Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Marichesse.com

Marichesse.com

Conseils, science, sante et bien-être


La Grèce doit sortir de l'UE : la question est de savoir comment

Publié par MaRichesse.Com sur 18 Juillet 2015, 03:48am

Catégories : #GRÈCE, #ECONOMIE, #EUROPE

La Grèce doit sortir de l'UE : la question est de savoir comment

Pour Frédéric Saint Clair, la Grèce devrait sortir de l'UE et de l'euro. Il explique pourquoi, et comment.


Frédéric Saint Clair est mathématicien et économiste de formation. Il a été chargé de mission auprès du premier ministre Dominique de Villepin pour la communication politique (2005-2007). Il est aujourd'hui consultant en stratégie et communication politiques.


L'option d'un Grexit semble avoir été écartée. Le dernier plan de sauvetage a beau avoir été qualifié de mauvais, les dirigeants européens continuent d'affirmer qu'ils ont tout fait pour que la Grèce reste dans l'UE, c'est à dire pour sauver à la fois la Grèce et l'Union Européenne. Et pourtant, le vrai sauvetage de ces deux entités aurait consisté en une sortie de la Grèce de la zone Euro. Mais la question est alors: «Comment?»

Car s'il faut sortir, ce n'est pas à n'importe quelles conditions. Sûrement pas de la façon dont beaucoup l'envisagent. Ceux qui prônent habituellement un Grexit sont idéologiquement hypnotisés. Si on les avait écoutés, ils auraient assassiné économiquement, socialement et politiquement le pays. Ils auraient ouvert la porte au chaos. Qui sont-ils? Les ultra-libéraux, qui ne voient dans les plans de sauvetage répétitifs qu'un gouffre à milliards, sans garanties solides de remboursement, sans perspectives de redressement économique du pays, et qui pèsent lourdement sur les membres de l'UE et sur les marchés financiers. Les nationalistes (lesquels révisent ou adoucissent de temps à autre leur jugement), qui surestiment la capacité d'une nation dotée d'instruments monétaires et budgétaires à redresser une économie malgré un environnement ultra-mondialisé et dérégulé, i.e. en totale ignorance des chocs violents que l'économie grecque subira immanquablement, hausse des prix à l'importation, notamment des énergies, spéculation sur sa monnaie, fuite des capitaux, etc.

La Grèce ne peut pas donc s'en sortir seule en dehors de l'UE. Un Grexit dans les conditions actuelles signerait son arrêt de mort, une mort violente. Mais elle ne pourra pas non plus s'en sortir à l'intérieur de l'Union, à cause de l'austérité des conditions qui ont prévalu à l'octroi de nouvelles aides. Rester dans l'Union signifiera pour la Grèce une agonie lente et inexorable.

Il faudrait donc qu'elle sorte et qu'elle soit accompagnée dans sa sortie. Cette sortie devra être temporaire ; non pas pour une période de 5 années comme l'avait demandé sans le dire le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, mais le temps nécessaire à ce que ses indicateurs économiques redeviennent compatibles avec ceux de l'Eurozone. Cette sortie devrait avoir pour unique objectif de réintégrer la Grèce dans les meilleures conditions. Afin que les Grecs reprennent confiance en eux, et les investisseurs également. Afin que le calendrier des réformes émane du pouvoir politique grec, et non d'instances supra-nationales.

Pourquoi la sortie est-elle la seule issue? Parce que ce qui préoccupe principalement les créanciers, c'est à dire la dette, ne sera jamais remboursée si l'économie grecque demeure moribonde, ce qui sera évidemment le cas vu les conditions imposées au pays. Parce que la survie économique et surtout la stabilité politique d'un pays à la frontière d'une des régions les plus instables du moment est essentielle. Parce que l'Union européenne ne sera forte que si elle est capable de renouveler ses modèles théoriques. Le mélange, même savamment dosé, d'exigences économiques libérales et de perfusion financière - modèle qui a la préférence des économistes de l'UE depuis des décennies - ne fonctionne pas! Il évite au patient de mourir mais il ne le guérit pas. A l'intérieur de la zone euro, la dose d'oxygène pour le patient est insuffisante. Les conditions budgétaires et monétaires, notamment, sont trop restrictives et pèsent lourdement sur la production, les investissements et l'exportation. Il faut donc envisager l'équation grecque autrement.

Comment? Tout d'abord, il s'agit que les créanciers cessent de focaliser toute leur attention sur la dette, et de soumettre toutes les exigences de réforme au dictat de son remboursement. La strangulation économique née des plans d'austérité est uniquement liée à cette obsession de la dette: augmenter les rentrées fiscales pour garantir le remboursement. Objectif intenable et contreproductif. Les chefs d'états européens devraient avoir à l'esprit un intérêt supérieur à celui du remboursement: celui d'une régénération économique et financière de la République athénienne. Il ne s'agit bien sûr pas non plus, comme le prône l'extrême gauche par ignorance idéologique, d'exiger l'abandon de la dette. En réalité, cette dernière devrait être mise en attente. Partiellement suspendue. La question que les économistes devraient se poser est: quel pourcentage de la dette faut-il différer pour que l'économie grecque puisse reprendre son souffle? Taux zéro pour la partie suspendue ; sortie du circuit. Impossible diront certains? Non. Impossible seulement si l'on refuse de renoncer à notre conception comptable des politiques économiques.

Ensuite, il faut créer les conditions d'une réhabilitation économique et financière adaptée. La mondialisation met tous les pays en concurrence, et, au sein de la zone euro, la Grèce et l'Allemagne par exemple doivent boxer dans la même catégorie, ce qui revient à placer un poids mouche face à un poids lourd. Pas d'autre issue possible que le K.O. du plus léger. Le fait est que Ricardo était un utopiste et que son modèle des avantages comparatifs fonctionne très mal. Et les ajustements successifs des modèles qui prévalent désormais dans les théories du commerce international n'y font rien. La Grèce ne saura retrouver une santé financière avec des instruments économiques européens.

Le niveau de la monnaie doit, et c'est essentiel, être en lien avec le niveau réel de son économie. Si l'euro ne convient pas, ce n'est pas qu'il est une mauvaise monnaie, comme le prétend l'extrême droite, mais qu'il n'a pas toutes les vertus. Il nécessite pour être efficace certaines conditions dont la Grèce est dépourvue. Il faudrait donc une drachme pourvue d'un taux de change inférieur à celui de la monnaie commune. Cependant nous connaissons désormais bien les avantages et les inconvénients de l'introduction d'une monnaie nationale dévaluée. Les aides européennes devront donc avoir pour objectif de pallier ces inconvénients. Par exemple, via des aides à l'importation, notamment énergétiques. Car on ne peut imaginer couper la Grèce du reste du monde, ou l'endetter davantage à cause de la faiblesse de sa devise, tout en espérant qu'elle se reconstruise efficacement. L'UE pourrait, voire devrait, même jouer le rôle d'interface avec le reste du monde afin d'adoucir les chocs en matière de prix et de spéculation.

Bref, si l'on peut comprendre les exigences des créanciers qui, conscients des conditions de leur pérennité au sein du capitalisme mondialisé, demandent des garanties sérieuses de remboursement, le pouvoir politique ne saurait s'en satisfaire. Sauver l'Union Européenne ne dépend pas de la position de la Grèce, dans ou hors de l'UE, ni de l'existence d'une monnaie nationale utilisée temporairement aux côtés de l'Euro. Cela dépend d'une attitude de pensée résolument tournée vers le soutien d'une économie anémiée, et d'une aptitude à se remettre en question pour offrir à cette économie de réelles chances de recouvrer la santé. 

Lefigaro

 

Commenter cet article

Archives