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L’avion est le moyen de transport le plus sûr ? Mouais…

Publié par MaRichesse.Com sur 2 Mai 2015, 12:33pm

L’avion est le moyen de transport le plus sûr ? Mouais…

Autant l’avouer d’emblée  : je déteste les avions. C’est un aveu un peu honteux à une époque où certaines activités salariées imposent des transports aériens aussi facilement que le train, remplissant la moitié des avions de smartphonesgreffés à des costumes gris. Ça l’est également au regard du développement du low-cost sur lequel l’économie du tourisme de masse a pu prendre appui pour s’envoler et grâce auquel nous pouvons nous vanter d’avoir inventé la photo originale de série.

D’après un sondage récent, la peur de l’accident en avion (simplifions par «  la peur de l’avion  ») serait partagée par environ un tiers des Français [PDF] – rien de sensationnel, mais je me sens moins seul. Il semble que ce taux soit stable dans le temps, indépendant des catastrophes aériennes pourtant largement médiatisées. Une explication possible pour cette stabilité, principalement nourrie par ma phobie irrationnelle, serait la foison d’articles lénifiants nous rappelant à chaque catastrophe que « l’avion reste le mode de transport le plus sûr ». L’argument est d’autorité et le moindre doute est balayé par la comparaison du nombre astronomiques de passagers transportés (3 milliards  !) et de celui, bien plus modeste, du nombre de décès  : 453 en 2013 (l’année la plus sûre de l’histoire de l’aviation) et 1 328 en 2014 (année particulièrement meurtrière).

Ce que l’on a pu lire

 

Prenons une étude très citée suite au crash de la compagnie Germanwings le 24 mars dernier, publiée par Le Monde. Le risque d’accidents mortels y est décrit en nombre de morts par milliard de voyageurs-kilomètre pour différents modes de transport  : les deux-roues, la voiture, les bus et cars, le train et l’avion. On lit ainsi qu’on dénombre 52,6 morts pour un milliard de voyageurs parcourant un kilomètre en deux-roues  ; 4,45 morts en voiture et 0,101 mort en avion sur cette même distance. Soit 44 fois plus de décès en voiture qu’en avion et 520 fois plus en deux-roues (je déteste aussi les deux-roues).

Si la métrique peut paraître étrange, elle permet une comparaison plus simple des modes de transport. Comparer le nombre exact de morts n’aurait pas de sens  : on peut légitimement supposer (à vous de faire les vérifications) que beaucoup plus de voyageurs parcourent tous les ans beaucoup plus de kilomètres en voiture qu’en avion. Or pour avoir un accident, il faut être en transport. Cette métrique permet donc de rééquilibrer «  l’excès  » de transport réalisé en voiture par rapport à celui réalisé en avion, en rapportant tous les décès à une même échelle  : c’est le même principe qu’un pourcentage, mais ça en jette carrément plus.

Mais c’est un peu trop beau pour être vrai.

Ce qu’il aurait fallu préciser

 

Ces chiffres proviennent de l’Agence européenne du rail (ERA), dans un rapportvisant à décrire la sécurité du transport ferroviaire par rapport aux autres modes de déplacement. A la lecture de ce rapport, nous apprenons que le risque de décès concerne les transports au sein de l’Union européenne entre 2008-2010. Le choix des années est heureux car il évite deux années très particulières, 2013 et 2014 (la meilleure et la pire). Le choix de la zone géographique l’est moins, l’Europe n’étant pas une zone particulièrement à risque d’accidents d’avion. S’il est légitime pour l’ERA de comparer la sécurité des transports au sein de l’UE, il l’est beaucoup moins pour Le Monde qui utilise ces chiffres pour en tirer des généralités.

De plus, pour comparer les modes de transport, le nombre de décès par milliard de voyageurs-kilomètre n’est pas une mesure adéquate. Elle fait l’hypothèse que parcourir un kilomètre en voiture prend autant de temps qu’en avion. Car c’est de cela qu’il s’agit  : pour avoir un accident il faut être «  dans un transport  », et c’est donc le temps passé par mode de transport qu’il faudrait utiliser – problématique déjà abordée par Steven Levitt dans « Freakonomics ». Utiliser des kilomètres avantage les modes de transport les plus rapides  : le temps nécessaire pour parcourir un milliard de kilomètres en avion est plus court qu’en voiture, réduisant le temps «  à risque  » de décès.

Mais cette méthode de calcul favorise encore plus les bons résultats de l’avion. Pour obtenir cette métrique, on additionne tous les décès survenant sur la période, que l’on divise par le nombre total de kilomètres parcourus pour tous les voyageurs. Par exemple, un avion avec 100 passagers voyageant sur 1 000 kilomètres représentera 100 000 voyageurs-kilomètre, comme si les 100 passagers parcouraient chacun de leur côté 1 000 kilomètres. On applique ainsi à chaque passager un risque de décès indépendant des autres passagers. On «  dilue  » de cette manière le risque de décès pour les avions, en multipliant le nombre de kilomètres parcourus d’une manière très discutable.

Un dernier point en faveur de l’avion réside dans la prise en compte des décès attribués à la voiture qui incluent les cyclistes ou piétons percutés lors des accidents. Aussi tragiques que soient ces morts, il paraît un peu injuste de les attribuer au risque de circuler en automobile.

Roule ma poule

 

Faisons un exercice – théorique – rapide sur le premier biais, en utilisant les chiffres publiés par Le Monde et en rapportant les décès au temps (en heures) passé dans les transports.

Cela revient à multiplier le nombre de décès exprimés en milliard de voyageurs-kilomètres par la vitesse moyenne de chaque mode de transport – soit 90 km/h pour la voiture et les deux-roues, 350 km/h pour le train et 800 km/h pour l’avion. Ces chiffres sont très approximatifs, mais nous offrent des ordres de grandeurs. Cela reviendrait à constater 4 700 décès pour un milliard de passagers voyageant une heure en deux-roues  ; 400 décès pour la voiture  ; 55 décès pour le train et 81 décès pour l’avion, sur la même durée. L’ordre de grandeur de mortalité entre l’avion et les deux-roues est maintenant de 60 et d’à peine 5 pour la voiture, soit 8 fois moins qu’en utilisant des voyageurs-kilomètre.

Cet exercice est évidemment imparfait et ne sert qu’à illustrer l’effet du premier biais  : le temps «  à risque de décès  » de chaque mode de transport. La prise en compte des autres biais réduirait encore logiquement l’écart entre ces différentes machines de mort.

Mais au final, ces comparaisons n’ont que peu de sens. Un calcul adéquat nécessiterait de comparer le risque de décès pour un même trajet, pour un même groupe de personnes  : autant dire que cela n’est pas possible. En l’absence de ces chiffres, il serait préférable de parler en risque absolu  : lorsque l’on monte dans un avion, il existe un risque sur 11 000 000 de mourir dans un crash. Ce risque ne devant pas être comparé aux autres modes de transport, comme on l’a vu, mais être considéré comme tel.

Malheureusement comme tous les risques absolus faibles ou lointains, il est difficilement appréhendable et donc laissé à l’appréciation de chacun, selon ses peurs et son expérience.

Je déteste les avions. 

Rue89.com

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