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Quand tout marche dans un jeu vidéo, c’est grâce aux Roumains

Publié par MaRichesse.Com sur 5 Juin 2015, 09:08am

Catégories : #TECHNOLOGIE, #JEUX, #EMPLOI, #ECONOMIE

Quand tout marche dans un jeu vidéo, c’est grâce aux Roumains

Joystick à la main, vous faites courir votre avatar à travers une ville dévastée. Il casse les fenêtres d’une voiture, s’empare du véhicule et fonce dans les ruelles, heurtant les murs et bondissant au-dessus des poubelles.

Rien de plus naturel et de plus jouissif que ces espaces de liberté laissés au joueur, en interaction avec son environnement virtuel.

Pour concevoir celui-ci, une myriade de testeurs ont passé des mois à vérifier toutes les actions réalisables par le joueur. Des journées à frôler les murs pour contrôler leur solidité, à foncer dans des cocotiers pour observer les dégâts laissés sur la voiture, à taper sur des habitants pour comptabiliser au bout de combien de temps ils s’écroulent sur le sol.

 

Traquer le moindre bug

Leur hantise : laisser passer un bug dans lequel tous les joueurs s’engouffreront. Une combinaison d’actions qui remettrait en cause toute une mission.

Ce travail gigantesque et chronophage, plusieurs studios l’ont externalisé en Roumanie.

Chez Amplitude, un studio parisien de création de jeux vidéo, la quarantaine d’employés est épaulée par une douzaine de personnes en Roumanie, qui réalisent les tests de QA (assurance qualité).

« Ce n’est pas un test pour magazine »

Michaël Breyton, assistant chef de projet dans ce studio, explique leur rôle :

« Leur mission est relativement simple sur le papier, traquer le moindre problème, bug, dans notre jeu, et nous en faire part. Dans les faits, c’est parfois une tâche très difficile.

Tester un jeu vidéo du point de vue de l’assurance qualité, ce n’est pas tester un jeu vidéo pour un test dans un magazine, c’est un processus très long, et souvent très répétitif. »

Il existe bien des programmes pour « tricher » et ne pas recommencer toutes les quêtes à chaque test, mais pour être exhaustif, il faut se mettre dans la peau d’un joueur ordinaire. C’est le travail que réalise depuis 11 ans Mihai Vasile, jeune Roumain d’une trentaine d’années.

« Pour certains jeux, on nous demande juste : “Go shit with.” »

« Des milliers d’exemples assez ennuyeux »

En langage plus technique, cela signifie d’un côté « les tests par boite blanche » pour vérifier le niveau de l’intelligence artificielle du jeu, en connaissant les programmes utilisés. D’un autre côté, « les tests par boîte noire » pour se mettre dans la peau de n’importe quel joueur, sans aucune information sur l’intelligence artificielle.

« Je peux vous donner des milliers d’exemples de tests assez ennuyeux. Cela prend des heures pour contrôler chaque élément et faire un rapport en cas de dysfonctionnement.

Cela peut être fastidieux, mais il s’agit véritablement des bases de notre travail. Sans cette partie, il n’y a pas de tests plus intéressants du jeu, il faut passer par là. »

 

Chez Amplitude studios, le choix de la Roumanie s’est fait assez naturellement. L’un de ses fondateurs, Mathieu Girard, faisait appel à une société roumaine avant même la création du studio en 2011.

« Je pense qu’il y a quelque chose dans la culture des Roumains qui les rend aptes au travail d’assurance qualité. Le sens du détail, la détermination, la pugnacité. Ils sont souvent au centre de décisions difficiles et sous pression. Ils ont aussi créé un process très carré qui cadre bien les activités de QA. On a vraiment l’impression d’être en sécurité avec eux. »

Un déclencheur : Ubisoft

L’idée d’une culture du jeu vidéo revient souvent, ainsi que le bon niveau en anglais et en français des Roumains. Mihai Vasile évoque une autre raison : l’arrivée massive d’Ubisoft en Roumanie, il y a plus de vingt ans.

« Ils ont vraiment été les déclencheurs. »

Et pour cause, en 1992, trois ans seulement après le renversement de la dictature et bien avant l’intégration de la Roumanie à l’Union européenne, Ubisoft ouvre son premier studio étranger à Bucarest.

A cette date, quatre programmeurs et deux développeurs artistiques occupent les bureaux, poussés par des difficultés de recrutement en France dans le secteur de la programmation informatique. En 1996, un premier service est ouvert : celui du contrôle qualité.

Aujourd’hui, ils sont plus de 1 000 dans le studio Ubisoft Roumanie et participent activement à la création de certains titres phares, comme « Assassin’s Creed ». Une de leur spécificités reste toujours les contrôles de qualité, comme l’explique le directeur du studio de Bucarest, le Français Sébastien Delen.

« Nous sommes impliqués dans le test des plus grands titres de jeux vidéo depuis des années, et lorsque nous ne testons pas, notre équipe travaille sur la traduction des jeux, ou notre service informatique apporte son soutien sur des jeux déjà publiés. »

Bientôt dans toute l’Europe de l’est

Cette première expérience en Europe de l’Est s’est rapidement dupliquée en Ukraine et en Bulgarie, où Ubisoft a créé de nouvelles antennes.

Depuis, l’écosystème autour des ingénieurs et du numérique a continué de se développer dans le pays. Avec un débit internet à faire pâlir d’envie les Français, la Roumanie a attiré les géants du secteur comme Gameloft ou EA Games.

Un environnement favorable qui se combine à un autre avantage : le coût du travail. Le salaire moyen à Bucarest est de 650 euros par mois et les sites spécialisés évoquent un salaire mensuel entre 900 et 1 200 euros pour ce type d’emploi dans les groupes français ou américains. Pas de confirmation chiffrée du côté français ni du côté roumain, mais Mihai Vasile admet :

« Les salaires roumains sont inférieurs aux français et nous savons faire ce travail correctement. Les stratégies différent selon les entreprises, certaines diminuent les salaires au plus bas pour être compétitives, d’autres proposent des programmes d’incitation pour faire venir les meilleurs de Roumanie. »

Des perspectives limitées

Par rapport au début de sa carrière, Mihai Vasile a gagné des responsabilités. Mais pour atteindre d’autres postes dans la chaîne de production du jeu vidéo, comme celui de producer (chef de projet, responsable de la qualité du jeu) qu’il désire, tout se complique. Les grands studios roumains sont rares.

A partir de ce constat, Andrei Istrate a fondé en 2013 l’association des développeurs de jeux vidéo roumains. Les studios sont présents en Roumanie, mais ils proviennent presque tous de l’étranger. Il milite notamment pour l’ouverture de formations spécialisées et fait du lobbying pour que celles-ci soient reconnues par l’Etat.

« Bien que nous ayons ici Ubisoft, Gameloft et Electronic Arts depuis les années 90, le développement de jeu vidéo est nouveau en Roumanie. De la législation à l’éducation, des compétences entrepreneuriales aux mentalités, nous avons encore beaucoup à apprendre. »

Un besoin de formations reconnues

Ainsi, Andrei Istrate ne peut même pas dénombrer les studios roumains, la législation les considérant comme des entreprises de développement de logiciels comme les autres. Une seule certitude, ceux qui existent sont de petite taille, de deux ou trois personnes, ou de taille moyenne.

« Il y a tout de même des avantages à avoir toutes ces grandes entreprises sur notre sol. L’expérience des développeurs est désormais utilisée pour développer leurs propres idées ici. »

Alors pour multiplier, concrétiser les projets et donner des perspectives nouvelles aux nombreux testeurs « QA », Andrei Istrate et son association font plusieurs recommandations.

« La première chose à améliorer est de loin la formation. Nous devons pouvoir offrir des parcours spécialisés dans le jeu vidéo. Pour que les studios existants puissent investir dans des jeunes Roumains formés et qualifiés. Cela affectera tout le monde, ceux qui veulent intégrer ce métier, les studios et la croissance du pays.

Nous devons aussi être soutenus par les autorités. Les développeurs indépendants sont obligés de se battre pour exister aujourd’hui. Nous voulons créer un écosystème propice à tous les métiers du jeu vidéo. »

En attendant, quelques ingénieurs ont tenté, avec succès, de passer par un site de financement participatif pour appliquer leur savoir-faire dans la création de jeux vidéo. 

Rue89

 

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