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Conseils, science, sante et bien-être


Tous les riches ne sont pas forcément méchants

Publié par MaRichesse.Com sur 10 Juillet 2015, 10:00am

Catégories : #RICHESSE, #MONDE, #RELATIONS

Tous les riches ne sont pas forcément méchants

LeMonde.fr publiait une courte entrevue avec le fondateur de Microsoft, Bill Gates, aujourd’hui reconverti dans la philanthropie. Je vous invite chaleureusement à regarder cette vidéo d’à peine huit minutes disponible ici, où il expose brièvement une vision positive de la mondialisation.

L'égalité est possible
Pour ma part, je trouve surtout réjouissant de voir cet homme aussi riche que puissant faire le tour des popottes planétaires au service des plus pauvres, et répondre tout simplement et sans hésitation à la question de la journaliste, visiblement excitée par l’attente du prochain rêve brillant sans fil à écran mou, « Quels sont les changements majeurs que vont nous apporter les nouvelles technologies dans la prochaine décennie ?« :

Quels changement tech ?

« des vaccins.« 

Des vaccins

Et d’ajouter, comme en s’excusant et pour se justifier d’être si trivial :

« La chose la plus importante, sur le plan de l’inégalité, ce serait un vaccin contre le paludisme, le sida, la tuberculose, et quelques autres vaccins.« 

Eh non, pour Bill Gate, ce n’est pas le big data, le cloud, lesGoogle Glass. C’est tout simplement l’accès du plus grand nombre à la santé.

Et ce n’est pas seulement pour la forme ou le bon sentiment : Bill Gates étaye ensuite ce propos nullement gratuit. Ces vaccins permettront à des populations protégées aujourd’hui de vivre sans séquelles demain, et de contribuer aux économies des pays pauvres, au lieu de peser sur elles. Raisonnement simple, terre à terre, qui ne sépare pas l’économique de l’intention généreuse. Car l’économie, tout simplement, c’est l’intendance de la vie.

largent permet enfants grandirenv sain natalité baisseni leur cerveauorganisme développment complètementpiège de la pauvreté

« Esclavagisme ! » dirons peut-être certains, « Visée bassement utilitaire et inhumaine, hurleront peut-être d’autres », « La santé est un droit inaliénable de l’homme qui ne saurait se monnayer contre une quelconque contribution au système économique » cracheront enfin les amateurs de phrases longues. Et pourtant, quelle contribution à la fois simple et immense à la liberté, que de donner à chacun la possibilité de vivre, et surtout de vivre de son travail.

Et Bill Gates de balayer d’un clignement de paupière, certes enjoué, mais justement enjoué comme à face à des joujoux d’enfants, ce qu’ils sont, les prochains gadgets technologiques qui distrairont le monde riche. Lui compris, d’ailleurs, son enthousiasme à les évoquer, en seconde place, le dit assez.

Un tas de choses magiquesLe miracle continue

Mais, nous laisse t-il comprendre, l’essentiel est ailleurs.

Combien d’entre nous, à fortune bien moindre, se comportent bien davantage que lui en hommes de biens ? (Et non de bien)

Que cette déclaration soit spontanée ou savamment travaillée, le symbole reste puissant

Et au delà du symbole, peu importent les procès d’intention qu’on ne manquera pas de lui faire, l’exemple qu’il choisit de donner et l’action concrète qu’il mène restent une contribution bien plus utile que bien des discours généreux (celui-ci compris, d’ailleurs).

Oui je suis riche. Mais voyez-vous, les riches ne sont pas forcément incapables de bien employer leurs ressources. Au contraire, même, comme le prouve le simple fait qu’ils se sont enrichis. Comme le souligne Bill Gates, leur action, différente de celle des états et des ONG, leur est complémentaire, et peut apporter quelque chose dont ces derniers sont incapables. C’est pour cela qu’ils sont utiles, les riches, au moins autant que n’importe quel homme. Et que l’état ne devrait donc pas tenter de les éliminer. Ils apportent l’innovation, d’abord. Puis une certaine logique d’action, un pragmatisme économique, propre au secteur privé. Cette logique, c’est la croyance au mécanisme du marché :

si développons santé innovationdevenir des marchés forts

Y en a-t-il que cela choque ? Il ne pense donc qu’au marché, cet homme ? Pourtant, on n’a guère trouvé mieux que le marché pour allouer nourriture, médicaments, éducation, et stabiliser des systèmes politiques.

investissement et retour

Encore une affirmation étonnante, n’est-ce pas ? Je ne pense pas que Bill Gates touchera personnellement une part de ce retour sur investissement. S’il la touchait, ce serait une juste rétribution des 4 milliards de dollars que sa fondation consacre chaque année au développement. Mais il est bien évident que ceux qui tireront le plus grand bénéfice de cet investissement, ce sont les hommes et les femmes qui connaîtront la paix, la satiété, la santé, et la possibilité d’éduquer leurs enfants dans un environnement stable et sain, grâce à un investissement économique bien conduit.

Logique de marché et inégalités

Le système construit autour du capitalisme, du gouvernement, de l’innovation scientifique a effectivement élevé le niveau des gens, et il est juste de dire que cette élévation s’est produite d’une façon inégale, déclare Bill Gates : « Il y a trois cent ans, nous étions peut-être plus égaux : égaux dans la pauvreté, avec une espérance de vie moitié moindre, presque tout le monde était illettré, plus de la moitié des enfants mourraient avant 5 ans« .

Capture d’écran 2014-04-20 à 17.31.09progresser de façon inégale

En multipliant les richesses par le travail et par l’innovation, comme on on démultiplie la force grâce aux pignons d’un vélo, on a effectivement accru les différences : ceux qui étaient branchés sur le grand pignon arrière ont augmenté moins vite que ceux qui étaient sur le petit, quand on est passé du petit au grand plateau avant. C’est mathématique. Mais il ont augmenté tout de même. A vrai dire, l’important est que tout le monde s’est élevé : le niveau de vie a augmenté pour tout le monde.

Pignon

Sortie de route

De ce point de vue, je le note en passant, quand on voit l’incapacité d’une majorité de Français à utiliser correctement une chose aussi simple un dérailleur de vélo, y compris dans les plus hautes sphères de la société, on ne peut qu’être inquiet pour l’économie de ce pays.

Et, toujours en passant et en pédalant, quitte à sortir légèrement de la piste cyclable, l’initiative publique du point de vue cycliste est tout à fait révélatrice d’un certain état d’esprit : les vélos en usage libre type Vélib’, Vélov’ et autres disposent d’un dérailleur monobloc totalement opaque et contraint… Toujours le même dilemme entre dirigisme et liberté ! Par défaut, contraignons les utilisateurs, qui ne peuvent être qu’idiots ou mal intentionnés. Je sais bien qu’il n’est pas envisageable de produire des machines trop fragiles, ainsi exposées au public. Mais que croit-on que crée ce système ? Des hommes libres ? Ou des esclaves ?

Voilà un exemple de nivellement par le moyeu moyen (c’est-à-dire le bas) qui ne manquera pas dresser sur leurs têtes les cheveux, déjà un peu tirés par mes soins, des lecteurs de Contrepoints. Voilà la hantise des systèmes à deux vitesses. Et après on s’étonne que certains ne rêvent que de s’échapper du système. Pourtant, plus il y a de vitesses, adaptées aux situations différentes, plus le système est efficient, et profite à tout le monde. Si l’on veut empêcher les plus rapides d’aller trop vite, il faut bien voir qu’il est impossible de découpler les autres (sauf à scier l’essieu, mais alors on n’avance plus du tout), et qu’alors on ralentit tout le monde.

C’est ce qu’avez bien compris Deng Xiaoping, qui déclarait au peuple chinois en 1992 :

« Enrichissez-vous ! »

Non pas parce que l’argent fait le bonheur, mais parce que l’enrichissement des uns entraîne celui des autres, l’enrichissement des riches et des pauvres procède du même mouvement, et que c’est le seul moyen de sortir de la misère. Les Chinois le savent désormais d’expérience, et s’en accommodent.

Pour ceux à qui la métaphore vélocipédique donne des vertiges, essayons-nous à une modélisation mathématique du dimanche (de Pâques) :

Imaginons un modèle simple ou les richesses sont multipliées au cours du temps :

Slide1

Mais c’est encore trop facile. Chacun sait que dans la réalité, le capitalisme est si pervers que les riches s’enrichissent en fait plus vite que les pauvres. Très bien, c’est simplement qu’au lieu d’avoir une multiplication, nous avons une fonction exponentielle. Ou encore : le nombre de pignons supplémentaires lorsqu’on change de braquet n’augmente pas de façon linéaire, mais croît plutôt de plus en plus vite.

Pas de problème, voyons ce que cela donne avec une exponentielle :

Slide2

Est-ce vraiment l’essentiel en effet ? Dans cette modélisation très grossière, ne voit-on pas que l’important, en fin de compte, c’est tout de même que la richesse des pauvres a été multipliée, dans ce modèle très grossier, par rien moins que 10 ?

L’exemple du vélo, bien sûr, ainsi que ce petit modèle, ne prétendent être rien d’autre qu’anecdotiques. Pourtant, je crois profondément que contrairement au baratin courant qui ne sert qu’à obscurcir et manipuler les esprits, l’économie repose sur des phénomènes très simples, compréhensibles par tous. A condition qu’on en fasse l’effort.

Capitalisme et liberté versus socialisme et contrainte

En réalité, tant qu’on laisse les gens libres d’utiliser leur propre vélo privé, avec autant de pignons qu’ils le souhaitent, à côté du système public, alors tout va bien. Mais justement, le problème des idéologies sociales, c’est qu’elles ne tolèrent pas tellement l’initiative privée, et font trop confiance à l’organisation centralisée et obligatoire des Etats. En matière d’assurance maladie par exemple.

La logique du marché, au contraire, c’est qu’il fonctionne sur le libre assentiment des acteurs. La liberté est intrinsèque au marché : il n’y pas de liberté sans marché, ni de marché sans liberté. Comment ferais-je un choix libre, si je n’avais plusieurs choix ? Un marché sans liberté, ce n’est tout simplement pas un marché. Autrement dit : le marché n’est rien d’autre qu’une modélisation de notre liberté : en permanence, nous devons faire des choix, et nous arbitrons entre des possibilités diverses.

Ce qui est magnifique, c’est que dans ce contexte libre, il n’est du tout exclu que les individus se mettent d’eux-mêmes à être généreux. Non, ce n’est pas utopique ; oui cela existe réellement ; non Gates ne fait pas que de la com’, il a simplement décidé librement d’être généreux, avec les moyens qui lui sont propres ; tout comme d’ailleurs une infinité d’autres avant lui.

Je vous pose donc la question : si l’on décide que c’est à l’Etat, et à lui seul, de prélever les richesses de force (par exemple 75% d’un revenu individuel, ou, de manière moins polémique, quelques 56% du PIB) et de les redistribuer à sa façon, promeut-on vraiment la générosité individuelle, personnelle et libre, spontanée et innovante, qui seule peut venir à bout de la misère, comme le promet Gates pour 2035 ? Ce que l’on veut mettre en place, finalement, est-ce systèmes (avec leur lot de défauts bien connus : complexité, rigidité, gaspillages), contraintes et uniformité, ou bien liberté, confiance, et générosité ?

François Ménager 

 Le courrier de Shanghai

 

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