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Conseils, science, sante et bien-être


Cassandra, 29 ans : « J’ai dû ouvrir mes cuisses à un milliard de spécialistes »

Publié par MaRichesse.Com sur 17 Août 2015, 03:50am

Catégories : #SANTE-BIEN-ETRE, #SOCIÉTÉ, #FAITSDIVERS

Cassandra, 29 ans : « J’ai dû ouvrir mes cuisses à un milliard de spécialistes »

Je rencontre Cassandra dans un café parisien, à deux pas de la rédaction de Rue89. Elle fume clope sur clope. « Je ne suis pas très détendue », dit-elle, communiquant son stress, incitant son interlocuteur à enchaîner les cigarettes.

Cassandra n’a pas l’habitude de parler de sa sexualité à des inconnus. Surtout, elle déteste prononcer le mot « vaginisme ». C’est pourtant comme ça qu’elle s’est présentée par e-mail :

« Le mot vaginisme, il parle à tout le monde. Mais moi, j’ai mes propres mots. Je préfère des formules du type “ça bloque”, “je n’y arrive pas” ou “je ne peux pas baiser”. »

Le vaginisme est une contraction musculaire qui empêche toute pénétration vaginale. Cassandra en a souffert pendant six ans. Ça a empoisonné sa vie sentimentale, sa vie tout court.

Aujourd’hui, Cassandra va mieux. Elle a mis les moyens pour vivre une sexualité épanouie, mais elle a réussi.

Et c’est ce qu’elle veut dire aux « nanas qui souffrent » et à ceux (celles) qui les accompagnent. Cassandra compare le vaginisme à un tunnel – un tunnel dont on peut voir le bout :

« Ma sexualité hors-norme est devenue normale. »

Elle nous raconte sa sexualité.

 

Mes dates-clés

Pendant toute mon enfance, à l’école ou dans mon cercle familial, je parlais très peu de sexualité. Mes premiers souvenirs remontent au lycée. A 16 ans, j’ai roulé mon premier patin, complètement bourrée. Ce fut l’éveil. J’en ai roulé à plein de mecs et je me suis frottée à bon nombre d’entre eux, sans envisager de baiser. Je voulais attendre le « bon », l’homme de ma vie. Finalement, à 17 ans, j’ai voulu le faire avec mon copain.

Ensemble depuis un an, un soir, on se chauffe, on se tripote, ça part en préliminaire. « Allez, on y va ! » Méga nerveuse, je ne pouvais pas m’empêcher de rire. Quand il s’est approché de mon sexe, je l’ai coincé avec mes cuisses.A l’époque, je ne comprenais pas : je le voulais en moi et, en même temps, je ne le voulais pas. Il a essayé de rentrer mais la « porte » était complètement fermée. Il pouvait essayer de « taper », « taper », « taper », jamais ça n’allait rentrer. Plus il forçait, plus ça faisait mal.

Le lendemain, j’ai appelé ma meilleure copine. Je n’ai omis aucun détail. Elle m’a fait tout un speech sur le fait d’être vaginale ou clitoridienne, qu’en fait je n’étais probablement que clitoridienne, en me disant que, dieu merci, elle était « les deux à la fois ». Merci la pote !

Je suis allée voir un gynécologue, un vrai connard. Son diagnostic :

« Votre vagin est trop étroit, il faut ouvrir votre hymen. Sinon, la prochaine fois qu’un garçon va essayer de rentrer, il va tout défoncer et ça va faire un mal de chien. »

J’ai fait ce qu’il me disait, ça n’a strictement rien arrangé. Vraiment un connard.

Plutôt ironique comme situation. Au début, j’étais persuadée que l’homme de ma vie serait mon « dépuceleur ». Ensuite, un homme que j’aime. J’ai revu à la baisse mes exigences quand j’ai compris que ça bloquait. Je me disais : « N’importe qui ferait l’affaire ! Baisez-moi, allez-y, baisez-moi ! »

Je me rappelle ce mec, beau parleur, débitant tout un discours sur la fierté qu’il avait à être le premier. Dans ma tête, j’en avais rien à foutre, je pensais : « Fais-le, fais-le, fais-le, un point c’est tout ! » Avec lui non plus, ça n’a pas marché. Les muscles contractés, mon vagin ne laissait rien passer.

Je me rappelle en avoir parlé à ma grand-mère, croyante et plutôt « coincée ». Je suis extrêmement proche d’elle. Elle m’a sortie : « Oh ! Ma pauvre chérie ! » Cette phrase, je l’ai prise comme une grosse bombe dans ma gueule. Putain ! Si même ma grand-mère, que je considère comme totalement asexuée, que jamais je n’imaginerais faire l’amour avec un homme, que jamais je n’ai entendue prononcer le mot « sexe », si elle, elle me dit « oh ! Ma pauvre chérie  ! », ça veut bien dire que je rate quelque chose de très important.

Pour essayer de trouver une solution à mon problème, j’ai dû ouvrir mes cuisses à un milliard de spécialistes. Des ostéopathes, des psychologues, des gynécos, des magnéticiens, des énergiseurs... J’ai même participé à des constellations familiales. Certains m’ont permis d’avancer, d’autres pas du tout. Avant que je ne sois indépendante, mes parents assumaient les dépenses. Quand bien même ne voulaient-ils pas imaginer leur fille Cassandra se faire prendre, ils payaient pour...

Parmi les « spécialistes » existent de nombreux cons. Je me rappelle d’une psy. A peine entrée dans son cabinet, elle me demande si on considère le sexe comme quelque chose de sale dans ma famille. Ensuite, elle enchaîne directement sur ma relation avec mon père. Un autre thérapeute, lui, était sûr que j’avais été victime d’un viol. Consciente ou convaincue de la « faculté d’oubli » du cerveau, j’en suis même venue à investiguer dans ma famille.

Mais non, le vaginisme ne découle pas automatiquement du viol, ou d’une agression sexuelle, ou même de quoi que ce soit en lien direct avec la sexualité. Il faut que les gens se mettent ça dans la tête.

Je veux vraiment faire passer un message aux nanas qui rencontrent ce type de problème. Il faut qu’elles aillent en chercher les causes au-delà de la dimension physique. J’ai lu pas mal d’articles, notamment un sur Rue89, qui t’expliquent : « Vous allez mettre un truc de plus en plus gros, genre un dilatateur, pour écarter votre vagin, et ça ira mieux »…

En faisant ça, tu forces ton corps. Tu règles peut-être le symptôme mais tu ne règles pas le problème. Les causes peuvent venir d’ailleurs, et n’avoir aucun rapport avec le sexe en soi.

Pour moi, cette période a duré six longues, très longues années. Je ne voyais pas le bout du tunnel. Le vaginisme, c’était mon problème, avec un grand P, le problème de toute ma vie.

Vers mes 20 ans, je suis restée plusieurs années avec un mec, on réussissait à le faire une fois par an… Entre chaque occasion, de très longues pauses. Logiquement, ça crée beaucoup de tensions.

Tu enlèves quelque chose à ton mec. Un ex, dont j’étais très amoureuse (et lui aussi) m’a répété à plusieurs reprises : « Tu me castres, Cassandra. » C’est violent. Il m’a trompée. Je ne lui en ai pas voulu une seule seconde. J’étais juste pétrifiée sur place de penser que cette connasse, cette pétasse, elle, avait pu lui faire l’amour et pas moi.

Avec le recul, je trouve que mes copains ont été patients. Aucun ne m’a vraiment fait chier avec ça. Et aucun n’est parti quand je le lui ai annoncé...

Vers ma 24e année, tout s’est débloqué. D’abord petit à petit, principalement via mon travail avec mon ostéopathe. Puis, gros déclic : je venais d’emménager avec un nouveau mec. Emménager avec lui m’a mise en confiance je crois. On l’a fait une fois, ça a marché, on n’a plus arrêté. Je n’avais plus aucun blocage. Au contraire, je voulais tout le temps avoir des rapports sexuels. Lui n’en pouvait plus.

Le sexe devenait un nouvel enjeu. Après le « si tu restes avec moi sans m’obliger à baiser, ça signifie que tu m’aimes », j’instaurais le « si tu ne me baises pas tous les jours, ça signifie que tu ne m’aimes pas ».

Aujourd’hui, ma sexualité

Comment je définirais ma sexualité ? Je dirais qu’elle est… euh, agitée, compliquée, très importante, très compliquée. Je ne souffre plus de vaginisme. En revanche, je peux dire que mon état psychologique influe énormément sur ma libido. Ma sexualité, c’est le meilleur thermomètre de mon bien-être.

Par exemple, en ce moment, ce n’est pas trop l’éclate dans ma tête. Quelques problèmes familiaux. Dans ce cas, toute la zone située autour de mon vagin dit : « Fous-moi la paix, bordel ! Tu m’oppresses. »

Bon, avant-hier, avec mon copain, on l’a quand même fait. On matait un film, il avait très envie de moi. Il m’a déshabillée et m’a fait un long cunnilingus. Toute la crispation autour de mon vagin s’est envolée, les muscles se sont détendus. J’avais envie qu’il me pénètre. J’ai vraiment pris mon pied.

En ce moment, du coup, on fait l’amour environ une fois par semaine. Je ne le laisse pas tomber pour autant. Tous les deux jours environ, je lui fais une fellation jusqu’à ce qu’il jouisse. J’avale pas tout le temps.

Ce n’est pas lui qui « m’oblige » ! Le voir, le matin, avec son sexe en érection, s’auto-exciter, c’est mignon, j’aime ça, j’aime qu’il ait tout le temps envie de moi, c’est flatteur. Je fais alors un petit effort et l’envie revient.

Quand j’en parle, je me rends compte qu’une grande partie de ma sexualité a tourné autour du sexe sans pénétration vaginale, notamment la sodomie. La première fois que j’ai fait ça, j’avais vraiment l’impression de faire l’amour. Je parle du vrai acte d’amour entre deux personnes qui s’aiment. Assouvir son besoin à lui d’être en moi, mon besoin qu’il soit en moi. Je n’ai eu aucun blocage. C’est curieux, hein, il s’agit aussi d’une pénétration, d’une intrusion en quelque sorte, mais ça ne possède pas la même dimension psychologique.

Je consulte une ostéopathe géniale. C’est elle qui m’a suivie tout au long de mon parcours. L’autre fois, elle m’a fait comprendre un truc super important :mon vagin, c’est l’inconnu total. Ça m’a fait réagir : « En fait, Cassandra, ton mec, il connaît bien plus ton vagin que toi. Cette zone qui est la tienne, putain, tu ne la connais pas ! » Me mettre un doigt, ça me crispe. Le jour où j’ai réussi à en rentrer un, ma réaction : « Ah ouais, c’est comme ça en fait ! » Et aujourd’hui, j’expérimente le vibro. A 29 ans... Il m’en a fallu du temps.

Pour ce qui est de la contraception, avaler des trucs chimiques, jouer avec cette zone-là, ça ne me plaisait pas du tout. J’utilise un contrôleur de fertilité. De l’extérieur, ça ressemble à un petit boîtier, en fait, non, ça ne ressemble à rien, mais l’intérieur est hautement sophistiqué. Il calcule ta température tous les jours et au bout d’un moment, il connaît ton cycle. Rouge, tu es en période d’ovulation, tu mets la capote ou tu ne fais rien. Jaune, tu fais attention, plutôt capote. Vert, c’est la fête !

Si j’ai atteint ma plénitude sexuelle ? Ah non, là, je n’espère pas ! Ça me rappelle une phrase de mon ostéopathe, celle que j’adore :

« Cassandra, le vrai plaisir – la vraie sexualité –, vous ne l’avez pas encore découvert. »

J’ai sursauté : « Oh, yes ! J’ai encore quelque chose de mieux qui m’attend ! » 

 Rue89

 

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