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8 idées reçues sur les migrants de Calais

Publié par MaRichesse.Com sur 5 Août 2015, 18:35pm

Catégories : #IMMIGRÉ, #EUROPE

Comme tous les grands sujets d'actualité, la situation des migrants à Calais charrie son lot d'idées préconçues et d'affirmations plus ou moins fondées. Décryptage.

 

8 idées reçues sur les migrants de Calais

Elle est sur toutes les lèvres. Des cabinets gouvernementaux aux simples discussions citoyennes, la situation des migrants autour de Calais agite autant la classe politique qu'elle suscite le débat dans la société. Quitte à faire resurgir bon nombre d'idées reçues sur la question. Tour d'horizon de ces affirmations souvent entendues... et bien souvent fausses.

"On assiste à une arrivée massive de migrants à Calais"

Ça n'est pas tout à fait vrai. La situation de Calais est à prendre avec du recul. La préfecture du Pas-de-Calais estimait à environ 3.000 le nombre de migrants présents à Calais et dans sa région au mois de juin dernier. Certes, ce nombre correspond à une augmentation de 500% par rapport au début de l’été 2014.

Mais les données fournies par Frontex, l’agence européenne pour la surveillance des frontières, permettent de relativiser ses chiffres, compte tenu de la situation européenne. Le nombre d’immigrés entrés illégalement en Union européenne a presque triplé entre 2013 et 2014, passant de 100.000 à 270.000, soit une augmentation de 180%.

Le phénomène continue de s'amplifier en 2015, puisque le nombre de franchissements illégaux des frontières extérieures de l’UE a augmenté de 250 % entre le mois de janvier et de mai par rapport à l’année précédente sur la même période.

Depuis le début de l’année 2015, 175.000 entrées illégales se sont faites en UE, dont les 3.000 migrants présents en permanence à Calais ne sont qu'une infime fraction. Rapporté à la population française, ce nombre ne représente qu'une goutte d'eau.

"Tous les migrants veulent aller en Angleterre"

C’est faux. Selon le fournisseur de statistiques Eurostat, qui compare le nombre de demandes d’asile dans les pays de l’UE, le Royaume-Uni est loin d’être la destination que les migrants privilégient. Avec "seulement" 31.745 demandes d’asile, il est loin derrière des pays comme la Suède (81.180) ou l’Allemagne (202.645), dont les demandes d’asile ont augmenté respectivement de 50% et 60% entre 2013 et 2014.

Avec une augmentation de 143% en un an, l’Italie est le pays de l’UE qui est le plus fortement impacté par l’augmentation du nombre de migrants clandestins en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient observée depuis 2011. En 2014, les demandes d’asile au Royaume-Uni ne représentaient qu’à peine 5% des demandes dans l’UE. 

"Il est plus facile d’obtenir des papiers au Royaume-Uni"

C’est également faux. Toujours selon Eurostat, rien n’indique qu’il est plus aisé pour les migrants d’obtenir l’asile au Royaume-Uni. En moyenne, les pays de l’UE ont répondu positivement à 45% des demandes d’asile sur lesquelles ils ont eu à statuer. Un taux supérieur à celui du Royaume-Uni, qui n’a accepté que 39% des demandes.

En comparaison par rapport à la France - où seuls 22% des demandes d’asile traitées sont acceptées -, le Royaume-Uni fait donc figure de pays plutôt "hospitalier" pour les migrants mais reste très largement en dessous des politiques migratoires pratiquées par les pays nordiques comme la Suède où plus de 75% des demandes d’asile étudiées sont acceptées malgré un nombre de demandes presque triple.

"Les migrants de Calais sont tous syriens"

C’est faux. "En raison du conflit terrible qui frappe ce pays, on a tendance à exagérer la proportion de Syriens", résume Pierre Henry, directeur de l’association France Terre d’asile : "A Calais et dans sa région, les Syriens ne représentent pas un groupe particulièrement important. Beaucoup de migrants qui tentent leur chance vers le Royaume-Uni sont en réalité Érythréens ou Soudanais."

Néanmoins, en 2014, la Syrie continue d’être pour la troisième année consécutive le principal pays d’origine des demandeurs d’asile en UE. 122.800 demandeurs d’asile dans un pays de l’UE étaient Syriens en 2014, soit environ 20% du nombre total de demandeurs.

Cette explosion de migrants syriens ne se répercute pourtant que très faiblement aux frontières britanniques. Dans le cas du Royaume-Uni, les trois nationalités les plus représentées chez les demandeurs d’asile sont les Pakistanais, les Erythréens et les Iraniens, selon Eurostat. 

Au contraire, l’Italie est en première ligne face à l’afflux des migrants syriens. Selon le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR ou HCR), le nombre de réfugiés syriens arrivés sur les côtes italiennes a explosé, passant de 320 à la fin 2011 à 36.351 en 2014.

"Les migrants sont pauvres et peu éduqués"

C’est faux. Et pour cause, le voyage en direction de l’Europe coûte cher, très cher. Parfois plus de 5.000 dollars simplement pour la traversée de la Méditerranée. Un montant qui ne comprend donc même pas les frais engendrés par le périple jusqu’aux côtes libyennes – distantes de plus de 3.000 kilomètres pour les migrants érythréens par exemple.

"Il y a une règle. Ce ne sont jamais les plus pauvres qui migrent", résume Pierre Henry. 

Pour la plupart, ce sont des gens qui ont eu accès à l’éducation et la culture dans leurs pays d’origine. C’est même souvent l’éducation qui les poussent à tenter leur chance pour un meilleur avenir".

Entre octobre 2014 et janvier 2015, le Secours catholique a mené une série d’entretiens avec des migrants à Calais. Il est sorti de ces 54 entretiens que 48% d'entre eux appartenaient à des classes sociales supérieures dans leur pays d’origine et 20% aux classes moyennes. Une réalité également défendue par le commissaire européen Calors Moedas qui estime de son côté que "30% des migrants de Calaisdisposeraient de diplômes supérieurs."

Aussi, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, le nombre de déplacés dans le monde en raison de conflits armés a dépassé le seuil des 50 millions. Selon le HCR, le conflit syrien à lui seul, a entraîné le déplacement d’au moins 4 millions de réfugiés depuis 2011, dont de très nombreux cadres supérieurs, médecins ou commerçants quittant leur pays pour échapper à l’enrôlement de force.

"Des terroristes se cachent parmi les migrants"

Faux. Régulièrement agité par l’extrême droite, le chiffon rouge de prétendus terroristes cachés parmi les migrants ne dispose d’aucun véritable précédent. Néanmoins, l’arrestation près de Milan, au mois de mai dernier, d’un Marocain de 22 ans soupçonné d’avoir participé à l’élaboration de l’attentat du musée du Bardo a ravivé ces craintes. En effet, l’homme avait réussi à atteindre la Sicile au mois de février sur une embarcation clandestine partie de Libye. Pour autant, nul ne sait si l’individu avait rejoint l’Europe pour échapper à la justice tunisienne ou pour commettre un attentat.

Même si le risque reste minime - en comparaison à celui représenté par les citoyens européens de retour des camps d’entrainement en Syrie ou au Yemen -, la menace n’est pas prise à la légère par les instances européennes : "L'un des problèmes consiste dans le fait que des combattants étrangers, des terroristes, pourraient tenter de se cacher parmi les migrants que les passeurs transportent clandestinement de l'Afrique vers l'Europe. Ce facteur montre combien il est important de recourir à différents moyens pour contrer cette menace", avait notamment déclaré Jens Stoltenberg, secrétaire générale de l’Otan au mois de mai dernier

"Les migrants veulent aller en Angleterre pour les prestations sociales"

C’est faux. Comparé au système de prestations sociales français, le système britannique n’est pas particulièrement avantageux pour les migrants. Au contraire.

En France, un demandeur d’asile touche une aide de 11,45 euros par jour, ce qui n’est pas le cas Royaume-Uni où les prestations sociales ne accessibles que si la demande d’asile est acceptée par le pays. Alors seulement, une aide de 53 euros par semaine peut être accordée à ces migrants, qui se voient également (en principe) fournir un logement, l’accès au système de santé gratuit (NHS) et à l’éducation.

Selon la logique qui voudrait que les migrants aillent là où les prestations sociales sont les plus intéressantes, la France aurait dû être largement impactée par l’explosion du nombre de migrants arrivées en Europe depuis 2011. C’est faux là encore, les statistiques montrent que les demandes d’asile en France ont baissé entre 2013 et 2014.

"Notre politique d'asile est un gouffre financier pour la France"

C'est vrai. La note du coût de la politique d'asile de la France est plutôt salée. Adoptée le 15 juillet dernier, la nouvelle réforme du droit d'asile est censée accélérer les procédures de traitement des demandes d'asile et améliorer les droits des demandeurs sur le sol français. Dans un registre plus terre à terre, le but de cette réforme est également... de diminuer les coûts.

Pointée du doigt au mois d'avril par un document de la Cour des comptes, la facture de la politique d'asile en France serait en effet très élevée : 900 millions d'euros en 2013, contre 626 millions en 2009 pour les demandeurs d'asile, soit 13.724 euros pour chacun des demandeurs. 

Autre faille relevée par la Cour des comptes en avril : les demandeurs déboutés de leur demande d'asile. Bien "qu'obligés" par la loi française à quitter le territoire français en cas de refus, ils ne seraient que 1% à le faire, pour un coût d'environ 1 milliard d'euros. 

Lucas Burel  obs

 

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