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10 choses que vous ignorez probablement sur le drapeau français

Publié par MaRichesse.Com sur 9 Décembre 2015, 02:45am

Catégories : #INSOLITE, #FRANCE

10 choses que vous ignorez probablement sur le drapeau français

l'impulsion de La Fayette, par l'adjonction des couleurs de Paris (bleu et rouge) et du blanc royal. C'est en réalité beaucoup plus compliqué.

1. Le drapeau français aurait pu être vert

Avant le drapeau, il y a eu la cocarde tricolore. Mais celle-ci a été à deux doigts d'être verte. Vous imaginez un drapeau vert ?

Le drapeau français aurait pu être vert

Le lundi 13 juillet 1789, veille de la prise de la Bastille, une foule immense s'est réunie au Palais-Royal, où se trouve le comité insurrectionnel. "Plus de 10.000 hommes sont armés, ils annoncent qu'ils vont attaquer les troupes r­oyales aux Champs-Elysées puis, de là, aller à Saint-Denis rejoindre les régiments et se rendre à Versailles", écrit le commandant des troupes au président de l'Assemblée nationale. Il ajoute : 

Les armuriers ont été pillés et chacun porte la cocarde verte."

Cette cocarde est dite "de Camille Desmoulin", car c'est lui qui l'a imaginée la veille, 12 juillet. Mais l'histoire va très vite, dans ces journées dramatiques : dès le lendemain, la cocarde verte est oubliée.

2. Le drapeau français aurait pu être bleu-blanc-rose

Dès le 14-Juillet, la mode du vert est en effet passée, comme en témoigne le libraire Hardy dans son journal :

On commençait à changer les cocardes de couleur, en faisant succéder le rose, le bleu et  blanc à la couleur verte."

Le drapeau français aurait pu être bleu-blanc-rose

Témoignage similaire d'un négociant, Failly, dans une lettre écrite le 23 juillet 1789 : 

On donna d'abord [le 13 juillet, NDLR] pour passeport la cocarde verte, mais, le soir, réfléchissant que cette couleur était la livrée du comte d'Artois, on la prit rose, bleu et blanc." 

3. Le bleu et le rouge ont été imposés par la bourgeoisie parisienne

Le 13 juillet, le comité des électeurs de Paris (l'assemblée municipale composée de marchands et de notables) se réunit à l'Hôtel de Ville. Il instaure, par un arrêté, une milice parisienne. Il s'agit, avec le soutien de l'Assemblée nationale, de réprimer les émeutiers qui menacent la royauté.

Un premier décret donne ordre "aux citoyens de tous rang, de tout ordre et de tout âge" se trouvant dans la capitale de s'inscrire sur la liste des "soldats de la patrie". Et comme il est nécessaire de distinguer les membres qui composent cette milice parisienne (seule à avoir le droit d'être armée), "les couleurs de la ville ont été adoptées" (article 10 d'un deuxième décret) :

En conséquence, chacun portera la cocarde bleue et rouge". 

Cocarde

Quatre jours plus tard, le 17 juillet, Louis XVI se rend à l'Hôtel de Ville (escorté de 100.000 hommes, c'est plus sûr), et se voit remettre la cocarde bleu et rouge qu'il pique à son chapeau. 

Quand le blanc s'est-il invité entre le bleu et le rouge ? Une légende dit que le roi a posé la cocarde bleu et rouge sur sa propre cocarde blanche, scellant la réconciliation entre la royauté et Paris. Dans ses mémoires, La Fayette, qui a participé à la réunion des électeurs parisiens et reçu le roi, écrit :

La cocarde fut d'abord bleue et rouge ; ce n'étaient pas seulement les couleurs de la ville, mais par un singulier hasard, celles de la livrée d'Orléans. La Fayette [il écrit à la troisième personne, NDLR], frappé de cette circonstance et voulant nationaliser l'ancienne couleur française, en la mêlant aux couleurs de la révolution, proposa à l'Hôtel-de-Ville et fit adopter la cocarde tricolore."

Vrai ? Faux ? Difficile à dire. Le fait que Hardy mentionne la cocarde "bleu-blanc-rose" dès le 13 juillet permet de douter un peu

Ce qui est certain, c'est que c'est la cocarde tricolore qui va s'imposer. En atteste, en octobre 1789, ce décret de l'Assemblée pour interdire les cocardes noires, prise comme symbole par des contre-révolutionnaires :

L'Assemblée, informée que plusieurs personnes ont pris des cocardes différentes de celles qui sont aux couleurs de la Ville, et notamment des cocardes noires ; considérant que la cocarde originairement adoptée a été un signe de fraternité pour les citoyens, et que Sa Majesté l'a adoptée elle-même ; ordonne que les arrêtés précédemment rendus, qui sont en tant que de besoin confirmés, continueront d'être exécutés, 
déclare que la cocarde aux couleurs rouge, bleue et blanche est la seule que les citoyens doivent porter ; fait défense à tout particulier d'en porter d'autre."

Les couleurs retenues sont très à la mode : ce sont celles du drapeau de la révolution américaine (lui-même inspiré des trois couleurs du drapeau britannique). 

4. Les inventeurs de la cocarde ne la prenaient pas assez au sérieux

"La cocarde de la garde nationale a fait le tour du monde" écrira La Fayette. Il a n'a pas tort : la cocarde rouge et bleue, purement parisienne, va vite se diffuser en province avec la Révolution, et devenir célèbre. Pourtant, au départ, elle est considérée comme un gadget par ses initiateurs. Ce qui n'est pas une bonne idée : le maire de Paris, Jacques de Flesselles, va y laisser la vie (et la tête).

Le 14-Juillet, la Bastille est cernée par le peuple. Depuis l'Hôtel de ville, Flesselles, prévôt des marchands et maire, a fait parvenir une missive à Bernard-René de Launay, gouverneur de la célèbre prison :

J'amuse les Parisiens avec des cocardes et des promesses, tenez bon jusqu'à ce soir et vous aurez des renforts."

Dans la journée, un représentant du comité insurrectionnel tombe sur la lettre et s'étrangle. Flesselles, pour l'avoir écrite, est illico zigouillé devant l'Hôtel de Ville, d'un coup de pistolet (suivi d'une décapitation, et d'une promenade de sa tête au bout d'une pique, en compagnie de celle de Bernard-René de Launay).

"C'est ainsi que l'on se venge des traîtres" : gravure de 1789 montrant les têtes de Flesselles et du marquis de Launay sur des piques.

5. Le drapeau rouge était au départ le symbole de la répression bourgeoise

Un drapeau symbole de répression

Au départ, le drapeau rouge est déployé par la garde nationale (que commande La Fayette) pour alerter du danger. Un peu comme aujourd'hui sur une plage. Quand la garde le déploie "au nom du roi" , c'est que des charges violentes se préparent : les émeutiers sont invités à rentrer vite chez eux. Une loi du 20 octobre 1789 prévoit explicitement cet usage.

Le 17 juillet 1791, juste après l'arrestation du roi à Varennes, le peuple se met à détruire les symboles royaux. Alors qu'une foule de plusieurs milliers de personnes se regroupe au Champ-de-Mars et menace de renverser la royauté, La Fayette et Bailly (maire de Paris, qui a succédé à Flesselles) proclament la loi martiale et font déployer le drapeau rouge.

Les troupes sont envoyées sur le Champ-de-Mars, une monstrueuse fusillade éclate et de nombreux manifestants sont tués : 10 selon la police (La Fayette, qui va bientôt démissionner), 400 selon les organisateurs (Marat), quelques dizaines selon les historiens. Cette "Saint-Barthélemy des patriotes" est un tournant, et libère les aspirations purement républicaines.

A partir de là, les révolutionnaires vont utiliser le drapeau rouge par bravade, par dérision, et pour se souvenir de la répression du Champs-de-Mars. C'est ainsi que, le 10 août 1792, en marchant vers les Tuileries pour renverser définitivement le roi, les sans-culottes des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marcel portent un drapeau rouge sur lequel ils ont inscrit :

La loi martiale du peuple souverain, contre la rébellion du pouvoir exécutif."

Le rouge est depuis lors le symbole favori de la gauche révolutionnaire.

6. Le blanc n'est pas tellement plus "royal" que le bleu et le rouge

L'image de Louis XVI piquant la cocarde bleue et rouge sur sa cocarde blanche, faisant jaillir subitement la mystique tricolore, symbole de "l'alliance auguste et éternelle entre le monarque et le peuple", relève du roman national à l'eau de rose. Certes, le blanc s'est imposé comme le symbole de la monarchie et le rouge celui de la révolution, mais au départ, les choses étaient bien plus complexes.

Les rois de France adoraient le blanc (c'est la couleur du panache d'Henri IV, de la fleur de lys, des pavillons des vaisseaux royaux...) mais ils appréciaient aussi le bleu et le rouge. La livrée des Bourbons portait déjà les couleurs bleues, blanches et rouges. Voyez ce portrait de Louis XVI par exemple : 

Louis XVI en 1786 (par Antoine-François Callet)Louis XVI en bleu-blanc-rouge en 1786 (Antoine-François Callet)

En sens inverse, les couleurs de Paris ne sont pas uniquement "le bleu et le rouge" : la nef ornant les armoiries est blanche (argent, pour être précis). Et d'ailleurs, ces trois couleurs ont probablement été choisies pour refléter... les couleurs royales.

7. Le drapeau tricolore est la conséquence d'une révolte d'esclaves

Jusque-là, on ne parle que de "couleurs nationales" et de "cocardes", pas encore de "drapeau". Et lors de la fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, les drapeaux qui flottent sont de diverses couleurs, selon les villes et les quartiers qu'ils représentent. Et c'est encore l'oriflamme blanche, portée par La Fayette et sa garde, qui est considérée comme l'emblème national.

Le drapeau tricolore va naître d'un incident. Le 16 septembre 1790, une escadre doit partir de Brest vers Saint-Domingue, pour mater une révolte de Noirs qui réclament la liberté. Mais les marins, dans un esprit révolutionnaire, refusent d'aller réprimer la liberté de ces hommes. Ils se mettent en grève, et vont jusqu'à contester jusqu'au pavillon blanc qui flotte sur leurs vaisseaux.

L'Assemblée nationale est saisie, elle cherche des compromis. Parmi ceux-ci, elle propose de remplacer le pavillon blanc par un pavillon "aux couleurs nationales". Cela donne lieu à un débat passionné le 22 octobre retranscrit par le Moniteur (et que j'ai trouvé dans Hacks et Linarès, "Histoire du Drapeau Français", 1934). 

Un député (Vaudreuil) trouve que le nouveau pavillon "est le même que celui des Hollandais" qui portait déjà ses trois bandes horizontales : rouge, blanche, bleue. Un autre (Galissonnière) ajoute que ces couleurs sont aussi celles du pavillon anglais, une horreur. Un troisième (Foucault) parle de "profanation" et suggère de "laisser à des enfants le nouveau hochet aux trois couleurs".

François-Henri de Virieu (l'aïeul direct du journaliste homonyme) s'inquiète de la suppression du pavillon blanc "qui a toujours fait la gloire et l'honneur du nom français" :

C'est ce pavillon qui a rendu libre l'Amérique, un changement tendrait à en couvrir le souvenir de nos victoires et de nos vertus."

Les gens ne comprendraient pas, juge-t-il. Il propose un compromis : adjoindre au drapeau blanc une simple "bande aux couleurs nationales".
Mirabeau prend alors la parole, vante les trois couleurs, "ce signe de ralliement de tous les amis, tous les enfants, de la liberté", cette "enseigne du patriotisme", qu'il oppose à la couleur blanche, qu'il désigne comme "la couleur de la contre-révolution". A partir de là, la droite jette de grands cris, précise "le Moniteur". Il poursuit : 

Elles vogueront sur les mers, les couleurs nationales ! Elles obtiendront le respect de toutes les contrées, non comme le signe des combats et de la gloire, mais comme celui de la sainte confraternité des peuples, des amis de la liberté sur toute la terre, comme la terreur des conspirateurs et des tyrans !"

Discours ponctué de quelques noms d'oiseaux ("scélérat", "assassin") et autres menaces. Mais il marque des points.

8. Le premier drapeau officiel bleu-blanc-rouge était rouge-blanc-bleu

Rouge-blanc-bleu, le pavillon de 1790

L'Assemblée approuve le changement de pavillon, et laisse à son comité militaire le soin d'en définir les modalités. Le 24 octobre 1790 ce dernier tranche et un décret est publié :

Article premier : le pavillon de beaupré sera composé de trois bandes égales et posées verticalement. Celle de ces bandes de plus près du bâton sera rouge, celle du milieu blanche et la troisième bleue."

Rouge-blanc-bleu, donc !

Le pavillon en poupe est, quand à lui,  mi-chèvre mi-chou :blanc, mais avec le drapeau tricolore occupant un quart de sa surface.

Le roi accepte la réforme : il adopte le drapeau aux trois couleurs nationales. Elles gagnent tous les régiments.

9. C'est David qui a été chargé de dessiner le drapeau définitif (fastoche)

Le 29 pluviôse An II (le 15 février 1794), on débat de nouveau du drapeau. A l'initiative du conventionnel Jean Bon Saint André, l'Assemblée décide qu'il soit composé de trois bandes verticales :

de manière que le bleu soit attaché à la gaule du pavillon, le blanc au milieu et le rouge flottant dans les airs."

Cela semble assez précis, mais on charge quand même le grand peintre national, David, de "fournir les dessins du nouveau pavillon à la nation". On imagine que pour lui, ce n'est pas un job trop compliqué.
Le drapeau nouveau pavoise à partir de mai la France, mais cela ne dure pas : Napoléon prend le pouvoir et façonne le drapeau à sa façon (en y flanquant des aigles, notamment).

A la restauration, le blanc revient. Ce n'est qu'en 1830 que le drapeau tricolore est définitivement adopté. "La nation reprend ses couleurs", dit le roi Louis-Philippe, bonhomme.

10. Lamartine l'a sauvé en 1848

Lamartine devant l’Hôtel de Ville de Paris le 25 février 1848 refuse le drapeau rouge. (H. F. E. Philippoteau).
 
 Nouvel-Observateur

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