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La théorie du complot néocolonialiste de papa

Publié par MaRichesse.Com sur 4 Janvier 2016, 17:38pm

Catégories : #FRANCE, #AFRIQUE

Dès qu’on lui parle d’Afrique, mon père, passionné de politique, développe toujours la même idée, celle que je surnomme « la théorie du plan Condor africain ».

La théorie du complot néocolonialiste de papa

Papa a deux grandes passions, les voitures et la politique. Sauf qu’avec cinq filles à la maison, il a toujours eu un peu de mal à partager son amour de l’automobile. Alors, à tous les repas de famille, il joue au politologue spécialiste de l’Afrique subsaharienne. 

Sa thèse, je l’appelle « la théorie du plan Condor africain  ». Il soutient avec passion que, depuis les années 60, la France porte au sommet des Etats d’Afrique noire francophone des dirigeants qui ne sont pas réellement issus des pays qu’ils gouvernent. Et tout cela permet à la France de continuer à contrôler l’Afrique et ses ressources.

« Tout le monde le sait »

Qu’on parle ou non de développement, de démocratie, d’Afrique, qu’importe, papa se lance.

« Nos dirigeants, comme je le dis souvent, ce sont des déracinés. Pour atteindre de tels niveaux de corruption et brader nos ressources, il faut forcément ne pas être un natif. Et je ne parle pas de l’assujettissement politique. Ils restent dans l’inaction, car ils sont sous le joug français. »

Puis c’est la litanie des noms propres :

« Mobutu était centrafricain, j’en suis convaincu. Omar Bongo père était congolais et son fils adoptif, l’actuel président du Gabon, a des origines purement nigérianes  ! »

François Hollande et Ali Bongo, le 10 novembre 2015 à l'Elysée
François Hollande et Ali Bongo, le 10 novembre 2015 à l’Elysée - STEPHANE DE SAKUTIN/AFP

Quand je lui demande comment il fait pour être aussi bien renseigné, mon père me lance : 

« Tout le monde le sait dans les hautes sphères africaines, c’est un secret de polichinelle. »

Mes soupçons se confirment : papa est un espion.

Mon père a des « preuves »

Aujourd’hui, un invité le pousse vers un nouveau débat enflammé. Je remarque que sa thèse est encore plus détaillée. Désormais, il tente de justifier toutes ses allégations. Mon père semble avoir des «  preuves  » :

«  Ahmadou Ahidjo [le premier président du Cameroun, ndlr] était d’origine malienne, physiquement, il était très grand et très mince. Tu en connais des Camerounais très grands et très minces ? Au Cameroun, ce n’est pas la morphologie la plus répandue  !  »

Un nouvel élément lui vient à l’esprit :

« Sassou, le président congolais, porte un nom béninois. As-tu déjà rencontré un Congolais avec un nom de famille de ce genre  ?  »

A ce stade-là, personne n’ose plus le contredire.

Son dernier scoop

Pendant plusieurs mois, j’ai cru que sa passion pour l’ethnologie conspirationniste s’était éteinte. Jusqu’à la dernière élection en Côte d’Ivoire  :

« Tu sais, le président réélu Alassane Ouattara est burkinabé et c’est la France qui l’a porté au pouvoir. »

Une fois de plus, mon père tente de me rallier à sa cause. Il commence par un long discours.

«  En général, il est très difficile de retracer la généalogie des présidents africains. Lorsqu’on y parvient, une corrélation persiste  : ce sont des gens issus d’ethnies minoritaires. Tout ce raisonnement est reconnu, théorisé et voulu par le système néocolonial. Il souhaite maintenir ad vitam æternam son emprise sur eux. Quoi de plus simple que de manipuler un Président issu d’une minorité, qui n’a pas l’assise unanime de son peuple ? »

Je commence enfin à comprendre la logique de son postulat. Je ne me risque pas à le contredire : je l’imagine déjà reprenant depuis le début son raisonnement. Alors il me livre son dernier scoop :

«  Joseph Kabila, président actuel du Congo RDC, n’est pas le fils biologique de son prédécesseur Laurent Désiré Kabila, il est né de parents rwandais. »

L’avis Antoine Glaser
Le journaliste Antoine Glaser est un spécialiste reconnu de l'Afrique. Je lui ai soumis la théorie de mon père. Voici ce qu'il en dit : « Il est très important d’insister sur l’anachronisme de cette théorie. La France a coopté par le passé des dirigeants – comme Léopold Sedar Senghor, Houphouët-Boigny et d’autres – issus d’ethnies minoritaires.

Mais aujourd’hui, les relations France-Afrique sont beaucoup plus inversées que ce que l’on pense. Plutôt que de Françafrique, il serait presque plus approprié de parler d'“ Africafrance ”. On peut prendre l'exemple du système Bongo au Gabon. Les leaders africains parviennent à établir de vrais réseaux d'influences qui leur permettent de se maintenir au pouvoir et la France se retrouve souvent instrumentalisée.

Il arrive aussi que certains Présidents soient en quelque sorte des garants de la paix régionale. Dans ce cas, la France se doit de soutenir implicitement leurs positions au grand dam de son idéal démocratique. Il en est question dans la posture que prend François Hollande envers la candidature à sa propre succession du président Sassou-Nguesso. »

Rue89

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