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Comment mesure-t-on la pauvreté? (et quelle est la différence avec la précarité?

Publié par MaRichesse.Com sur 11 Juin 2015, 08:37am

Catégories : #RICHESSE, #PAUVRETÉ, #ECONOMIE

Comment mesure-t-on la pauvreté? (et quelle est la différence avec la précarité?

Le calcul du nombre de personnes en dessous du «seuil de pauvreté» est l'instrument de mesure le plus connu. Mais, pour une meilleure prise en compte, il est préférable de regarder plusieurs indicateurs.

«Entre 2008 et 2012, 440.000 enfants supplémentaires ont plongé avec leurs familles sous le seuil de pauvreté en France. La permanence d’un horizon précaire est une constante qui concerne désormais plus de 3 millions d’enfants sous le seuil de pauvreté, soit un enfant sur cinq»,annonce l’Unicef dans un rapport rendu public mardi 9 juin. Mais comment mesure-t-on la pauvreté? Et quelle est la différence avec laprécarité?

 

Si les notions de pauvreté et de précarité sont souvent utilisées indistinctement, la précarité désigne souvent un degré inférieur à la pauvreté, ou un aspect seulement de la pauvreté.

La pauvreté est mesurée de façon précise essentiellement par l’Insee, d’une part avec le niveau de vie (le revenu d’un individu en fonction du nombre et du type de personnes dans son foyer), d’autre part en étudiant les conditions de vie (un indice plus qualitatif, avec des questions précises sur la vie au quotidien). En ce qui concerne la précarité, il existe des indices moins reconnus qui prétendent la mesurer.

1.Définitions

 

 

Doivent être considérés comme pauvres, selon le Conseil européen, qui en a donné une définition en 1984, «les personnes dont les ressources (matérielles, culturelles ou sociales) sont si faibles qu’elles sont exclues des modes de vie minimaux acceptables de l’État membre où elles vivent».

La notion de précarité a, quant à elle, été définie en 1987 par Joseph Wresinski, un prêtre diocésain français, fondateur du Mouvement des droits de l'homme ATD Quart Monde. Alors membre du Conseil économique et social de la République française, il rédigea un rapport intitulé «Grande pauvreté et précarité économique et sociale», qu’il présenta devant la Commission des droits de l'homme des Nations unies, à Genève. Il voulait obtenir de cette instance la reconnaissance de l'extrême pauvreté comme une violation des droits de l'homme. Voilà la définition qu’il en donna:

dan«La précarité est l'absence d'une ou plusieurs des sécurités permettant aux personnes et aux familles d'assumer leurs responsabilités élémentaires et de jouir de leurs droits fondamentaux. L'insécurité qui en résulte peut être plus ou moins étendue et avoir des conséquences plus ou moins graves et définitives.

 

Elle conduit le plus souvent à la grande pauvreté quand elle affecte plusieurs domaines de l'existence, qu'elle tend à se prolonger dans le temps et devient persistante, qu'elle compromet gravement les chances de reconquérir ses droits et de ré-assumer ses responsabilités par soi-même dans un avenir prévisible»

Par exemple, la précarité énergétique commence quand les dépenses du foyer consacrées à l'énergie sont supérieures à 10% de leurs revenus. Et lorsque «certains renoncent à se chauffer, on parle alors de pauvreté énergétique», précise la Drilh.

2.Mesure de la précaritéIndice EPICES

Est-ce qu’on peut mesurer la précarité? Il en existe du moins un indice, développé par les Centres d’examens de santé (CES), le Centre technique d’appui et de formation des centres d’examens de santé (Cetaf) et l’école de santé publique de Nancy. Il est dénommé EPICES(Évaluation de la précarité et des inégalités de santé pour les centres d’examens de santé) et se compose de onze questions aussi diverses que «Rencontrez-vous parfois un travailleur social?»«Vous est-il arrivé de faire du sport au cours des douze derniers mois?»«Êtes-vous parti en vacances au cours des douze derniers mois?» ou «Au cours des six derniers mois, avez-vous eu des contacts avec des membres de votre famille autres que vos parents ou vos enfants?».

3.Mesure de la pauvretéRevenu médian

La pauvreté est évaluée en France essentiellement par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). D’autres sources délivrent leurs analyses, comme l’Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale (ONPES), qui remet chaque année un rapport au gouvernement, ou l’Observatoire des inégalités, mais c’est la mesure de l’Insee, purement monétaire, qui est la plus connue et la plus utilisée. Selon l'Insee, la France compte de 8,5 millions de pauvres, soit environ 13,9% de la population et 20% des enfants.

Comment l’Insee calcule-t-elle ce nombre? Elle définit un seuil de pauvreté, soit un niveau de vie équivalent à 60% du revenu français médian. Le revenu médian –à ne pas confondre avec le revenu moyen, qui comme son nom l’indique, est la moyenne de tous les revenus accumulés– partage la population étudiée en deux parties égales. C’est une notion qui permet d’atténuer les effets de déformation qui peuvent être introduits par la présence de salaires très élevés.

 

Le revenu médian en France en 2012 était de 1.645 euros mensuel, le seuil de pauvreté est donc de 987 euros par mois. Dans la notion de revenus, il faut inclure non seulement les salaires, mais aussi les revenus du patrimoine, indemnités de chômage, prestations sociales, etc.

Mais ce n’est pas fini. Car le calcul du niveau de vie, lui, s’effectue non pas individuellement mais en fonction du foyer, partant de cette idée que «la vie en commun permet de réduire certaines dépenses, comme celles pour le logement»comme l’explique l’Insee. On utilise pour calculer le niveau de vie d’un individu au sein d’un foyer la notion d’unité de consommation: un adulte compte pour une unité de consommation, mais les adultes supplémentaires pour 0,5 unité chacun. Un enfant de moins de 14 ans compte pour 0,3 unité. Pour obtenir ensuite le niveau de vie du ménage, on fait la somme des revenus, que l’on divise par le nombre d’unités.

Un individu seul avec moins de 987 euros de revenus sera donc considéré comme en dessous du seuil de pauvreté mais pas un couple où chacun a 987 euros de revenus (impôts déduits), puisque son«niveau de vie» sera alors de 1.316 euros. En revanche, avec deux enfants, ce foyer passe en dessous du seuil de pauvreté.

4.Critiques

Si la mesure du seuil de pauvreté monétaire par l’Insee est la plus largement utilisée, elle a ses détracteurs. Pour répondre à ce qu’ils estiment être une insuffisance, des militants syndicalistes, économistes, et statisticiens avaient par exemple créé en 2002 un autre indice, le Bip 40, abandonné deux ans plus tard.  

D’autres, comme l’Observatoire des inégalités, regrettent que l’Insee ait adopté en 2008 la définition de l’Union européenne et le seuil de 60%, alors que le taux choisi par la France était auparavant de 50%.

«À force d’élargir le concept de pauvreté, celui-ci change de sens. [...] Au final, une conception extensive risque de se retourner contre tous ceux qui luttent sur le terrain pour améliorer la situation des plus démunis et qui sont choqués par la situation actuelle.»

Les critiques soulignent surtout que la pauvreté n’est pas qu’un phénomène monétaire. C’est d’ailleurs une limite que reconnaît bien volontiers l’Insee, mettant en garde sur une utilisation de ce seul critère. L’Institut pointe l’importance de mesurer aussi les conditions de vie, en posant des questions concrètes («Pouvez-vous chauffer votre logement? Recevoir des amis? Remplacer les meubles?»). Comme le souligne elle-même Julie Labarthe, chef de de la division revenus et patrimoines des ménages, «la pauvreté est un phénomène multidimensionnel. Et il vaut mieux regarder plusieurs indicateurs qu’un seul pour la comprendre». 

 Slate

 

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