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Le marathon indien d’Edward S. Curtis

Publié par MaRichesse.Com sur 29 Décembre 2015, 20:07pm

Catégories : #LIVRES-A-LIRE, #NEWS

Le marathon indien d’Edward S. Curtis

Edward S. Curtis : il n’est pas sûr que beaucoup de gens se souviennent de son nom ; mais ses photos sont gravées dans la mémoire universelle. Comme ce portrait de Chef Joseph des Nez-Percés, prise en 1903 dans le studio de Curtis à Seattle. Ou celui de ce « prêtre de la danse du serpent » saisi chez les Hopis d’Arizona, société dont Curtis lui-même a grimpé tous les degrés d’initiation.

Et comment oublier ce « Piegan Dandy » ? Photographié dans la réserve indienne des Pieds-Noirs du Montana, paré de colliers et de coquillages, il a les cheveux hérissés sur la tête telle une queue de paon. Ou ce portrait de Geronimo, quelques jours avant que le vieux chef ne soit reçu à la Maison-Blanche, en 1905, par Theodore Roosevelt ? Agé de 75 ans, il est enroulé dans une mauvaise couverture, un bandana autour de la tête. Saisissant.

Prises par un photographe de Seattle, autodidacte dépourvu de diplômes, ce que la communauté scientifique lui fera payer cher, ces photos essentielles ne sont que la partie visible de l’iceberg. Curtis, convaincu qu’il assistait à la disparition d’un peuple, s’est jeté à corps perdu dans une œuvre qui l’occupera – dix-sept heures par jour, sept jours sur sept – pendant plus de trois décennies, le ruinera et ruinera son couple. Les Indiens l’appelaient « L’homme-qui-dort-sur-son-souffle », car tous les soirs il gonflait son matelas pneumatique.

Curtis a dû soulever des montagnes pour mener à bien la publication de « L’Indien d’Amérique du Nord », vingt volumes de grand luxe qui comptent 2.200 photographies originales, 4.000 pages de texte d’une haute tenue ethnographique, dont des retranscriptions de centaines de chants et des dizaines de langues. Sur le moment tout le monde trouvait son projet génial, mais personne ne voulait mettre la main à la poche. Il fallut le soutien financier du magnat des chemins de fer John Pierpont Morgan et moral du président Roosevelt pour que Curtis, qui n’avait peur de rien –  il manqua mourir dans les remous du fleuve Columbia, entre autres –, boucle son affaire.

Epuisé, oublié de tous et sans un sou, « L’homme-qui-ne-prit-jamais-le-temps-de-jouer », selon le nom indien qu’il s’était lui-même donné, mourut « presque aveugle » en 1952, à l’âge de 84 ans, dans un appartement de Beverly Hills –  « L’endroit le plus décourageant où j’ai jamais tenté de vivre. » On n’en finirait pas de chanter les louanges de cette biographie, écrite par un journaliste du « New York Times » et récompensée par le prix Pulitzer. En attendant le film ? 


Lesechos.fr/

Le marathon indien d’Edward S. Curtis

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