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Roland-Garros : 1,8 millions d'euros pour le gagnant. Et pas grand-chose pour les suivants

Publié par MaRichesse.Com sur 9 Juin 2015, 14:27pm

Catégories : #ARGENT, #TENNIS, #SPORTS, #PEOPLE, #TRAVAIL

Roland-Garros : 1,8 millions d'euros pour le gagnant. Et pas grand-chose pour les suivants

Pour celui et celle qui remporteront Roland-Garros ce weekend, le célèbre tournoi du Grand Chelem regroupant les meilleurs joueurs sur terre battue, ce sera le jackpot.

 

La modique somme de 1.800.000 d'euros est promise au vainqueur, contre 900.000 pour le finaliste et "seulement" 27.000 euros pour les éliminés au premier tour.

 

Au total, la dotation du tournoi est évaluée à 28 millions d’euros, en hausse de 12% par rapport à la saison précédente. Le gain en cas de victoire est donc 66 fois supérieur au gain de participation. La disparité est énorme et bien plus importante que dans d’autres sports. 

 

Ce qui compte, ce n’est pas de participer

 

La particularité du tennis est d’être un sport individuel, en duel, ne respectant pas le cadre de la théorie des jeux – supposant des maximisations de stratégie en fonction des actions de l’adversaire – mais le cadre de la théorie des tournois.

 

Cette application, développée par l’économiste américain Gordon Tullock, suppose que chaque joueur participant à un tournoi est supposé choisir de manière indépendante la quantité de ressources qu’il investit. Contrairement à la théorie des jeux, où les actions sont prises en interaction directe avec l’adversaire.

 

En tennis, les joueurs sont seuls à prendre une décision, il n’y a pas de coopération en équipe, et ils réfléchissent à la meilleure façon de maximiser leur utilité individuelle en minimisant la contrainte. Ils seraient incités à participer à des compétitions où, au fur et à mesure que les tours passent, les gains augmentent.

 

D’ailleurs, Ehrenberg et Bognanno ont montré que, dans la plupart des sports individuels (golf et tennis), c’est l’augmentation de l’écart entre les gains qui accroît l’intensité compétitive et non les dotations de participation. En d’autres termes, pour motiver la participation des joueurs, et notamment des meilleurs, il faut grossir les écarts entre les prix à chaque tour.

 

Maloney et Mc Cormick, en 2000, ont récolté l’ensemble des variables déterminants la performance lors d’un tournoi individuel et ont constaté que l’effet d’incitation joue plus que l’effet de participation. Ce qui compte, en tennis, ce n’est pas de participer mais de remporter la partie.

 

Des inégalités plus fortes que dans le foot

 

Les économistes Barget et Teste, en 2007, se sont intéressés aux performances des 30 meilleurs joueurs classés à l’ATP, et ont prouvé l’existence de cet effet incitatif sur la performance. Plus l’écart des gains grandit, plus la performance sportive augmente.

 

Résultat, les inégalités sont beaucoup plus importantes dans les sports individuels que dans les sports collectifs. Comme l’effet participatif ne joue pas dans la théorie des tournois, les organisateurs vont être invités à augmenter les gains pour les vainqueurs plutôt que pour l’ensemble des participants. Et seuls les vainqueurs maximisent leurs ressources.

 

À Roland-Garros, les hypothèses de la théorie du tournoi sont respectées puisque plus on avance dans la compétition, chez les femmes comme chez les hommes, plus l’écart des gains croît. La différence n’est que de 23.000 euros entre une élimination au second tour (50.000 euros) et une élimination au premier tour (27.000 euros), contre 900.000 euros entre le vainqueur et le finaliste.

 

On est face à un écart de 100%, contre seulement 7% en football entre le premier, le PSG (44 millions d’euros), et le deuxième, l’Olympique de Marseille (41 millions d’euros), en dotation de droits télé lors de la saison 2013-2014.

 

De plus, dans un sport collectif comme le football, la réussite passe par la coopération et le travail d’équipe. Une trop grande différence salariale entre les joueurs de l’effectif risquerait d’altérer la bonne conduite du jeu. Contrairement au tennis, où le sportif agit seul face à un adversaire.

 

Une forte concentration des revenus

 

Les économistes Bastien Drut et Richard Duhautois ont étudié le niveau des inégalités entre footballeurs professionnels.

 

De leur travail, il ressort un niveau d'inégalité similaire dans le foot à celui observé dans la réalité : en Série A, le championnat italien, le coefficient de Gini (indicateur statistique mesurant les inégalités au sein d’une population) était égal à 0.53 contre… 0.53 dans la population italienne générale.

 

En tennis, la donne est différente. Le niveau des inégalités est bien plus important que dans le reste de la population. Les gains de Novak Djokovic, le numéro 1 mondial, sont estimés à 5.993.123 dollars en 2015, contre 400.000, par exemple, pour Viktor Troicki, actuellement 30e au classement, soit une différence de 1 à 15.

 

Sur le total des gains des 30 meilleurs à l’ATP en 2015, soit environ 30 millions de dollars, les sept premiers ont 57% de l’ensemble des revenus et les sept derniers seulement 8% du total. Si l’on va encore plus loin, le dernier au classement ATP, Jimmy Wang, classé 200e, gagne 130 fois moins que Djokovic, avec 38.244 dollars en 2015.

 

Dans le tableau féminin, les 10% des joueuses les plus riches concentrent 40% du total des revenus, alors que les 10% les plus pauvres n’en reçoivent que 3%.

 

De nombreux joueurs en situation précaire

 

Le tennis répond donc bien au cadre théorique du tournoi où seules les incitations monétaires ont l’air de jouer pour optimiser la réussite. Les deux vainqueurs de Roland Garros empocheront chacun un chèque de 1.800.000 euros, et pourront ainsi continuer à faire fructifier leur capital.

 

Pendant ce temps là, d'autres joueurs, eux, devront chercher des sources de financement alternatives, participer à des tournois challengers peu dotés, toucher à leurs économies pour parcourir le monde et essayer de vivre du tennis. Au moins deux catégories semblent se dégager dans ce sport professionnel, les top-players grassement rémunérés et les mal classés, les "galériens du tennis".

 

Seulement, en dépit de cette situation, la première catégorie rechigne à remettre en cause ce système de dotation, en se protégeant derrière l’argumentation de la théorie du tournoi et de la compétitivité du sport.

 

Mais n’y a-t-il pas un risque d’un tennis à deux vitesses et d’une précarisation problématique d’une partie des joueurs ? 

 Observateur

 

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