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Etes-vous une femme selon la Fifa ? Faites le test

Publié par MaRichesse.Com sur 6 Juin 2015, 10:20am

Catégories : #FIFA, #HOMME-FEMME, #SCIENCE, #SPORTS, #INSOLITE

Etes-vous une femme selon la Fifa ? Faites le test

La Coupe du monde féminine de la Fifa commence ce samedi au Canada, et vous y verrez jouer – certains médias jamais avares de sexisme s’en lèchent déjà les babines – de jolies femmes.

C’est que la Fifa, si elle n’impose pas de tests poussés au niveau national, veille à ce que les fédérations certifient la féminité de leurs équipes avant de les envoyer au outre-Atlantique – ce que se sont d’ailleurs empressées de fairecertaines fédérations.

Mais pourquoi tant de précaution ?

Examens nus, chromosomes, testostérone...

Depuis l’admission des femmes dans les compétitions internationales, notamment olympiques, une question taraude les instances sportives  : partant de l’idée commune qu’être un homme confère un avantage naturel dans certaines disciplines, comment, dans un sport non mixte, différencier les femmes des hommes et débusquer les hypothétiques tricheurs  ?

Il s’agit aussi de se prémunir d’éventuelles contestations des équipes ou compétitrices adverses – une défaite peut vite provoquer quelques aigreurs.

Dans les années 60, la fédération d’athlétisme et le comité olympique optent pour de simples et très humiliants examens nus, avant de basculer en 1968 sur des tests chromosomiques. Le Comité international olympique (CIO) les abandonne en 2000, sous le feu des critiques des chercheurs. Les tests sont coûteux, stigmatisants, et surtout sans base scientifique. Pendant dix ans, le CIO laisse à la responsabilité des fédérations d’établir leurs critères et leurs méthodes, avant d’opter, en 2011, pour un nouvel indice, le taux de testostérone.

« Des enjeux médiatiques importants »

VOIR LE DOCUMENT

La même année, la Fifa adopte un nouveau règlement [PDF] qui reprend ce critère. C’est la première fois, lors de cette Coupe du monde canadienne, qu’il s’appliquera. Anaïs Bohuon, socio-historienne, auteure d’un livre sur les tests de féminité et maître de conférence à l’UFR Staps de Paris-Sud (qui forme les futurs professionnels du sport) confirme :

« C’est une première. Jusque-là, le foot féminin n’intéressait pas grand monde, mais maintenant, il y a des enjeux médiatiques importants. D’où les tests. »

Problème : c’est très compliqué d’établir le sexe d’un individu, et la manière dont s’y prend la Fifa est pour le moins discutable...

Mettez-vous dans la peau d’une joueuse et essayez de franchir les obstacles qui vous attendent avant de pouvoir fouler les pelouses nord-américaines de vos crampons acérés.

Avant la sélection

Etes-vous « bien bâtie » ou « garçon manqué » ?

 

Le premier critère d’investigation est d’ordre physique pour la Fifa. L’organisation demande aux associations membres «  d’étudi[er] activement toute déviance dans les caractéristiques sexuelles secondaires  ».

« Déviance », vous avez bien lu.

Epaules larges, muscles très développés, manque de sein, de hanches, pilosité importante, etc. en font partie. Or les sportives de haut niveau voient leur corps profondément transformé par les entraînements intensifs. Certaines, parfois sujettes à moqueries, le vivent douloureusement. Conséquence, comme l’explique le Journal américain de bioéthique :

« Les femmes athlètes sont toujours sous pression pour apparaître féminines et même “sexy”. »

Des joueuses de l'équipe de France de foot féminin, le 11 mai 2015 au centre de Clairefontaine-en-Yvelines
Des joueuses de l’équipe de France de foot féminin, le 11 mai 2015 au centre de Clairefontaine-en-Yvelines - FRANCK FIFE/AFP

 

Cheveux longs et souvent maquillées, les joueuses de l’équipe de France de football ne sont pas des « garçons manqués ». Anaïs Bohuon y voit une manière d’être «  tranquilles » pour les joueuses, mais aussi un business pour la fédération :

«  Les enjeux sont aussi financiers et politiques. Dans les sports féminins médiatisés, les femmes doivent ressembler à des femmes.  »

A contrario, on ne reprochera pas à un sportif de ne pas paraître assez masculin. Si des tests de virilité sont aussi prévus dans le règlement de la Fifa, c’est plutôt pour se protéger contre l’accusation d’un traitement inégalitaire, mais on imagine assez mal une Mulan du foot.

Il suffit donc de ne pas jouer le jeu en cas de physique « hors normes », de porter les cheveux courts et aucun maquillage pour être suspectée d’être un homme.

Votre réponse

Oui. Vous avez les épaules larges et une coupe garçonne ? Dommage. Si votre entraîneur décide de vous sélectionner malgré tout, vous serez sous les radars.Passez au n°2.

Non. Vos cheveux longs vous ont protégée des soupçons. Félicitations : vous êtes une femme Fifa.

Sur le terrain

Etes-vous très performante ?

 

Vous êtes au Canada, sur le terrain, dans une équipe. Sauvée ?

Pas vraiment. Un porte-parole de la Fifa explique que, pendant le tournoi, une vérification poussée du sexe pourra être demandée, « en cas de doutes substantiels » et « à la demande de la joueuse, d’un médecin de la Fifa ou du médecin en chef », avant d’être examinée par le secrétaire général qui peut, ou non, l’accepter.

Pourquoi ? Parce que la Fifa n’est pas pleinement convaincue des « vérifications » faites par votre fédération. Et que vous avez brillé, un peu trop peut-être.

Car jusque-là, les tests de féminité ont été exigés, dans le monde du football, après une trop belle performance. Derrière ce soupçon, il y a des préjugés profonds. Anaïs Bohuon ironise :

«  Un homme qui a de trop bonnes performances, on lui fait faire des tests de dopage. Une femme, on teste sa féminité. »

En 2013, avec 19 buts en 22 rencontres, Park Eun-Seon, footballeuse sud-coréenne d’1,80 m, avait eu le malheur d’être la meilleure buteuse de la saison. Les autres équipes avaient refusé de jouer contre elle jusqu’à ce qu’elle prouve sa féminité.

Genoveva Anonma (Potsdam) et Noëlle Maritz (Wolfsburg), Coupe d'Allemagne de foot féminin, le 1er mai 2015 à Cologne
Genoveva Anonma (Potsdam) et Noëlle Maritz (Wolfsburg), Coupe d’Allemagne de foot féminin, le 1er mai 2015 à Cologne - PATRIK STOLLARZ/AFP

Cinq ans auparavant, la meilleure joueuse de l’équipe équato-guinéenne, sortie victorieuse de la Coupe d’Afrique des nations en 2008, avait été remerciée de ses performances... par un déshabillage en règle. Genoveva Anonma a raconté en janvier dernier son humiliation à la BBC  :

« On m’a demandé d’enlever mes vêtements devant les officiels de la CAF [Confédération africaine de football, ndlr] et les membres de mon équipe. Je m’attendais à ce qu’ils m’emmènent à l’hôpital pour effectuer des examens. Mais rien, ils ne m’ont pas aidée. J’ai dû me débrouiller toute seule pour me défendre. 

J’étais bouleversée, très déprimée et j’ai beaucoup pleuré. J’ai été totalement humiliée mais avec le temps, j’ai réussi à dépasser cette épreuve. »

Problème : même si en faisant subir à une joueuse l’humiliation d’un déshabillage, on trouvait quelque chose qui ressemblait à un pénis, serait-on certain qu’elle est un homme ?

Eh bien non. Certaines femmes ont par exemple une hyperthrophie des glandes surrénales, c’est-à-dire un clitoris gros comme un petit pénis.

La Fifa en est consciente. D’où sa décision d’opter pour la vérification du taux de testostérone.

Votre réponse

Oui. Vous êtes adulée par votre équipe, mais détestée par l’équipe adverse. Pas de chance. Passez au n°3.

Non. Vous jouez sans briller. Félicitations : vous êtes une femme Fifa.

Au labo

Avez-vous un taux de testostérone « normal » ?

 

Vous êtes sous l’effet d’une procédure de vérification renforcée. On vous fait une prise de sang pour vérifier votre taux de testostérone.

Il y a en effet une différence importante entre le taux de testostérone d’un homme et d’une femme «  normale  »... mais les mesures limites se chevauchent. Autrement dit, le taux de testostérone ne détermine pas le sexe.

Le magazine américain Science cite (abonnés) une étude britannique de l’endocrinologue Peter Sonksen datant de 2000, effectuée sur 650 athlètes hommes et femmes  : résultats, 5% des sportives avaient des taux « masculins » de testostérone, quand 6% des sportifs comportaient, eux, des taux « féminins ».

La Fifa s’est pourtant alignée sur les principales instances du sport international (olympiques, d’athélisme...) pour son nouveau règlement. Le déclencheur : l’affaire Semenya.

Caster Semenya, à l'issue du 800 m femmes, JO de Londres, le 11 août 2012
Caster Semenya, à l’issue du 800 m femmes, JO de Londres, le 11 août 2012 - ERIC FEFERBERG/AFP

La coureuse jamaïcaine Semenya, accusée en 2009 d’être un homme après avoir remporté le 800 m du championnat du monde de Berlin, avait un taux de testostérone – appelée à tort « hormone masculine » – comparable à celui d’un homme.

Semenya fait partie des athlètes dont l’intersexuation a été révélée par ces tests de féminité.

Erika Schinegger et Marielle Goitschel en 1966, championnats du monde de ski alpin, à Portillo au Chili
Erika Schinegger et Marielle Goitschel en 1966, championnats du monde de ski alpin, à Portillo au Chili - ARCHIVES/AFP

Comme Erika Schinegger, premier cas de ce type, particulièrement troublant. Cette skieuse alpine autrichienne, championne du monde de descente en 1966, découvre un an après, à l’occasion de tests pratiqués pour la première fois pour les JO de 1968, que son sexe, masculin, s’est développé à l’intérieur. Elle se fait alors opérer, se fait appeler Erik, et devient père de famille. Il rend sa médaille trente ans après à sa dauphine, Marielle Goitschel, disant que c’était la Française qui la méritait.

Anaïs Bohuon souligne que les cas d’intersexuation ne sont pas si rares :

« De l’homme à la femme, il y a une infinité de stades d’intersexuation, et si vous-même passiez des tests de féminité demain, vous pourriez être surprise. »

Avec ces tests de testostérone, l’idée n’est plus de débusquer les tricheurs, qui tiennent plus du mythe que de la réalité, en particulier dans un sport collectif – «  Qui voudrait jouer avec les filles  ?  » ironise encore Anaïs Bohuon. Mais de trancher sur les cas d’hyperandrogénisme.

On ignore la fréquence exacte de ces anomalies chromosomiques ou hormonales, qui ne menacent souvent pas la santé de l’individu. Selon les critères pris en compte, plus ou moins larges, elles toucheraient de quatre personnes sur mille à quinze personnes sur mille.

L’intersexuation est une variation qui se manifeste à tous les niveaux sexuels d’une personne. Elle peut être visible au niveau génital : un clitoris très développé, un vagin incomplet, un pénis très petit. Ou bien se traduire par une discordance entre les chromosomes et l’apparence extérieure : une femme très grande, XY, infertile.

Certains intersexués nés XY, mais atteints du syndrome d’insensibilité aux androgènes – les hormones mâles – développent une morphologie très féminine, avec un vagin très court, mais sans utérus.

Parfois, l’intersexualité est associée à un trouble de l’identité sexuelle (mise en scène par Jeffrey Eugenides dans son roman « Middlesex »), qui peut rester incertaine plus ou moins longtemps.

Le monde du sport, rigide et catégorisé entre hommes et femmes, est régulièrement secoué par ce « troisième sexe » (certains en comptent cinq ou plus) des intersexes voire des transgenres. Cette semaine, une pétition douteuse, suivie du hashtag #GiveBackTheGold, demandait au CIO de révoquer la médaille de Bruce Jenner, spécialiste du décathlon, devenu Caitlyn Jenner après un changement de sexe. Le Comité a décliné.

Votre réponse

Oui. Votre taux de testostérone est dans les normes  ? Vous avez eu chaud. Vous avez le droit de jouer.

Non. Dommage. Vous êtes «  hermaphrodite  », humiliée voire soupçonnée de triche sans vous être jamais dopée. Passez au n°4.

Après le match

Prenez-vous des anti-androgènes ?

 

Vous découvrez que vous avez des caractères intersexuels, dont vous ignoriez jusqu’alors l’existence.

De fait, la Fifa n’exclut pas définitivement les personnes intersexuées, mais souhaite que leur taux de testostérone rentre dans les fourchettes qu’elle a définies, à coup de médicaments anti-androgènes voire de chirurgie. Pour la Fifa, les intersexués sont avantagés

Certaines personnes intersexués (pas toutes) développent des caractérisques physiques proches des hommes, comme une grande taille, ou des épaules plus larges. Mais pour Anaïs Bohuon :

« Ce sont des caractéristiques endogènes et naturelles. Elles ne sont pas dopées. Au nom de quoi devrait-on faire la différence ? Ce serait comme de reprocher à Usain Bolt d’être trop gracile. »

Dans le préambule du règlement de 2011, la Fifa justifie cette discrimination sur le taux de testostérone en parlant de l’hormone mâle comme d’une sorte de dopant naturel. La Fédération tient pour évidente l’imagerie populaire quiassocie la testostérone à la force masculine  :

« Les hormones androgènes ont un potentiel d’amélioration des performances – notamment en termes de force, de puissance et de vitesse – qui peut constituer un avantage en football et influer sur le résultat d’un match. »

Mais peu d’études scientifiques appuient la thèse selon laquelle les athlètes à fort taux de testostérone seraient meilleur(e)s que les athlètes à faibles taux.Cité par Slate, Allan Mazur, chercheur à l’université de Syracuse, le reconnaît :

« Nous n’en savons rien. Les hypothèses logiques à propos des hormones ne sont pas toujours confirmées. »

Dans l’étude de Sonksen, 25% des athlètes de haut niveau produisent moins de testostérone que la moyenne. Si l’hormone mâle était si importante, comment serait-ce possible ?

Peu importe, pour pouvoir participer aux matches féminins, la Fifa demande aux joueuses de retrouver des taux de testostérone dans la norme admise.

Votre réponse

Oui. Pour pouvoir être réintégrée à votre fédération, vous devez rentrer dans la fourchette en subissant un traitement anti-androgènes. Vous jouez le jeu. Vous aurez peut-être la chance, comme Semenya, de pouvoir rejouer dans un an.

Non. Vous préférez éviter les nombreux effets secondaires des anti-androgènes  : perte de libido, ostéoporose, vomissements, gonflements de la poitrine, entre autres joyeusetés. Vous êtes exclue de votre fédération. C’est la fin de votre carrière. Game over.

Conclusion du test

 

On le voit, les tests de féminité, en plus de stigmatiser et d’humilier les joueuses, avec des conséquences parfois tragiques sur leur vie, contribuent aussi à entretenir le mythe d’un système binaire  : les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. En réalité, le sexe biologique est un continuum.

« Les tests de féminité ont été critiqués de tous les côtés il y a de cela vingt à trente ans, parce qu’on ne peut pas tester le sexe  », explique au média public américain PRI Katarina Karkazis, spécialiste en bioéthique du sport à l’université de Stanford.

Et le débat est caduque : même les femmes les plus musclées et les plus grandes, voire « hermaphrodites », ne font pas des scores comparables à ceux des hommes. Car elles ont été éduquées comme des filles depuis leur enfance.

Pour Anaïs Bohuon, cela met en lumière que la différence de performance entre hommes et femmes n’a pas véritablement de cause physiologique :

« Ça tient à la culture et l’éducation. Les femmes ont un siècle de retard sur les hommes en sport parce que depuis l’enfance, les petites filles sont éduquées à moins bouger. Dès la puberté pour les sportives, les filles s’entraînent avec des filles. »

Votre carte d’identité indique que vous êtes une femme ? Depuis votre puberté, vous faites du sport entre femmes ? Ce sont les seuls critères que devrait retenir la Fifa. 

Rue89

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