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Le Zimbabwe « a des problèmes plus graves que la mort du lion Cecil »

Publié par MaRichesse.Com sur 6 Août 2015, 00:01am

Catégories : #AFRIQUE, #ANIMAUX, #JUSTICE

Le Zimbabwe « a des problèmes plus graves que la mort du lion Cecil »
 

Indignation médiatique, lynchage numérique, rumeurs en tout genre : rarement la mort d’un animal n’avait suscité un tel émoi à travers le monde. Six jours après la mort du lion Cecil, vedette du parc national Hwange tué pour 50 000 euros par un dentiste américain — devenu, depuis,l’ennemi public n°1 des internautes  —, la colère est loin d’être retombée. Le mot-clef #CecilTheLion reste largement utilisé sur Twitter et les rumeurs vont bon train : ce week-end, de nombreux médias ont ainsi relayé la mort d’un autre grand félin du parc, Jericho, présenté comme le frère de Cecil ; le lion Jericho n’était en fait ni mort, ni le frère de Cecil.

Mais aussi cruelle que soit la mort du célèbre félidé à la crinière noire, l’emballement médiatique qu’elle suscite laisse les Zimbabwéens perplexes. "Oui, c’est cruel. Mais je ne comprends pas toute cette histoire. Il y a tellement de problèmes plus pressants au Zimbabwe, nous connaissons des pénuries d’eau, nous n’avons pas d'électricité, pas d’emplois… et les gens font tout ce bruit pour un lion ?" Ces mots d’une habitante de Harare, la capitale, citée par le site New Zimbabwe et rapportés par Courrier International, résument ainsi le ressenti de nombre d’habitants à travers le pays.

"Honnêtement, je suis choqué par toute l’attention portée à la mort du lion Cecil alors que mon pays a des problèmes bien plus graves et urgents", abonde un journaliste radio, Eric Knight, cité par un site local, dénonçant le désintérêt international pour la crise économique et l'instabilité politique du pays :

"Par contre quand un lion est tué, là, le Zimbabwe fait la 'une' des journaux du monde entier. S’il vous plaît, un peu de respect. Depuis quand les lions sont-ils devenus plus importants que les êtres humains ?"

"Cecil menait une meilleure vie que de nombreux Zimbabwéens"

Bien loin des préoccupations des Zimbabwéens, la mort de Cecil est dépeinte comme "un problème de pays riches" par plusieurs médias nationaux. Le Zimbabwe Daily (mais aussi la BBC) rappellent ainsi tous les maux auxquels le pays est confronté : fermetures d'entreprises, chômage de masse (les deux tiers de la population survivent grâce au travail au noir), graves pénuries d'eau, de nourriture et de médicaments ou encore fréquentes coupures d'électricité…

Un sombre tableau économique auquel s'ajoute le recul des libertés individuelles pointées par de nombreux détracteurs du régime de Robert Mugabe, le plus âgé des chefs d'État d'Afrique en exercice, qui tient le pays d'une main de fer depuis 1987. "Un défenseur de la démocratie,Itai Dzamara a disparu depuis plus de quatre mois, mais ça, ça ne suscite pas le même engouement international", ironise ainsi le Zimbabwe Daily.

Quant aux données humaines, elles ne sont guère plus réjouissantes : l’espérance de vie ne dépasse pas les 52,7 ans, 72,3% de la population vit sous le seuil de pauvreté et le pays est classé 172e dans la liste des pays par indice de développement humain. "Le lion Cecil menait une meilleure vie que de nombreux Zimbabwéens", écrit ainsi un article du MinnPost, un site du Minnesota, l'Etat américain où réside le dentiste honni Walter Palmer.

Cecil, un prénom associé au colonisateur britannique

Contrairement aux touristes, peu de Zimbabwéens interrogés dans la capitale avaient entendu parler du lion Cecil, note par ailleurs New Zimbabwe. Et si pour nombre d'internautes le prénom du lion a sûrement participé à leur attachement pour l'animal, du côté des Zimbabwéens "Cecil" est plutôt associé au colonisateur britannique et magnat des diamants Cecil John Rhodes — leur rappelant ainsi le temps où leur pays s'appelait Rhodésie du Sud —, comme le souligne la BBC. Et l'article d'ajouter :

"Curieux choix de nom, pour un lion du Zimbabwe : c’est comme si, en Erythrée, on avait appelé un lion du zoo d’Asmara Benito, en référence à l’ancien colonisateur italien Mussolini"

Autre motif d'agacement des Zimbabwéens : nombre d’entre eux sont victimes, chaque année, des attaques de crocodiles, lion et autres animaux sauvages, et ce dans l’indifférence générale. "Les Américains ne réagissent jamais quand des villageois se font tuer par des lions et des éléphants", s’indigne ainsi une habitante citée par l'agence de presse Reuters — c'est aux Etats-Unis, en effet, que l'indignation suscitée par la mort de Cecil a été la plus virulente : samedi, un portrait géant du félin a été projeté sur la façade de l'Empire State Building à New York.  Constat partagé par un éditorialiste du Telegraph, qui, dans un article intitulé Arrêtez de parler du lion Cecil, s’il vous plaît, écrit : "Si Cecil avait été un Africain, tué par un dentiste, il y aurait eu moins de gens pour partager cet article et moins de gens auraient exprimé leur indignation."

De son côté, l'Etat zimbabwéen a fait de la chasse aux chasseurs une priorité nationale : les autorités ont demandé l'extradition de Walter Palmer pour qu'il puisse être jugé au Zimbabwe et elles ont annoncé des restrictions immédiates sur la grande chasse (lions, éléphants, léopards), désormais interdite près de la réserve Hwange, sauf dérogation écrite des parcs nationaux. Les autorités zimbabwéennes organisent également une réunion de crise avec des professionnels de la chasse, des organisateurs de safaris et des associations de la société civilemardi à 8 h. 

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