulaient pas.

Quelle enfance a eu le petit Mamadou Diallo ?

Je suis issu d’une famille modeste avec peu de moyens par contre il y avait énormément de bonheur autour de moi. J’ai été élevé dans une grande famille avec du monde autour de moi... Et il ne me fallait pas grand-chose pour être heureux. J’allais à l’école, je jouais au foot, je gambadais à gauche à droite, je dormais... Ma vie d’enfant était simple mais elle était chouette ! J’étais du genre réservé mais grâce au foot, j’ai appris à m’ouvrir.

Comment se passaient les matches de quartier après l’école ?

(Il rit) C’était la guerre ! Il ne fallait surtout pas perdre, il y avait beaucoup d’intensité ! Pour moi, c’étaient les meilleurs moments car il y avait une forme d’insouciance totale. Tu joues sans complexe pendant des heures, tu ne sens même pas la fatigue... Des fois pieds nus... Dans la poussière, la boue... Quand je rentrais chez moi, j’étais méconnaissable mais je n’oublierais jamais ces moments de pur bonheur !

Quand tu rentrais tout sale à la maison, ta mère devait être contente...

En fait, j’ai été élevé par ma grand-mère et elle ne voulait pas que je joue au foot ! Elle aurait préféré que je me concentre sur les études. Du coup, tous les soirs je me faisais punir (il sourit). Mais je préférerais ça plutôt que de ne pas jouer au foot. J’acceptais d’être puni parce que dehors, je me régalais vraiment trop à jouer... Mais ensuite, je savais que ça allait chauffer à la maison (Rires).

Quel type d’élève étais-tu ?

Un bon élève... Parmi les meilleurs de ma classe. C’est pour ça qu’on voulait que je fasse des études plutôt que de jouer au foot !

Tu as eu ton bac ?

Non parce que l’année où je devais le passer, j’ai opté pour le football ! J’avais reçu mes premières convocations en équipe nationale des moins de 17 ans... On partait souvent en stage de plusieurs jours ce qui me faisait rater l’école ! Et même si mes parents n’étaient pas d’accord, j’y allais quand même ! J’étais du genre borné.

On en revient à ta première affiliation... C’était au centre Salif Keïta ? (Légende du football malien, Salif Keïta a remporté le 1er Ballon d’or africain. Il a notamment joué à Saint Etienne, l’OM et Valence, Ndlr)

Oui et tout le monde voulait rentrer dans ce centre. A la base, je n’avais pas été repéré par les recruteurs... La seule solution pour moi d’intégrer le centre était de payer une cotisation mensuelle. Mais le hic, c’est que je n’avais pas l’argent...

Comment t’es-tu procuré l’argent ?

(Rire) J’ai demandé à mes tontons mais je leur mentais... Je leur disais que c’était pour m’acheter des chaussures ou d’autres choses mais en fait, je payais mon inscription. La première année où j’ai fréquenté le Centre, ma famille n’était même pas au courant.

Sérieusement ?

La 2eme année, ils ont été mis au courant. Comme on m’avait gardé et que ça devenait sérieux, il fallait leur autorisation pour participer aux stages et aux tournois.

Les entraînements étaient basés sur quels axes ?

Des trucs basiques mais essentiels ! On passait des heures à contrôler et à passer le ballon du pied droit, du pied gauche, de l’intérieur, de l’extérieur... Ce sont les bases du foot mais tu ne te rends compte que plus tard que c’est essentiel.

C’est le secret ? La répétition...

Oui. Répéter ses gammes techniques, c’est essentiel. A l’époque, on ne savait pas pourquoi on répétait pendant 30 minutes les mêmes gestes... Nous, on aimait ça mais on voulait que ça passe vite pour pouvoir faire des matches. Plus tard, quand tu grandis, tu remarques la différence entre un joueur qui a eu cette formation et un autre. Techniquement, il y aura toujours une différence. En plus des qualités naturelles, la technique ça se travaille.

Quel type d’homme est Salif Keïta?

On ne le connaissait que de réputation mais on était impressionné par le personnage. Il était très impliqué... Il était là tous les jours et n’hésitait pas à arrêter l’entraînement quand on ne réussissait pas un geste. Il arrivait qu’il participe aux matches et là tu voyais directement la différence. Son toucher et sa vista étaient exceptionnels. On restait scotché. C’était un pur bonheur de l’avoir. Tu n’avais qu’une envie, c’était de te défoncer et d’aller le plus loin possible...

Mamadou Diallo
Mamadou Diallo - © CHRISTOPHE KETELS - BELGAIMAGE

C’est à ce moment-là que tu as su que tu deviendrais pro ?

Depuis tout gamin, j’ai toujours voulu devenir professionnel. Un jour une prof a demandé à la classe ce que chacun voulait faire plus tard... À côté des médecins, pompiers, policiers... J’étais le seul à répondre : footballeur. Cette prof m’a répondu que footballeur ce n’était pas un métier et qu’il fallait que je me réveille. Moi je m’en fichais, je tenais bon. D’ailleurs, j’avais un tableau sur lequel je devais faire effectuer mes exercices mais je remplissais mon tableau de noms de footballeurs comme Pelé ou Maradona... Quand je suis rentré au Centre, ça n’a fait que décupler ma motivation.

Ta famille t’a encouragé dans cette voie ?

Non. Personne ne comprenait mon obstination pour le foot et mon désintérêt pour les études. Mon entourage a commencé à y croire et à me soutenir lorsque j’ai eu ma 1ere sélection chez les jeunes. Avant cela, j’ai dû me débrouiller. Si j’avais besoin de m’acheter des chaussures de foot, personne ne me donnait de l’argent... J’ai beaucoup menti pour avoir ce que je voulais (Rires…)J’ai inventé des voyages scolaires, des cotisations, des visites chez le médecin et même bidouillé des ordonnances. J’aurais fait n’importe quoi pour m’acheter des godasses !

A 19 ans, tu es déjà le capitaine de l’équipe première…

Oui et je deviens aussi international... Mais je ne pensais qu’à une chose : partir à l’étranger comme Seydou Keita et Dramane Coulibaly avant moi. Il n’y a qu’en partant à l’étranger que je pouvais faire carrière, avoir une vie meilleure et mettre ma famille à l’abri. Quand je voyais les joueurs expatriés revenir pour les vacances, je les enviais un petit peu... Chaque année, j’étais convoité mais chaque année, je restais au Mali. J’ai mis quatre années à sortir ! Pourtant, j’ai fait de nombreux essais : à Lecce, à la Roma, à Auxerre et même en Egypte mais à chaque fois c’était la même rengaine... Le club demandait trop ! Psychologiquement, c’était dur à vivre surtout qu’à 20 ans, je ne vivais pas du football. C’est ma mère qui me donnait à manger !

Et puis contre toute attente, tu pars en Algérie...

A la base, je devais signer avec la JS de Kabylie mais au final le club d’Usma Alger propose le double et Salif Keïta accepte de me libérer. Les dirigeants du Centre m’ont juste demandé de ne pas signer mon contrat en leur absence. Mais après la visite médicale, j’ai signé sans rien comprendre car tout était écrit en arabe. Au final, au lieu des deux ans initialement prévus, le contrat portait sur quatre années... (il rit) Je m’en fichais car j’avais envie d’enfin me lancer dans le grand bain.

C’est le début d’une belle aventure...

J’arrive en janvier et on fait le doublé coupe-championnat, on atteint aussi les ½ finales de la Ligue des champions africaine. En fin de saison, j’ai des offres de Bordeaux et Monaco mais le club m’empêche de partir... Nantes vient aux nouvelles en décembre mais le président préfère me louer pour un an aux Émirats contre un chèque d’un million de dollars ! Je veux absolument découvrir l’Europe et aller à Nantes alors je vais au clash et je décide, la veille d’un match, de rentrer à Bamako. L’équipe perd et mon président se fait fracasser dans la presse. Quelques heures plus tard, on trouve un accord... Le deal est simple : je suis prêté à Nantes (17eme de Ligue 1) pour six mois et si le club se maintient, je signe pour trois saisons.

Mamadou Diallo
Mamadou Diallo - © Lus Skeudener - BELGAIMAGE

Une fin de saison haletante avec les Canaris…

On alterne victoires et défaites jusqu’à la dernière journée où on reçoit Metz ! Pour se sauver, on doit gagner et espérer que deux autres équipes perdent à domicile… C’était mission impossible! Mais le miracle a lieu : je marque après 15 minutes, on gagne 1-0 et les autres perdent ! Mon option est levée le soir de la dernière journée. J’appelle le président d’Alger pour le lui dire et là, il me confie qu’il a regardé tout le match en priant que Nantes perde afin que je revienne… (Rires)

Ce but lance ta carrière européenne… Comment le savoures-tu ?

En pleurant ! J’ai beaucoup pleuré après ce but. D’ailleurs, je vais te confier que j’ai même pleuré de joie à mon arrivée en France. Quand je suis arrivé à Paris, j’ai pris le train pour Nantes et j’ai appelé ma mère… En parlant avec elle, les larmes ont commencé à couler… C’était plus fort que moi ! Je me souviens qu’il y avait une dame âgée en face de moi et je me cachais dans mon t-shirt pour pleurer ! J’étais conscient que j’avais atteint mon rêve que tous mes sacrifices n’avaient pas été vains !

Dès tes débuts, tu fais l’unanimité à Nantes…

Oui, je ne me suis posé aucune question. Je n’ai pas eu besoin de temps d’adaptation parce que je me donnais à fond tellement j’étais content d’être là. Dès mon premier match, j’ai été titulaire. Les gens au club étaient étonnés par mon insouciance, mon envie. Moi, je n’étais qu’un " blédard " qui avait juste envie de réussir.

La 2eme saison se passe très bien, tu continues sur ta lancée…

Oui, je marque une quinzaine de buts toutes compétitions confondues. J’avais un statut privilégié au club mais je n’étais pas dans la gestion… Quand on me demandait de ne pas m’entraîner pour me reposer, je ne comprenais pas (sic). Moi, je voulais m’entrainer tous les jours et jouer tous les matches !

Le jeu à la nantaise avait-il encore un sens à l’époque ?

Oui, tout était basé sur la technique et les petits espaces. C’est là que j’ai vraiment appris mon métier.

En dehors du foot, comment vis-tu à Nantes ?

Je vivais dans une grande maison mais j’étais rarement seul puisque je faisais venir mes amis. En dehors des terrains, je vivais dans une certaine insouciance. Mais je restais le même. Le footballeur et l’être humain étaient la même personne.

Par contre dans le milieu, ce n’est pas toujours le cas...

Être deux personnes à la fois, cela me posait problème. Psychologiquement, tu commences à être fragilisé ! Tu commences à lire la presse, écouter les critiques, les commentaires… Mais du coup, tu apprends aussi grâce à ça, tu évolues… Tu t’adaptes parce que le milieu ne veut pas que tu restes toi-même. Il y a des choses à dire et à ne pas dire… Tu dois apprendre les codes.

Au bout de la troisième saison, Nantes est relégué et tu fais un choix de carrière surprenant… Tu signes au Qatar à 25 ans alors que les offres de clubs européens ne manquent pas !

Nantes m’avait prolongé pour deux ans et malgré les offres, dont une sérieuse de Saint-Étienne, ne voulait pas que je parte. Le club voulait remonter directement en L1 et comptait sur moi. Et puis… Durant le mois de juin, le président m’appelle alors que je suis en stage avec la sélection et il m’annonce qu’un club du Qatar a fait une offre et qu’il est prêt à discuter… Je reçois la proposition par fax… Et l’offre est deux à trois fois supérieure à mon contrat nantais.

Ça fait réfléchir…

Oui mais au départ, je ne sais pas quoi faire, je ne le sens pas… Mon agent me déconseille d’y aller mais les chiffres me font douter… Alors, on y va au bluff. On décide d’envoyer une contre-proposition en multipliant tous les chiffres, histoire qu’on me laisse tranquille. Un truc limite indécent… Et là, deux heures plus tard, je reçois un fax du Qatar qui accepte ! Pendant deux jours, je ne suis pas bien... Je n’ai pas la tête à l’équipe nationale… Au bout du compte, j’accepte parce que ça représentait beaucoup, beaucoup d’argent ! Tu sais une carrière ça ne tient à rien, je pouvais assurer mes arrières…

Je suppose qu’on t’a beaucoup critiqué pour ce choix ?

Ma famille, mes amis n’appréciaient pas mon choix et ne l’ont pas compris. J’ai été beaucoup critiqué là-dessus. Je pense que j’ai été impatient et que l’argent m’a tourné la tête ! C’était un choix purement financier parce que sportivement et humainement, je ne m’y suis pas amusé.

Sur place, c’est le choc des cultures…

Une situation assez compliquée, voire bordélique… Je pensais avoir signé avec le Qatar Sports Club mais c’est la Fédération qui avait racheté mon contrat avant de me céder à un club lors de la " draft "… Une situation surréaliste. Après quelques entrainements avec QSC, j’aboutis à Al-Khor. J’y reste six mois et je m’y ennuie profondément. Le niveau était d’une telle faiblesse… Chaque fois que je retournais en sélection, je me prenais ce décalage en pleine figure, je n’avais plus le même niveau ! Ça allait trop vite. J’ai même pris un préparateur physique personnel pour revenir dans le coup. Après la Can 2008 où j’avais très peu joué, je décide de quitter le Qatar.

Tu es prêté à Al Jazira qui était coaché par Lázsló Bölöni

Oui, il me connaissait et m’a fait venir à Dubaï. J’y ai fait six mois de folie, en marquant onze buts en douze matches. On a lutté pour le titre jusqu’à la dernière journée. Le niveau était relevé et j’étais entouré par des joueurs de classe comme Filip Cocu. Au terme de mon prêt, le club veut me transférer définitivement mais les qataris refusent.

Tu vas au clash ?

Oui, je ne me présente pas à la reprise, je fais le forcing. Au Qatar, ils ne comprennent pas que tu puisses t’opposer à eux… Mais ils continuent à me payer. Ça a duré six mois avant que je rentre à Doha… J’ai résilié dans la foulée avant de rentrer en Europe et signer à Le Havre en Ligue 1.

Pour revenir aux Emirats… La générosité des propriétaires de clubs, c’est un mythe ou une réalité ?

Sur place c’est dingue. Je me souviens que le Président d’Al Jazira avait promis une Bentley à notre numéro 10 en cas de titre… Un jour, il nous a proposé des primes en cash en cas de succès dans les quatre derniers matches… 15.000, 20.000, 25.000 et 30.000 dollars. Je n’avais jamais vu autant d’argent liquide de ma vie. Si les gens t’adorent, les Princes sont prêts à faire des folies. Je me souviens aussi d’un attaquant qui ne marquait pas mais qui grâce à un doublé en demi-finale de Coupe a reçu une Lamborghini !

Ça c’est pour les bons côtés ! Mais sur place, ça peut aussi mal se passer…

Oui, c’est clair. Si tu n’es pas bon, ils vont essayer de ne pas te payer ou de t’expulser. Ils peuvent être vicieux.

Et la Coupe du Monde au Qatar, tu en penses quoi ?

C’est n’importe quoi ! Au mois de juin, tu ne peux pas jouer au foot, il fait 50 degrés et le taux d’humidité est énorme ! La preuve que c’était du grand n’importe quoi, ils essayent de changer les dates... ça n’a pas de sens ! Et cela explique la corruption. C’est la preuve que l’argent peut tout faire.

Ça se passe comment la vie d’expatrié ?

J’étais dans un délire… Grande maison, suites, chauffeur personnel… C’est un autre délire ! En rentrant en Europe, j’ai mis six mois à me réveiller !

Ensuite, tu vas enchainer les expériences en Ligue 2 avec Le Havre, Laval et Sedan…

Avec le temps, tu deviens un joueur de Ligue 2 ! Tu y restes jusqu’à ce que ton club monte en L1 ou que tu fasses une saison à 20 buts.

Tu te sentais un joueur de Ligue 2 ou pas ?

Si j’y suis c’est que je mérite d’y être ! Donc, oui ! En plus, sportivement j’avais signé dans des clubs qui voulaient monter mais qui n’ont pas réussi. Y a qu’à Laval où je savais que je n’allais pas jouer la montée…

Mamadou Diallo
Mamadou Diallo - © CAROLINE BLUMBERG - BELGAIMAGE

Franchement, le maillot couleur " Tango " de Laval… Faut oser le porter !

(Rires). Il n’est pas beau mais bizarrement quand tu joues au club, tu l’aimes ce maillot. Par contre en tant qu’adversaire, tu le détestes…

J’aimerais qu’on aborde ton aventure avec la sélection malienne (42 sélections, 10 buts) … Tu as joué 2 CAN mais je suppose que ton meilleur souvenir c’est la participation aux JO d’Athènes en 2004 ?

C’est une compétition magnifique. Le village olympique, les stars ou l’absence de stars parce que sur place tout le monde est égal. On dort au même endroit, on mange la même chose. L’organisation est top. Ce qui m’a marqué, c’est l’organisation et la grandeur du site! Tu veux manger à 2 heures du matin ? Pas de problème ! Tu croises Federer ici, tu prends le bus avec Maurice Green. J’ai mangé à côté de Carlos Tevez…

Tu étais intimidé ?

Non, j’avais mon petit caméscope. Je n’ai pas arrêté de filmer et de faire des photos avec tous ces athlètes. J’en ai profité parce que je ne les recroiserais peut-être plus jamais. Sportivement, on a fait un beau parcours en se faisant sortir en ¼ par l’Italie. C’était une superbe expérience. De retour au pays, on a eu droit à une fête populaire. C’était beau.

En 2010, tu fais une croix sur la sélection. Pourquoi ?

J’ai tout donné pour la sélection… Entre 2004 et 2006, je n’ai pas manqué un rendez-vous. Lors de chaque phase de qualification, j’ai été titulaire en marquant des buts décisifs mais une fois à la CAN, j’étais sur le banc. Je n’ai pas compris. C’est pour ça que j’ai pris la décision de ne plus jouer en sélection. On a essayé de me rappeler à différentes reprises mais je n’ai pas donné suite. J’ai tellement donné pour la sélection sans recevoir assez en échange. Si à l’époque, on m’avait demandé de résilier mon contrat en club pour jouer en sélection, je l’aurais fait ! J’adorais jouer pour mon pays. Maintenant, j’ai perdu le plaisir d’aller en sélection.

Comment tu débarques à Tubize en Division 2 belge ?

Même si je restais sur une saison pourrie, Laval était content de moi et voulait me prolonger… Sauf que mon contrat aurait été revu à la baisse… J’ai refusé parce que je ne comprends pas ce raisonnement… Si un club est content de toi… Pourquoi il te prolonge à la baisse ? Mon âge, mon salaire, le contexte économique ambiant ont sans doute rebutés les clubs de L2 et de Nationale intéressés.

Tu t’estimes chanceux de ne pas avoir galéré au chômage ?

Honnêtement, oui. Il y a des joueurs au chômage qui sont plus forts que moi avec 300 ou 400 matches en Ligue2. Il faut de la chance, c’est tout. Un jour mon agent m’appelle et me propose Tubize. Je ne connais ni la ville, ni le club mais j’accepte de rencontrer le coach. Finalement, on trouve un accord. Quand je suis arrivé à Tubize, j’ai été agréablement surpris par le stade, les installations. Tu sais, il ne me faut pas grand-chose : un terrain, un vestiaire c’est bon !

Et le niveau de l’équipe ?

Après le 1er entraînement, j’ai pensé que ça allait être dur de m’acclimater à ce type de football (il rit). Mais ensuite, j’ai vu que toutes les séances du coach étaient basées sur la technique et le ballon j’ai commencé à m’amuser sauf que je ne marquais pas ! En préparation, j’ai tout raté devant le but. Qu’est-ce que je me suis fait chambrer ! Mais dès le premier match, j’ai trouvé le chemin des filets et j’ai commencé à m’éclater.

Tu es le meilleur buteur de Division 2, de ce que j’ai vu et je le dis en toute humilité, tu as largement les qualités pour jouer dans un bon club de Division 1… La Pro league, c’est un objectif ?

Cet hiver, j’ai reçu des offres mais j’ai décidé de rester à Tubize pour terminer ce que j’y ai commencé.

J’aimerais t’entendre sur ton rapport à l’argent… Est-ce que tu t’es senti dans l’obligation d’aider tes proches, ta famille au Mali ?

J’ai essayé de faire le maximum pour ma famille mais j’ai aussi pensé à moi pour construire un avenir à mes enfants. J’ai aussi eu la chance d’être bien conseillé par d’anciens pros comme Japhet N’Doram qui m’a beaucoup aidé. Sur ma route, j’ai eu la chance de croiser beaucoup de gens bien et peu d’escrocs ! Tu sais… Souvent, tu as à ta charge 20 ou 25 personnes, le joueur devient facilement une cible, il fait de l’assistanat, ça c’est dangereux.

Comment résumerais-tu ta carrière en une phrase ?

(Il sourit) J’aurais pu faire mieux ! Mais souvent ce qui me soulage, c’est de penser que j’ai réalisé mes rêves ! Alors quand je veux être un peu lâche, je me dis ça… Mais quand je suis exigeant, je me dis que j’aurais pu faire mieux... D’ailleurs, un de mes amis m’appelle " talent gâché " ! Au fond, il n’a peut-être pas tort mais je suis heureux ! Je dirais que ma carrière n’a pas été si mal… 

 rtbf.be

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