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Ebola : quand le virus se cache dans l'œil des survivants

Publié par MaRichesse.Com sur 10 Mai 2015, 09:40am

Ebola : quand le virus se cache dans l'œil des survivants
Plusieurs mois après sa guérison, un médecin Américain infecté en Sierra Leone a eu des séquelles oculaires importantes et ses médecins ont détecté le virus à l'intérieur de son œil.

 

C'est l'avantage d'une épidémie d'une ampleur inégalée mais qui tue moins que ses sœurs aînées: avec plus de 26.000 malades dont quelque 15.000 ont survécu, l'épidémie d'Ebola, qui semble sur le déclin en Afrique de l'Ouest, donne l'occasion aux chercheurs d'étudier les effets à long terme d'une infection par ce virus, connu depuis 1976 mais qui garde encore nombre de mystères.

Car les survivants d'Ebola ne sont pas toujours sortis de l'enfer une fois déclarés guéris. Fatigue intense, douleurs articulaires ou musculaires, perte de poids, atteintes hépatiques, glandulaires ou ophtalmologiques attendent 30 à 40 % des patients et peuvent se manifester plusieurs mois après la disparition du virus de leur sang. Les médecins l'appellent le «syndrome post-Ebola».

Un iris bleu devenu vert

Le Dr Ian Crozier, médecin américain de 43 ans, en a fait la triste expérience. Infecté en septembre 2014 en Sierra Leone où il travaillait pour l'Organisation mondiale de la santé, il avait été rapatrié aux États-Unis. Après 44 jours à l'hôpital à Atlanta (Géorgie), où il avait bénéficié d'une réanimation intensive pour pallier de multiples défaillances d'organes et reçu des traitements expérimentaux contre le virus, il était rentré chez lui avec une extrême fatigue et de légères difficultés cognitives qui s'estompaient.

Mais peu après sont apparues des douleurs dorsales, une inflammation des tendons d'Achille et des fourmillements dans les extrémités des jambes. Puis, surtout, des symptômes ophtalmologiques: inflammation et gonflement de l'œil gauche, pression intraoculaire très élevée, baisse de l'acuité visuelle et changement (transitoire) de la couleur de l'iris, passé du bleu au vert. L'ensemble est décrit dans le New England Journal of Medicine, signé par l'équipe qui l'a soigné et… le Dr Crozier lui-même!

Privilège immun

«Ce type de séquelles ophtalmologiques est un fait bien connu», précise Éric Delaporte, professeur de maladies infectieuses à l'Institut de recherche pour le développement et responsable d'une étude en Guinée de suivi à long terme des survivants d'Ebola. «Ce qui est très intéressant est que les médecins ont pu faire des prélèvements.» Or, alors que le virus avait de longue date déserté son sang, les médecins de Ian Crozier en ont trouvé une forte concentration… à l'intérieur de son œil (mais pas dans les larmes ni les tissus extérieurs).

«L'œil comme les testicules, le système nerveux central et les cartilages sont des lieux dits “de privilège immun”, explique Éric Delaporte. La réponse immunitaire est différente dans ces sites, pour ne pas les détruire.» Mais ils peuvent alors constituer des réservoirs pour Ebola, qui pourra s'y répliquer silencieusement, entraînant parfois des séquelles. Une équipe au Sierra Leone l'a ainsi débusqué dans le liquide céphalo-rachidien de survivants, ce qui peut expliquer les troubles neuro-cognitifs retrouvés chez certains plusieurs mois après la guérison.

Suivi à long terme

«Cela pose un certain nombre de questions», note le Pr Delaporte. D'une part pour le contrôle de l'épidémie: on sait ainsi que l'infection par le sperme reste possible plusieurs mois. «Mais cela montre aussi qu'après la guérison il ne faut pas simplement renvoyer les gens chez eux mais mettre en place une prise en charge pluridisciplinaire», plaide le chercheur.

On ignore combien de temps le virus peut ainsi rester «caché» ; probablement moins longtemps que celui de l'herpès, qui une fois installé s'incruste ad vitam, mais sans doute au moins quelques mois. Pour le préciser, il faudrait réaliser des prélèvements chez un nombre suffisant de patients. «C'est relativement facile pour le sperme ou les sécrétions vaginales, note Éric Delaporte. Mais c'est plus compliqué pour les ponctions lombaires et les prélèvements dans l'œil: ces gestes sont agressifs pour les patients et compliqués à réaliser en sécurité sur le terrain.» 

lefigaro.fr

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