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Conseils, science, sante et bien-être


Faut-il être fou pour être écrivain ?

Publié par MaRichesse.Com sur 10 Juillet 2015, 14:01pm

Catégories : #CERVEAU, #SANTE-BIEN-ETRE

Faut-il être fou pour être écrivain ?

C’est scientifique et c’est tombé cette semaine dans la revue anglaise«Nature Neuroscience» : la créativité et la folie partageraient des racines génétiques communes. Les artistes, qu’ils soient musiciens, comédiens ou écrivains, auraient donc plus de chances que les autres de sombrer dans la démence en raison d’un gène.

Pour arriver à cette découverte, le matériel génétique de plus de 86.000 Islandais a été analysé par une équipe de chercheurs de l’institut de psychiatrie du King’s College de Londres et d’une société islandaise spécialisée dans le séquençage de génome, deCode Genetics.

Mais ces gros moyens étaient-ils nécessaires ? Pour expliquer certains comportements, peut-être. Pour les découvrir, pas vraiment. Prenez les écrivains, il suffit souvent de les observer à l’œuvre: face à l’angoisse de la feuille blanche, certains frôlent l’infarctus, d’autres développent des manies, des lubies, des tics et des tocs. Bref, l’écriture les rend fous. Et ça ne date pas d’hier.

Du choix du support à celui des instruments de travail, de nombreux auteurs ne laissent rien au hasard. Colette ne trouvait l’inspiration que sur du papier bleu. On retrouve le même genre de lubie chez Hugo : l’auteur des «Misérables» n’écrivait que sur deux types de papier  –  du blanc bleuté et du bleu azuré. Abominant ce genre de couleurs intermédiaires, Barbey d’Aurevilly, l’auteur des «Diaboliques» avait un attrait particulier pour le rouge. Une vraie fascination chez lui, qui ne concevait d’écrire qu’à l’encre – rouge de préférence –après avoir mangé de la viande de la même couleur.

A poil Salinger

L’ingrédient du succès tient donc parfois à très peu de choses. Dans certains cas, cela tient même à une paire de chaussettes. Au moment d’écrire ses romans, Edmonde Charles-Roux, lauréate du Prix Goncourt 1966, enfile toujours le même modèle  –  en laine et trop petites pour elle. Salinger, au moins, n’avait pas ce genre de souci : il paraît que l’auteur de «l’Attrape-cœurs» enlevait ses vêtements au moment d’écrire, pour accoucher de sa prose dans la nudité la plus absolue. Hemingway ou Virginia Woolf, eux, écrivaient debout. Et chez Nabokov, l’exercice se compliquait: il commençait ses romans sur ses deux jambes, puis s’asseyait, pour finir allongé.

D’autres encore s’astreignent à une discipline de fer. Faulkner se levait à 4h du matin. Et Stendhal confiait à Balzac le secret de son art, dans une lettre du 30 octobre 1840 :

En composant "la Chartreuse", pour prendre le ton, je lisais chaque matin deux ou trois pages du code civil, afin d'être toujours naturel ; je ne veux pas, par des moyens factices, fasciner l'âme du lecteur.

Deux cas parmi beaucoup d’autres, qui semblent appliquer à la lettre la recommandation de Flaubert :

Soyez réglé dans votre vie et ordinaire comme un bourgeois, afin d’être violent et original dans vos œuvres.

Un peu masochiste tout de même.

Quant à Emile Zola, souffrait-il de troubles obsessionnels compulsifs ? A la recherche de l’inspiration, il ne pouvait s’empêcher de compter les becs de gaz et d’additionner les numéros de portes lorsqu’il se promenait dans les rues de Paris.

Une manie bien inoffensive, cependant, quand on pense à ceux qui ont payé leur hypersensibilité au prix fort. Antonin Artaud, interné de nombreuses années. Virginia Woolf, Hemingway ou Romain Gary, qui finissent par se suicider. Peut-être était-ce la faute de leurs gènes. Ou peut-être était-ce le monde qui, décidément, est trop imparfait. 

Clara Tran 

Obs

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