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Pourquoi le cri humain est-il angoissant?

Publié par MaRichesse.Com sur 29 Juillet 2015, 12:11pm

Catégories : #SANTE-BIEN-ETRE, #SCIENCE

Pourquoi le cri humain est-il angoissant?
Ses caractéristiques très particulières mobilisent directement la zone cérébrale liée à la peur. Et elles seraient partagées par les alarmes et la musique metal.

 

Le cri est un signal d'alarme. Bien qu'il s'agisse probablement de la forme d'expression orale la plus primitive, les scientifiques ne s'étaient apparemment jamais réellement intéressés à son acoustique particulière. Pourtant, on est en droit de s'interroger: pourquoi un cri est-il si parfaitement discernable d'un chant, aussi puissant soit-il? Pourquoi peut-il aussi efficacement nous terrifier que nous alerter d'un danger? En d'autres termes, en quoi est-il si particulier?

Selon une étude parue dans la revue Current Biology, le cri occuperait effectivement une place singulière dans le paysage sonore. Lorsque nous parlons, nous émettons naturellement en moyenne quatre pics sonores par seconde qui correspondent chacun à une syllabe. La «fréquence de modulation» de la parole est ainsi de 4 Hz. Cette valeur n'a rien à voir avec la hauteur du son - c'est-à-dire s'il est aigu ou grave -, mais bien avec les variations de son intensité.

Une intensité sonore nommée “rugosité”

Une équipe de scientifiques des universités de Genève et New York, emmenée par un jeune post-doctorant français, Luc Arnal, vient de démontrer que cette fréquence de modulation est bien plus rapide dans le cri: entre 30 et 150 Hz. «Lorsque nous crions, nous dégageons rapidement une grande quantité d'air qui place apparemment nos cordes vocales dans un régime de vibrations particulier qui provoque cette modulation très rapide de l'intensité sonore nommée “rugosité”», explique-t-il.

Cette modulation semble jouer un rôle plus profond que la puissance même du cri, qui ne sert finalement qu'à attirer l'attention du plus grand nombre. «Nous avons utilisé les cris poussés par 19 de nos collaborateurs pour les faire écouter à 20 cobayes, au milieu d'autres sons de même puissance mais dénué de cette rugosité, poursuit le chercheur. Le degré de terreur ou de gêne qu'ils inspiraient est directement corrélé à la rugosité.» De la même manière, un cri dont la rugosité a été artificiellement supprimée paraîtra, à volume égal, moins effrayant qu'un cri naturel. À l'inverse, un chant rendu «rugueux» par manipulation du signal sera perçu comme plus effrayant.

Plus amusant encore, les chercheurs ont constaté que les alarmes artificielles les plus efficaces, des voitures et des maisons par exemple, présentaient également cette rugosité. «Pourtant, il n'existe aucune indication de ce type dans les manuels de design sonore, s'étonne Luc Arnal. Cette pratique semble uniquement basée sur une démarche empirique.»

Les chanteurs de metal

Pourquoi les sons rugueux sont-ils de bons signaux d'alarme? Parce qu'ils activent directement une zone du cerveau, l'amygdale, qui gère notamment la peur et le stress. «Les chanteurs de metal produisent justement des sons rugueux, s'amuse le scientifique. C'est peut-être l'activation de cette zone qui plaît aux fans de cette musique, un peu de la même manière que l'on joue à se faire peur en regardant des films d'horreur. Quant aux gens qui n'aiment pas, c'est que ces sons rugueux s'apparentent pour eux à des signaux d'alarme inconfortables.»

Les chercheurs font l'hypothèse d'un réseau d'activation directe allant de l'oreille à l'amygdale sans passer par le cortex auditif, qui traite d'habitude le signal sonore. Cela expliquerait notamment les temps de réaction plus rapides observés dans l'étude pour identifier la provenance d'un cri plutôt que celle d'autres sons. Reste à en comprendre l'origine neurophysiologique, autrement dit la manière dont un son plus rugueux stimule notre oreille différemment pour que le signal cérébral aille directement vers l'amygdale.

«Je travaille aussi actuellement sur une base de données de cris de nouveau-nés pour voir s'il y a des spécificités liées à la hauteur du son, plus aigu, qui favoriserait encore un peu plus l'attention des adultes, explique Luc Arnal. Mais travailler sur des cris d'enfants est quelque chose d'un peu plus démoralisant, c'est difficile…», reconnaît-il.

Dernière piste de recherche, trouver un modèle physique permettant d'expliquer comment les cordes vocales produisent ces sons avec une grande modulation.

Tous ces travaux pourraient avoir des impacts pour les designers sonores. «On ne parle que des risques liés à l'intensité du son dans les recommandations sanitaires, rappelle Luc Arnal. Je pense que la rugosité peut aussi être un facteur de stress qu'il conviendrait d'étudier de plus près si l'on veut des environnements sonores plus apaisants.» 

 Lefigaro

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