Quelques heures d'analyses ont suffi aux experts réunis dans un laboratoire militaire près de Toulouse (sud-ouest de la France) pour confirmer que ce fragment d'aile - un flaperon - charrié par la mer a dérivé sur plusieurs milliers de kilomètres à partir de l'endroit de l'océan Indien où l'avion s'est abîmé, a déclaré le Premier ministre malaisien, Najib Razak, à Kuala Lumpur. Le parquet de Paris, qui enquête aussi car quatre victimes sont françaises, s'est montré plus prudent, évoquant de « très fortes présomptions » que le débris vienne en effet du Boeing 777 de Malaysia Airlines.

Le ministre malaisien des Transports, Liow Tiong Lai, a affirmé plus tard dans la journée que des experts malaisiens dépêchés à La Réunion avaient retrouvé d'autres débris d'avion - coussins de siège, hublots -, ajoutant qu'il reviendrait aux autorités françaises de vérifier s'ils proviennent aussi du Boeing 777. « Nous avons aussi trouvé des débris tels des vitres, des feuilles d'aluminium et des coussins de sièges », a déclaré Liow Tiong Lai. Il a précisé par la suite qu'il faisait référence à des sièges et des hublots d'avion retrouvés par l'équipe d'experts malaisiens dépêchés à La Réunion après la découverte il y a une semaine d'un fragment d'aile du Boeing 777. Mais le ministre a observé qu'il ne leur était pas possible de vérifier si ces nouveaux débris provenaient de ce Boeing : « Cela doit être vérifié par les autorités françaises », a-t-il affirmé. Une source judiciaire française a déclaré que les enquêteurs français n'étaient en possession d'aucun nouveau débris d'avion pour l'instant.

Une avancée majeure

La disparition du Boeing 777 avait soulevé l'un des plus grands mystères de l'aviation civile, entraînant de colossales opérations de recherches et nourrissant toutes sortes d'hypothèses, telles des théories du complot. L'annonce du chef de gouvernement malaisien selon laquelle le fragment d'aile provient bien du Boeing 777 est « une avancée majeure », a réagi Malaysia Airlines. Cette percée dans l'enquête n'a pas suffi à apaiser certaines familles de victimes, parfois en colère, qui exigent depuis 17 mois de savoir ce qu'il est advenu de leurs proches. « Je ne crois pas à ces dernières informations au sujet de l'avion, ils nous mentent depuis le début », a lancé le Chinois Zhang Yongli, dont la fille se trouvait à bord.

La plupart des passagers du Boeing 777 étaient chinois. Des proches de victimes ont réagi avec colère et incrédulité. Jacquita Gonzales, dont le mari était un des membres de l'équipage, a réclamé davantage d'explications : « Maintenant, je veux savoir où est la carlingue de l'avion pour que nous puissions en extraire les passagers et obtenir la boîte noire de manière à savoir ce qui s'est passé. Seul cela, pour nous, mettra un point final » à cette affaire, a-t-elle dit.

Rechercher des indices

Après avoir démontré ce lien quasi certain avec le Boeing assurant le vol MH370, l'expertise entamée mercredi après-midi dans un laboratoire militaire, à laquelle participent des experts français du Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA) et leurs homologues malaisiens, a repris jeudi matin dans la banlieue de Toulouse.

Reste notamment à rechercher des indices sur les causes de l'accident. L'avion a-t-il été détruit en vol ou s'est-il désintégré en percutant la surface de l'océan ? Pour Gerry Soejatman, un expert travaillant à Jakarta, l'identification de ce débris d'avion représente une réelle avancée. « Les gens veulent toutes les réponses mais soyons réalistes. Nous devrions être heureux d'avoir enfin trouvé quelque chose. Maintenant, nous savons à peu près où l'avion est sans doute tombé », a-t-il observé. « Et cela répond à de nombreuses questions. Cela élimine les théories du complot. »

D'après certains chercheurs, l'espèce et l'âge des crustacés accrochés sur le volet ainsi que sur les restes d'une valise découverts sur la même plage que le morceau d'aile pourraient notamment permettre de déterminer combien de temps la pièce d'avion a séjourné dans l'eau, la température de cette eau, par où elle a cheminé. Ce qui livrerait des indices sur une zone dans laquelle relancer la recherche d'éventuels autres débris. Le commissaire en chef du Bureau australien de la sécurité des transports (ATSB), Martin Dolan, a cependant observé qu'il était « trop tôt » pour dire ce qui était arrivé, ajoutant qu'un « examen approfondi [du flaperon] était nécessaire pour savoir ce que l'on peut en apprendre ».