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Marichesse.com

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Conseils, science, sante et bien-être


Comment vous devenez accros aux objets connectés

Publié par MaRichesse.Com sur 30 Mai 2015, 03:23am

Catégories : #TECHNOLOGIE, #INTERNET, #FACEBOOK, #RELATIONS

Comment vous devenez accros aux objets connectés

Les objets connectés vont changer notre vie pour le meilleur, nous dit-on. Ils réordonneront nos priorités, nous révèleront à nous-mêmes. La maxime «  Effort, hygiène et calories  » s’imposera d’elle-même, faisant de nous des individus plus sains, et surtout plus heureux.

Mais voulons-nous vraiment de cette obsession de la maîtrise  ? N’est-ce pas le triomphe d’une vision libérale de la société, mêlant scientisme et narcissisme  ?

Voilà à quoi ressemblera grosso modo ce lendemain peuplé de mesures, données et courbes.

Mon smartphone, ce contre-maître

Votre réveil sera connecté à un petit patch mesurant vos phases de sommeil, et ne sonnera que lorsque le moment est optimum. Une fois levé, votre smartphone – encore lui – allumera la cafetière s’il estime que vous êtes un peu trop fatigué pour travailler convenablement.

Une tasse, et vous voilà prêt à courir votre footing matinal. Objectif du jour  : 6 km, pas moins, sinon vous n’aurez pas rempli votre quota de calories brûlées. A votre retour, vous scannez votre barre Mars avec votre iPhone  : pas aujourd’hui, trop gras, gémit-il.

Solution de secours  : les céréales, pile ce qu’il faut, suivi d’un coup de brosse à dents (connectée). Vous êtes pressé, alors vous expédiez un peu votre hygiène dentaire. Votre téléphone crépite ses alertes  : il reste 35% de tartre, allez, encore un effort.

Le « quantified-self », l’auto-mesure de soi

Bienvenu dans l’univers du «  quantified-self  ». Comprenez  : «  l’auto-mesure de soi  », qui passe par le port d’objets connectés relevant et analysant des données physiologiques. Le terme est barbare, mais il commence à se faire une place dans notre vocabulaire.

Alors que tous les regards sont tournés vers les Google Glass et autres montres connectées dont on nous martèle l’arrivée prochaine, le «  quantified-self  » est déjà là, véritable cheval de Troie de «  l’Internet des objets »  : un Français sur dix porterait un objet connecté dédié à la santé.

Les nouvelles générations de smartphones intègrent maintenant des outils de mesure. Nike s’est jeté à bras le corps sur ce marché en sortant très tôt un bracelet connecté. Apple a préféré la plateforme à l’objet lui-même  : la firme faisait sensation récemment en proposant sa plateforme Health Kit, révélant son ambition de centraliser toutes les mesures sur une unique appli.

Visuel de l'appli Health Kit d'Apple
Visuel de l’appli Health Kit d’Apple - Apple

Elle devrait bientôt être concurrencée par Google qui vient de faire appel aux développeurs pour enrichir la plateforme.

A côté, des dizaines de start-ups, dont beaucoup de françaises, se lancent en proposant des compteurs de calories, bracelets, podomètres et applis mesurant tout, de la tension aux battements de cœur en passant par le nombre de pas, allant jusqu’à proposer des programmes de training sexuel.

Le data au service du bien-être

«  Mieux se connaître grâce à ses données. » Voilà la promesse faite par les tenants de ce mouvement. Emmanuel Gadenne, auteur d’un « Guide pratique du “quantified-self” » (2012, éd. FYP) , en vante les mérites  :

«  Le “quantified-self”, c’est la capture, l’analyse et le partage de données personnelles au service de la santé, du bien-être ou de la recherche de la performance. On a ici la combinaison de capteurs relevant les données avec des applis qui les analysent et les mettent en forme.

L’utilisateur va pouvoir accéder à des consignes de coaching et des recommandations. Par exemple, l’Organisation mondiale de la santé conseille aux gens de faire au minimum 10 000 pas par jour, chose très difficile à évaluer au quotidien. Grâce à ces nouveaux outils, c’est possible et facile.  »

Améliorer ses performances sportives

La technologie au service de l’hygiène, donc. Encadrer, stimuler, informer... De quoi séduire un large public. A commencer par les sportifs. Benoît s’est ainsi converti à RunKeeper, appli qui vous accompagne pendant votre jogging :

«  Je l’utilise dans le cadre de ma préparation physique d’avant-saison de handball pour coller au mieux au programme fourni par le coach. A raison de trois fois par semaine. Cela me permet donc de respecter les séances prévues mais également de suivre mes progressions et l’amélioration de mes performances.  »

Elodie, de son côté, utilise l’appli Runstatic (qui géolocalise le porteur) pour ses deux footings hebdomadaires  :

«  Cela me permet de suivre mon parcours sur une carte, de savoir combien de kilomètres j’ai parcouru, à quelle vitesse et de pouvoir identifier les passages où j’ai eu le plus de difficultés.  »

« C’est une manière de m’auto-féliciter »

Mais ce qui en convainc beaucoup, c’est surtout ce «  coup de pouce  » à la volonté, cette discipline imposée qui permet garder le cap. En première ligne, les personnes qui cherchent à mieux surveiller leur ligne. Cela passe généralement par un compteur de calories consommées.

Jeanne, par exemple, utilise MyFitnessPal, une appli qui revendique avoir aidé 65 millions de personnes à perdre du poids.

«  Elle me sert à calculer les calories ingurgitées à chaque repas et calculer mes dépenses énergétiques à chaque activité. A chaque repas, je scanne chacun des aliments présents dans mon assiette afin de contrôler mon objectif calories quotidien.  »

Elodie, en plus d’utiliser Runstatic pour le sport, porte au quotidien, depuis six mois, un bracelet Fitbit qui mesure le nombre de pas, l’activité, les calories consommées et le sommeil :

«  L’utilisation de ces objets connectés est une manière pour moi de mieux écouter mon corps, de l’auto-analyser. Je le vois comme un “shadow” : ça me motive à sortir bouger les jours où je suis restée enfermée au bureau avec peu d’activité, et inversement, c’est une manière de m’auto-féliciter quand j’ai bien bougé.  »

Tous accros : la parano des courbes

Par «  shadow  », il faut comprendre un assistant personnel, sorte d’ami qui vous veut du bien, présent voire omniprésent. A tel point qu’on ne pourrait plus s’en passer. Lorsqu’il est question d’un usage d’autosurveillance, les témoignages concordent généralement  : ces applis occupent une part très importante du quotidien, virant aisément à l’obsession.

Elodie ne se pense pas «  accro  ». Elle n’en consulte pas moins ses stats «  quatre à cinq fois par jour  ». Julie, qui suit un régime avec l’application de Weight Watchers, confirme être plutôt satisfaite, mais ne dissimule pas les effets secondaires  :

«  Si j’ai téléchargé cette application, c’est avant tout pour son côté pratique, mais je dois avouer que j’ai rapidement pris la mauvaise habitude de tout calculer. De plus, l’application (intelligente) envoie directement sur l’écran d’accueil du téléphone un message pour qu’on n’oublie pas de comptabiliser nos points à l’heure de chaque repas ! Je ne sais pas si on peut dire que j’ai été “accro”, mais en tout cas, un peu obsédée ça c’est certain !  »

« Je suis devenue esclave de l’application »

Jeanne, adepte de MyFitnessPal, raconte sans détour  :

«  Je scanne tout et je saoule mes proches en scannant la moindre barre chocolatée qu’ils viendraient à manger. J’ai perdu un peu de poids mais je suis surtout devenue obsédée par les calories et par l’appli que je ne peux plus supprimer.

Ce que je qualifierais d’oppressant serait plutôt le fait que je suis devenue esclave de l’application, j’en ai conscience et pourtant je ne peux pas arrêter. Chaque jour, à chaque repas, où que je sois, je sors mon téléphone dès que j’ai avalé un aliment pour le scanner.

Au début c’était rigolo, c’était comme un jeu et puis je me suis mise à scanner mes aliments au restaurant, au travail, en famille... C’est devenu une drogue.  »

Marion, qui surveille aussi ses calories avec un compteur, y va de son analyse  :

«  Je pense que ce genre d’appli flatte surtout l’ego des utilisateurs  : montrer ses performances à ses potes, famille, les relayer sur les réseaux sociaux... Elles ont un côté gratifiant et valorisant dans une société où l’on cherche de plus en plus à “s’afficher”, à montrer à tous nos amis virtuels à quel point notre vie est top (photos, géolocalisation dans des endroits cool, performances sportives, etc.) et ce afin de se “rassurer”.  »

Partager ses stats sur Facebook et Twitter

La «  génération selfie  », dont on nous rabâche le narcissisme numérique, aurait donc trouvé un nouveau moyen de s’afficher. Car la plupart des applis de «  quantified-self  » incorporent des options «  sociales  », soit en réseau fermé entre les membres, soit en partageant directement ses «  courbes  » sur les réseaux rois comme Facebook. Un partage pourtant fortement déconseillé par la (Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil).

Norbert, qui utilise la montre GPS Forerunner, peut ainsi suivre en direct le parcours et les performances de ses amis. Même chose pour Julien, sportif également et adepte de Runstatic, qui admet partager parfois ses sessions sur Facebook ou Twitter «  pour motiver [ses] amis et [se] motiver lui-même  ».

Cette compétition entre amis prend vite une place importante dans les relations quotidiennes, explique Elodie  :

«  Régulièrement, je vais voir leur activité, leurs parcours de footing, etc. Et quand on se voit dans la vie réelle, on parle de nos performances : “J’ai vu que la semaine dernière, tu as fais tel parcours à telle vitesse.” On échange sur nos ressentis, par exemple sur le chemin emprunté (qualité du sol, dénivelé, exposition au soleil, difficultés). Et des amis me félicitent aussi parfois d’une belle performance qu’ils ont pu voir sur mon actu.

Au-delà de ça, quand parfois j’ai la flemme, il y a l’aspect “culpabilisation” de voir les autres réaliser des activités, donc je me motive en me disant : “Allez untel et untel ont fait 10 km hier, il faut que je me bouge et que je leur montre que moi aussi je peux le faire.”

Et inversement, parfois il y a le satisfecit de voir que l’on a fait mieux ou plus que les autres, comme une récompense de ses efforts.  »

«  Je ne voudrais pas que mes amis pensent que je me traine  », confesse encore Jeanne.

«  C’est donc parfois un peu stressant, car je suis sans cesse observée. Si je ne fais pas de sport, ça va l’indiquer, et on va me faire des remarques.  »

Vers un Big Brother des données de santé ?

De leur côté, les géants du Net ont clairement compris la manne que leur offre la dimension sociale de ces applis. Facebook ambitionne d’être à la pointe : le réseau social rachetait en avril l’appli de fitness Move pour l’incorporer à sa plateforme.

Emmanuel Gadenne, bien que fervent defenseur du « quantified-self », perçoit lui aussi le danger de cette opération  :

«  Il y a effectivement un risque dans la constitution d’un géant dans le domaine qui aurait accès à trop de données. Un système qui connaîtrait tout sur vous et vos amis serait une concentration effrayante, à connotation orwellienne.  »

Une centralisation qui se veut discrète, pour le moment, afin de ne pas affoler les utilisateurs. Maité utilise l’appli Moves avec une ambition «  écocitoyenne  », pour mieux rationaliser et comprendre l’impact de ses modes de déplacement. Quand nous lui avons appris que la société appartenait à Facebook, elle est tombée des nues :

«  Je l’ai téléchargée début juillet et je n’ai pas fait attention à ça. J’avoue que j’ai hésité à cause du problème du “tracking” du quantify, mais je me suis dit que ces données m’appartenaient. Mais en fait, non…  »

Vos données analysées et marchandées

Visuel de Moves
Visuel de Moves - Moves

Non. Et non seulement ses données sont maintenant analysées par le géant des réseaux sociaux, mais ce dernier se réserve le droit de les partager ou les revendre à qui il souhaite.

Voici ce que Facebook dit  :

«  Pour fournir et soutenir les services que nous vous fournissons, les informations que nous collectons et que nous recevons peuvent être divulguées à des tiers. »

De son côté, Moves se réserve le droit de  :

«  partager des informations, y compris des informations qui vous permettent de vous identifier personnellement, avec nos associés et filiales (des entreprises qui font partie de notre groupe d’entreprises, ce qui inclut mais n’est pas limité à Facebook) pour aider à fournir, comprendre et améliorer nos services  ».

Vos données personnelles telles que votre identité, vos parcours, ce que vous mangez, votre forme physique pourront donc être vendues à des entreprises tierces. Mais ce n’est qu’une des nombreuses (et inquiétantes) perspectives qu’ouvre la popularisation du «  quantified-self  ».

Des perspectives pas vraiment réjouissantes

Le manque ou l’absence de validation médicale, pour commencer. Marine nous expliquait comment elle et sa mère avaient paniqué après qu’une appli d’analyse du sommeil a indiqué que cette dernière souffrait d’apnée du sommeil, chose démentie après rendez-vous chez le médecin.

La sécurité aussi, de nombreux spécialistes dénonçant la «  passoire  » que représente l’Internet des objets, proie de choix pour les hackers. Bruce Schneier, spécialiste en sécurité informatique, écrivait ainsi dans les colonnes de Wired qu’avec l’Internet des objets, si nous n’évoluions pas rapidement, nous « courrions au désastre ».

Le débat est également ouvert du côté des assurances, celles-ci voyant clairement leur avantage dans la collecte de données de santé pour mieux «  ajuster  » leur tarif en fonction de la santé de chacun. Comprendre  : vous fliquer au quotidien pour voir si vous avez une bonne hygiène, et faire payer plus cher sa couverture santé si vous n’êtes pas en forme, ou considéré comme une personne à risque. 

Rue89

 

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