Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Marichesse.com

Marichesse.com

Conseils, science, sante et bien-être


Vingt ans après, que reste-t-il de Mitterrand en Hollande?

Publié par MaRichesse.Com sur 4 Janvier 2016, 19:38pm

Catégories : #POLITIQUE, #FRANCE

Vingt ans après, que reste-t-il de Mitterrand en Hollande?

La semaine ne sera pas seulement Charlie, elle sera aussi Mitterrand. Quatre ans après son élection, François Hollande sera à Jarnac, pour y honorer la tombe de son prédécesseur président en Ve république, disparu il y a vingt ans (déjà) un 8 janvier.

La semaine commence à peine que le revival Mitterrand débute. Et avec lui l’indispensable étalonnage du président Hollande au regard de la statue du commandeur. Hollande est-il mitterrandien? "Vaste programme" comme aurait dit celui que François Mitterrand combattit inlassablement, refusant la manière dont la Ve république était née et vivait, à la suite d’un coup de force suivi d’un coup d’Etat permanent.

Commençons par noter cette chose étrange, si Hollande est constamment jugé à travers Mitterrand, on ne juge jamais Sarkozy, dernier avatar présidentiel de la droite classique, à l’ombre du général de Gaulle. Comme si Sarkozy était un produit politique de l’actualité. Comme s’il était acquis que Nicolas Sarkozy était sorti de l’histoire sans jamais y être entré, autrement que par accident. Hollande, lui, a encore une chance. Tant que durera la mesure entre lui et Mitterrand, l’analyse des ruptures et des continuités, tant que l’histoire, tribunal du monde, continuera de le considérer selon Mitterrand, il peut encore espérer une autre postérité que Nicolas Sarkozy.

Que reste-t-il de Mitterrand en Hollande? L’appétence pour le pouvoir, nécessairement. Le goût de la manœuvre, assurément. Le plaisir de la transgression, forcément. La capacité à être président socialiste sans dépendre des socialistes, indubitablement. Les commentateurs le relèvent assez peu, mais dans le feuilleton à rebondissements multiples qui s’est ouvert autour de la constitutionnalisation de la déchéance de nationalité, Hollande fait du Mitterrand. Du pur Mitterrand.

Le goût de la manœuvre, avec le piège tendue à une droite qui ne sait plus quelle ligne adopter, à l’image d’Alain Juppé, qui dit que la déchéance de nationalité pour les terroristes ne sert à rien, mais la réclame dans son dernier livre.

Le plaisir de la transgression

L’appétence pour le pouvoir, avec la gestion froide des destins des uns et des autres, de Manuel Valls, qui porte le projet au risque de se couper définitivement d’une partie de la gauche, à Christiane Taubira, qui annonce un retrait du projet avant de se rallier à son maintien le lendemain, au risque de l’humiliation.

Le plaisir de la transgression, avec la triangulation, au nom de l’unité nationale, d’une mesure dont Jean-Christophe Cambadélis convient qu’elle vient de la droite.

La capacité à être président socialiste sans dépendre des socialistes, avec le maintien, contre vents et marées, de la mesure plébiscitée par les Français, contre une classe politique et médiatique de gauche qui la refuse, à rebours du peuple de gauche lui-même.

La manière rappelle le Mitterrand de 1984, qui réussit à sortir de la grave crise engendrée par la question de l’école privée en se lançant dans une révision constitutionnelle que la droite entrava. On l’oublie trop souvent, dans les jours présents: ne pas pouvoir réviser la constitution n’empêche pas d’être réélu. A plus forte raison quand l’opinion vous soutient, ce qui n’était pas le cas de Mitterrand en 1984. Le retrait mitterrandien de 1984 annonçait déjà la France unie de 1988.

De Mitterrand, Hollande a aussi appris l’indifférence aux critiques. Il paraît même que de ce point de vue, l’élève a dépassé le maitre. Il est des critiques, parfois, qui blessaient Mitterrand, qui infligeait alors une punition au journaliste fautif, le plaçant en quarantaine pendant un temps qui lui plaisait. Rien de semblable avec Hollande, qui semble indifférent à tout. Insensible et inaccessible. On pouvait entamer, en tapant dur, le marbre Mitterrand, mais pas le calcaire Hollande, qui se reconstitue aussi vite qu’il est écorné.

L’identification historique cesse là. Car Hollande n’est pas Mitterrand. Et on osera même ici écrire qu’il n’est Mitterrandien qu’à 75% (estimation intuitive, donc discutable).

Le clocher et les moissons

Mais alors, que manque-t-il à Hollande pour être définitivement mitterrandien? Sans doute, aux yeux des Français, l’expression d’un rapport particulier, voire charnel à la France. Une sensibilité au pays. Une harmonie avec la terre et le temps. Le clocher et les moissons. Le paysan et l’ouvrier. Les saisons et les vents. En un temps où il apparaît que la question de l’identité de la France sera au cœur de la campagne présidentielle 2017, ce que François Hollande admet désormais, la question demeure pendante. Donc problématique.

Il manque à Hollande un Solutré. Un pèlerinage. Un rendez-vous. Un paysage. Un repère. Un symbole (l’époque est pourtant en recherche de symbole). Du haut de la roche, Mitterrand disait observer "Ce qui va, vient, et surtout ne bouge pas". Comment dire mieux le rapport intime que l'on entretient, en partage, avec un pays? Le successeur de Mitterrand a tendance à considérer que son rapport à ce qu’il nomme depuis quelques mois "l’âme de la France" s’exprime dès lors qu’il se montre empressé en commémorations, et que cela pourrait suffire. Mais en vérité, il est patent que cela ne suffit pas. Contrairement à Mitterrand, Hollande n’affiche pas sa France intime, donnant ainsi le sentiment qu’il peut manquer de profondeur. Une certaine forme de gravité mitterrandienne lui est venue en 2015, du fait du tragique de l’histoire, mais la profondeur lui fait encore défaut. Quelle France aime-t-il? Quelle certaine idée s’en fait-il? Comment la voit-il? Comment l’espère-t-il? Bien malin qui peut répondre à cette question.

Pourquoi cette référence au Solutré de Mitterrand dans la perspective de 2017? Une séquence de télévision, tournée en 1990, permet de le comprendre. On y voit le président, s’attaquant à la montée de la roche, comme à chaque Pentecôte. A ses côtés, les fidèles. Hanin. Lang. L’avocat Georges Kiejman. Ce dernier, sous l’œil des caméras, se lance alors dans un grand exercice de flatterie envers le prince, se vantant d’avoir acheté au Vieux Campeur des chaussures de montagne Solutré. Coup d’œil de Mitterrand, en mode expertise paysanne : "S’il pleuvait, elle prendrait la pluie par là… Très mauvais ça… Mauvais choix…".

Plus tard, Kiejman repart à l’assaut en flatterie. Constatant que l’afflux de caméras et de journalistes attendant Mitterrand au sommet de la roche, le voici qui ose une comparaison sainte : "Vous imaginez, si Bernadette n’avait pas pu faire un pas à Lisieux…". Double faute, aussitôt corrigée par Mitterrand, impitoyable : "C’était Thérèse enfin, pas Bernadette", suivi de: "Elle était dans son carmel, elle ne sortait jamais, elle était dans un ordre contemplatif…".

Se poser en figure du roi

Sourire goguenard du prince, qui connaît son pays, sa culture, ses traditions, son histoire. Derrière la bienveillante humiliation du courtisan, "Ne vous mêlez pas trop de l’exégèse", la France et ses mystères. Et pour finir, profondeur. Mitterrand joue avec sa canne, tapant le sol comme pour marquer le temps qui passe, méditant à haute voix le destin de Thérèse de Lisieux : "Au carmel, on entrait et on ne sortait plus jamais… Que mort".

"Que mort". Encore et toujours la mort. La séquence est un concentré de Mitterrand. Elle dit ce qu’était ce président, pourquoi il fut tant aimé (et haï) et pourquoi aujourd’hui encore, son héritage en politique demeure vivant. Elle dit le spirituel, inséparable du politique. Elle dit l’identité de la France, incarnée en un président qui ose se poser en figure du roi (ce qu’a compris Emmanuel Macron). Elle dit aussi ce qui fait défaut à François Hollande, qui répugne à s’afficher ainsi, en intimité française, et qui, confronté à ces images, jugerait sans doute qu’il n’est plus possible, en 2015, de se livrer de la sorte, en majesté, à l’œil des caméras.

Pourtant, depuis le début de son quinquennat, le président s’est beaucoup laissé filmé, mais sans jamais dévoiler, comme le faisait Mitterrand, son intimité française. C’est tout le paradoxe des deux présidents socialistes. Mitterrand passait pour mystérieux alors qu’en vérité, il se dévoilait sans retenue. Hollande passe pour simple, alors que des deux présidents socialistes, il est celui dont on ne sait rien. Ou si peu. Où se cache le Solutré de François Hollande?

Si 2017 doit se jouer, en partie, sur la question de l’identité de la France, Hollande devra faire du Mitterrand, d’une façon ou d’une autre: montrer ce qu’il en est, pour lui, de sa part de vérité d’authentiquement français.

 Challenges

Commenter cet article

Archives