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Conseils, science, sante et bien-être


La nuit où la vie d'Olivier Genest a basculé

Publié par MaRichesse.Com sur 20 Décembre 2015, 07:18am

Catégories : #VIE, #SANTE-BIEN-ETRE, #ALCOOL

La nuit où la vie d'Olivier Genest a basculé

Le 9 juillet 1995, Olivier Genest décide de fêter la fin de son secondaire avec des amis, à Lac-aux-Sables, dans Portneuf. En toile de fond de cette virée bien arrosée, une «grosse peine d'amour». Après la soirée, fort du sentiment d'invincibilité propre à son âge, l'adolescent de 17 ans décide de prendre le volant en état d'ébriété. Malgré leur insistance, ses amis ne réussissent pas à le convaincre de remettre les clés de son véhicule.

À 5h du matin, l'adolescent rate une courbe, à l'entrée du village de Saint-Ubalde. Sa voiture heurte de plein fouet une résidence. Passé à un cheveu de la mort, il est transporté d'urgence à l'Hôpital de l'Enfant-Jésus. Traumatisme craniocérébral sévère, poumons perforés, hémorragie abdominale, plusieurs fractures et contusions. Il passera un mois dans le coma.

De cette soirée, de l'accident, de son hospitalisation, du début de sa réhabilitation, Olivier ne se rappelle rien. Il a reconstruit le fil de cette nuit tragique à partir de ce que ses amis et parents lui ont raconté. Cette absence de souvenirs n'empêche pas la souffrance de remonter à la surface lorsqu'il parle de ses projets brisés, des deuils à faire, de tous les regrets qui l'habitent, «toujours, toujours».

À 37 ans, en raison de son traumatisme craniocérébral, Olivier ne peut pas travailler. Puisqu'il se fatigue rapidement, il doit s'allonger souvent dans la journée. Il peine à gérer son quotidien en raison de son incapacité à retenir des informations simples.

 

Dans la vie d'Olivier, il y aura pour toujours un avant et un après 9 juillet 1995.

«Aujourd'hui, tout le monde est sur Facebook. Moi, ça ne me tente pas pantoute de mettre ce que j'ai fait de mes journées sur Facebook. Je n'ai rien à montrer. Je n'ai rien accompli et je n'accomplirai rien non plus», confie-t-il, dans une entrevue parfois fort émotive, où les silences se mêlent aux larmes.

L'homme, calme et posé, a devant lui, dans un sac Ziploc contenant des petits cartons aux coins écornés. Une sorte d'aide-mémoire dont il se sert pour son témoignage annuel dans les écoles. À quelques années près, son auditoire a l'âge qu'il avait lorsque sa vie a pris le décor.

«Si mon message ne passait pas, je n'aurais pas envie de la raconter [mon histoire]. Je suis sûr que je suis capable d'en sauver un à chaque témoignage. Vous savez, c'est pas l'fun raconter ça. Vous ne trouverez pas beaucoup de monde pour dire qu'ils ont fait un accident ben chaud. C'est vraiment pas sexy

Des proches qui «payent pour»

À l'époque, même si la conduite en état d'ébriété n'était pas marquée d'un sceau de désapprobation sociale comme c'est le cas aujourd'hui, Olivier n'a pas voulu écouter son entourage. «Des amis ont essayé de me retenir. J'aurais eu l'opportunité de coucher là, mais je me suis sauvé. Quand on a 17 ans, on se fout bien de ça. Notre vie, c'est notre vie, on en fait bien ce qu'on veut. Moi, j'avais surtout peur de me faire arrêter par la police et de perdre mon permis. C'est la seule chose qui me faisait peur. On pense qu'on est seul au monde. On se dit que si on se blesse, c'est pas grave, ça va être seulement moi. C'est pas vrai, c'est pas ce qui arrive.

«Même si j'étais seul à bord de mon auto ce soir-là, il y avait quand même du monde que j'avais embarqué», paraphrase-t-il, les yeux dans l'eau. «Mes parents ont payé pour. Mon frère a payé pour. Mes amis ont payé pour. Et à mesure que la vie avance, il y en a qui débarque.»

À 37 ans, en raison de son traumatisme craniocérébral,... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 2.0

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À 37 ans, en raison de son traumatisme craniocérébral, Olivier ne peut pas travailler et peine à gérer son quotidien.

LE SOLEIL, YAN DOUBLET

Le jeune homme a pris longtemps avant d'accepter que plus rien ne serait comme avant. Tout au long de sa longue réhabilitation au Centre de réadaptation physique de Québec (l'ex-Centre François--Charron), il était persuadé de reprendre un jour une vie normale.

C'est lors d'un stage de travail au CHUL, à classer le courrier interne, qu'il a compris que ce ne serait jamais le cas. Envolé le rêve d'étudier en administration pour prendre la relève de son père, propriétaire de deux quincailleries. «Ç'a été comme une claque dans la face.»

Bien entouré

Malgré le coup bas du destin, Olivier a la chance d'être bien entouré. Depuis 17 ans, il est avec une copine d'adolescence. Le couple a deux enfants, de neuf et six ans. «Ma blonde m'aide pas mal, elle compense.»

Olivier réussit à gérer son quotidien à travers ses problèmes de mémoire, de concentration, de fatigue, de frustration, ses sautes d'humeur. Il a développé quelques trucs, comme écrire la veille ses tâches du lendemain. «Je ne fais rien d'excessif, je me couche jamais tard, je ne prends pas de boisson, ça me déstabilise trop. J'ai commencé à faire de l'épilepsie, alors je prends des médicaments.»

Amateur de hockey, il enfile parfois les patins avec des amis. «Je me trouvais bon, mais je suis réaliste, je suis vraiment mauvais...» lance-t-il, rieur. «Je ne peux pas faire de compétition. Quand je joue, il faut que ce soit seulement pour le plaisir.»

Chaque printemps, c'est avec bonheur qu'il se rend aussi à la cabane à sucre familiale, à Saint-Ubalde. Il chauffe la fournaise pour faire bouillir l'eau d'érable, coupe du bois, vaque à quelques petits travaux compatibles avec sa condition. «J'aime ça, mais je me dis souvent que si mon père décidait d'arrêter, lui qui en fait pas mal, je serais dans le trouble, je ne pourrais pas continuer tout seul.»

Un ange passe. Olivier retient ses larmes.

«Vous avez pas idée ce qu'on peut perdre en une seule soirée...»

Finie, la vie normale

 

La travailleuse sociale d'Olivier, Paule Terreau, mentionne que... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 4.0

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La travailleuse sociale d'Olivier, Paule Terreau, mentionne que les personnes qui subissent un traumatisme craniocérébral moyen ou sévère doivent accepter le fait qu'elles devront faire une croix sur une vie normale.  

LE SOLEIL, YAN DOUBLET

Le cas d'Olivier est «assez représentatif» des personnes aux prises avec les conséquences d'un traumatisme craniocérébral (TCC), moyen ou sévère. Le plus souvent, les patients doivent «se rendre jusqu'au bout», dans leur milieu de vie, pour se décider à faire une croix sur une vie normale.

«Si je ne suis pas capable de me faire à manger, que je suis obligé de me coucher trois fois par jour, penses-tu que je vais être capable d'aller travailler? C'est une équation qui se fait moins bien après un traumatisme craniocérébral», lance Paule Terreau, travailleuse sociale et coordonnatrice clinique du programme des TCC au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale.

Après leur accident, les victimes d'un TCC séjournent au Centre de réadaptation physique de Québec, une unité interne dotée de 28 lits. Une équipe soignante les aide à retrouver une partie de leurs capacités physiques et cognitives. «Ce n'est pas tant pour les aider à retourner au travail que pour leur apprendre à être un peu autonomes. Un TCC laisse de bonnes traces, cognitives en particulier. Il y a aussi parfois des lacunes motrices ou de gros troubles de langage, mais la fatigabilité est la séquelle la plus importante», explique MmeTerreau, présente à la rencontre du Soleil avec Olivier.

Difficulté à s'évaluer

Ce n'est qu'une fois que la personne de retour à la vie civile qu'elle réalise que la vie ne sera plus jamais comme avant. «Elle en vient à dire que ça va bien, qu'il n'a plus de problèmes, mais si tu la sors de sa routine et la place dans un contexte nouveau, les problèmes vont ressortir. [...] Olivier a trouvé une façon de fonctionner à la maison, mais s'il avait un rythme de vie d'un jeune de son âge, ça déborderait. La victime d'un TCC a souvent une mauvaise évaluation d'elle-même. Elle pense être capable [d'accomplir certaines tâches], alors qu'elle est dans le champ ben raide.»

La travailleuse sociale estime Olivier chanceux de pouvoir exprimer des émotions. «C'est normal que ce soit dur d'en parler, mais le TCC l'empêche parfois. Les victimes n'ont pas toujours une bonne gestion de leurs émotions.»

Des campagnes inutiles?

Les campagnes de publicité contre l'alcool au volant ont-elles un effet dissuasif? Sans doute, mais il n'en demeure pas moins qu'il semble exister une frange de la population imperméable au discours. À preuve, ce sondage (non scientifique) sur le site du Soleil, cette semaine, demandant aux lecteurs s'ils avaient déjà conduit «après avoir trop bu». Si près de 40 % des 1508 répondants disent ne l'avoir jamais fait, plus de la moitié (52 %) déclarent le contraire. Et pour le 9 % restant, qui n'ose pas s'avancer, on peut se douter de la réponse... L'avoir fait une fois est une chose; continuer à le faire, même à l'occasion, en est une autre.   

Le TCC

Le traumatisme craniocérébral (TCC) est un traumatisme causé par un contact brusque entre le tissu cérébral et la boîte crânienne, ce qui provoque une destruction ou une dysfonction du système nerveux intracrânien. Les troubles les plus courants à la suite d'un TCC sont les troubles cognitifs et comportementaux, la perception altérée de la réalité, les problèmes de jugement, de concentration et de mémoire, la fatigabilité, l'impulsivité et l'agressivité. 

 Lapresse

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