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l'impitoyable univers du football professionnel

Publié par MaRichesse.Com sur 20 Mai 2015, 12:46pm

Catégories : #SPORTS, #ARGENT, #LIVRES-A-LIRE

Destinations foireuses, fausses promesses, menaces de morts, dépression... Derrière les paillettes, un paquet de galériens triment dans les soutes du ballon rond. Un univers décrit par le journaliste Romain Molina dans son livre «Galère Football Club».

 

l'impitoyable univers du football professionnel

«Je crois qu’on a fait un match solide, on a pris les trois points, c’est l’essentiel…» Quel fan de football n’a jamais été exaspéré par le milieu hyper-cloisonné, formaté, du milieu du football ? C’est le cas du journaliste Romain Molina, journaliste indépendant, fondateur du blog Hat-Trick sur le foot britannique et auteur du très bon livreGalère Football Club«La parole est trop contrôlée dans le milieu du football, manipulée, c’est d’une platitude. C’est un nivellement par le bas, clairement, on s’emmerde.»

 

Dans cet ouvrage, le jeune homme installé en Écosse a donc souhaité donner la parole à des joueurs qui n’ont pas l’habitude de l’avoir et qui ont justement beaucoup de choses à dire. Onze footballeurs et un entraîneur qui ont connu les hauts et surtout les bas-fonds du monde footballistique. Des heures d’interview retranscrites mot pour mot dans le but de montrer que derrière les Messi, les Ronaldo et les Neymar, un paquet de galériens triment dans les soutes du ballon rond. 

 

«Que des bons mecs» 

 

Pour sélectionner ses sujets, Romain Molina a souhaité mettre en place un onze de base de joueurs qui auraient bien pu se retrouver sur un même terrain avec un gardien, quatre défenseurs, trois milieux et trois attaquants. Une équipe de la lose mais pleine d’humanité:

«J’ai sélectionné des gars avec qui j’avais accroché. Que des bons mecs. Si un joueur a une histoire exceptionnelle mais que c’est un sombre connard, cela ne m’intéresse même pas… J’ai les ai choisis en fonction de leur histoire, des vices du football, de leurs parcours de vie, en veillant à avoir une mixité géographique.»

En parcourant ce livre, et malgré les spécificités du vécu de chaque joueur, on est confronté à toutes les magouilles qui gangrènent le milieu du foot, à commencer par certains dirigeants véreux.

Parmi les plans foireux, on peut citer l’expérience de Joslain Mayebi, gardien de but qui avait vu ses comptes gelés par le président d’un club de D1 israélienne. Son agent reçut un appel anonyme avec le message suivant: «Si Joslain va signer dans ce club-là, ta famille et toi vous êtes morts…» Le président avait même fait venir des sbires pour éviter que le joueur ne quitte son domicile. En cause, les contacts d’un autre club alors que son contrat touchait à sa fin. Normal.

22 livres sterling en poche

Des dirigeants de club qui sont prêts à tout pour vous garder, comme ils peuvent vous lourder sans aucune empathie malgré les promesses concédées. Plusieurs joueurs évoquent ainsi les innombrables essais de clubs en clubs, les voyages en train, les chambres d’hôtel minables, la signature tant convoitée d’un contrat qui ne se fait pas à cause du licenciement d’un entraîneur, d’un effectif pléthorique ou d’un coup bas d’un autre joueur de l’équipe jaloux… Des périodes de chômage où le doute s’installe comme l’exprime très bien Chistopher Mboungou, joueur formé à Auxerre et qui a connu cette situation cauchemardesque après son départ de Cannes. Le défenseur central a fini en Angleterre avec 22 livres sterling en poche, hébergé par ses voisins congolais avant de rebondir.

Lorsqu’on ferme Galère Football Club, on se dit que le monde du football professionnel est un sacré univers de chacal et qu’il faut être solide pour continuer à croire en ses rêves. Parfois masochiste. Beaucoup de joueurs connaissent ainsi, malgré leur relatif jeune âge, déjà des séquelles physiques. La pression et la concurrence sont telles que certains préfèrent tirer sur la corde plutôt que de se faire opérer. Ce fut le cas d’Ismaël Bouzid lorsqu’il commençait à percer Metz:

«J’ai commencé à être dans le groupe. Je suis même rentré une fois et c’est là où j’ai eu ma grosse blessure: une hernie discale avec une sciatique paralysante. À l’entraînement, je n’arrivais plus à jongler. Dès que je tendais un peu la jambe: coup de couteau. Je voulais jouer, mais je n’y arrivais pas. J’en pleurais de douleur. Tellement la douleur était énorme, je faisais des malaises, je tombais par terre. Quand le docteur a vu où j’en étais, il a demandé l’opération le surlendemain.»

Certains joueurs voient également leur santé mentale se dégrader. Ce fut le cas de Christian Nadé, qui raconte sa descente aux enfers après un périple entre Chypre, la Thaïlande et l’Ecosse. L’ancien espoir français est alors à deux doigts de mettre fin à ses jours:

«Je n’en pouvais plus, je voulais que tout s’arrête. Je suis parti dans la mer, j’ai commencé à faire quelques pas. J’ai envoyé des messages à ma famille pour leur dire que c’était trop, que je ne pouvais plus subir tout ça, que je n’en pouvais plus. Ils ont commencé à appeler la police. Je voulais me suicider. J’étais au milieu de la mer. Seul. Et là, je sens une main sur mon épaule. Alors que je suis seul, il n’y a personne autour de moi. C’est comme si Dieu était intervenu. Un ami arrive également et je sors de l’eau alors que j’allais en finir.»

En caleçon dans un clip bulgare

Malgré les déceptions, le football reste magique. Le livre évoque bien évidemment de belles anecdotes, à commencer par les voyages et l’ouverture qui en découlent. Claude Gnakpa a par exemple posé ses valises en Irak, pays qu’il a adoré et où il jouait aux dominos dans les rues de Bagdad.

Autre histoire improbable, celle de Youness Bengelloun lors de sa saison à Plovdiv en Bulgarie, qui a réalisé un de ses vieux fantasmes: tourner dans le clip de l’épouse de son président.

 

«Viens sur Sofia, on te récupérera à tel endroit et on t’emmènera au studio.
– Je dois emporter quoi : chemise, veste ?
– Un caleçon, juste un caleçon.»

J’ai fouillé dans mon placard, j’ai pris tous mes caleçons : blanc, bleu, rouge (rires). J’ai fait le clip comme ça, torse nu, en caleçon. J’avais déjà la cote avec les filles, ça a encore plus arrangé ma popularité.» 

Les plus beaux souvenirs de ces baroudeurs à crampons restent néanmoins sur le terrain. Les fans écossais ont marqué Bilal Mohsni, très respecté aux Rangers, la furie d’un derby algérois, comparable à «une sensation de drogue», a fait frissonner Ismaël Bouzid, tout comme Claude Gnakpa n’oubliera jamais le but qui donna la victoire à son équipe en finale du Johnstone’s Paint Trophy, une coupe ouverte aux clubs de troisième et quatrième division anglaise à Wembley devant 55.000 personnes.

 

«On m’envoie un premier ballon dans la profondeur. J’arrive face au gardien, mais un défenseur me rattrape et tacle. On me lance une deuxième fois. Je suis au coude à coude avec un défenseur. Je passe devant et je lobe le gardien. Le temps que je lobe le gardien, je vois la balle descendre petit à petit... Moment magique. Je sens l’explosion du stade, je suis ailleurs. Je cours là où sont mes parents pour les montrer du doigt, pour célébrer. Et c’est là que je commence à réaliser. Je tombe au sol, je lève les bras au ciel: mon Dieu, ce n’est pas possible!».

Des moments qui permettent d’oublier tous les déboires. Des histoires qui nous réconcilient avec les footeux et qui montrent la foi qui animent la plupart d’entre eux. Loin, bien loin de l’image caricaturale qu’ils peuvent véhiculer habituellement. 

Slate

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