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Pourquoi Facebook n'aime pas les gens qui n'aiment pas?

Publié par MaRichesse.Com sur 17 Décembre 2014, 05:13am

Catégories : #FACEBOOK, #RELATIONS, #INTERNET, #TECHNOLOGIE

Un bouton «dislike» irait à l'encontre de l'ADN de Facebook –et de ses intérêts économiques, même si Mark Zuckerberg ne veut pas l'admettre.

 

Pourquoi Facebook n'aime pas les gens qui n'aiment pas?

La première question posée à Mark Zuckerberg lors d’une séance de questions-réponses à Facebook la semaine dernière cherchait à savoir s’il avait déjà pensé à ajouter un bouton «je n’aime pas». Il n’a pas dit non. A la place, il a commencé sa réponse en disant, «on y réfléchit».

Laissez-moi essayer de traduire en gros ce que Zuckerberg voulait dire par là:

«Mais, oui, journalistes spécialisés dans les nouvelles technologies et présentateurs télé du monde entier, remplissez les ondes et Internet de80.000 articles sur mon entreprise en ce jour sans grosse actu de décembre.»

C’était, pour le dire autrement, une réponse maligne d’un point de vue publicitaire. Mais était-ce vrai? Est-ce que Facebook pense réellement à ajouter un bouton «je n’aime pas»?

La réponse courte est «non», pour des raisons profondément ancrées dans l’ADN de l’entreprise –des raisons que Mark Zuckerberg répugnerait à expliquer honnêtement. Mais la façon dont il a répondu à cette question est, de façon surprenante, révélatrice –et troublante, quand on pense qu’elle vient de l’homme qui est peut-être le plus influent des médias en ligne d’aujourd’hui. Elle aide aussi à expliquer pourquoi Facebook est bien plus fait pour les photos de bébés, les canulars viraux et la fausse bonne humeur que pour les discussions intelligentes sur l’actualité. 

 

Promis, c'est bon pour l'humanité

La réponse complète de Mark Zuckerberg est dans la vidéo ci-dessous, et ça vaut le coup de la regarder si vous voulez voir un milliardaire puissant tenter d’expliquer comment quelque chose qui est clairement intéressant économiquement pour son entreprise est en fait intéressant pour l’humanité en général.

Les propos-clés sont les suivants:

«Certaines personnes ont demandé un bouton dislike parce qu’elles veulent dire "ce truc n’est pas bien". Et ce n’est pas quelque chose que nous pensons bon pour le monde. Donc on ne va pas le construire.»

C’est une réponse plutôt claire, même si elle est assez peu sincère, comme je vais le montrer. Mais, tout d’abord, à quoi Facebook est-il en train de réfléchir, si ce n’est pas à un bouton «je n’aime pas», pour les gens qui n’aiment pas certaines choses? Zuckerberg ne l’a pas exactement dit, mais il a donné des indices.

Quand des gens partagent «des moments tristes de leur vie» ou des «choses culturellement ou socialement dures» sur Facebook, leurs amis ne se sentent pas toujours à l’aise avec l’idée d’appuyer sur «j’aime», a expliqué Zuckerberg. Face à ce problème, l’entreprise a exploré des manières pour ses utilisateurs de partager facilement des émotions comme la surprise, le rire, ou l’empathie.

Ceci est cohérent avec des articles qui ont déjà expliqué que Facebook a testé un bouton «je compatis», qui pourrait apparaître à la place du bouton «j’aime» sur les statuts tristes, énervés ou déprimés. Mais Zuckerberg a noté à la fin de sa réponse qu’ils n’avaient «pas quelque chose de prévu pour bientôt». C’est logique: les algorithmes de Facebook sont aujourd’hui assez intelligents pour différencier un statut joyeux d’un statut triste la plupart du temps, mais pas tout le temps (par ailleurs, il est tout à fait acceptable dans la plupart des cas d’appuyer sur le bouton «j’aime» quand votre intention est de compatir).

Un bouton «j'aime pas» nourrit moins l'algorithme de Facebook

Ce qui est vraiment intéressant, ce n’est pas la substance de la réponse de Zuckerberg, mais la façon dont il l’a justifiée.

Voilà ce qu’il n’a pas dit: un bouton «dislike» sur Facebook dissuaderait les gens de poster, aimer et partager aussi librement qu’ils le font pour l’instant. Pour une entreprise qui se spécialise dans les données comportementales de ses utilisateurs, plus de comportement est presque toujours mieux. Ses algorithmes sont optimisés pour l’«engagement», ce qui inclut des statuts, des likes, des clics, des partages et des commentaires. Facebook n’est en revanche pas optimisé pour l’honnêteté, l’échange d’idées, la pensée critique ou la vérité objective.

Voir les «j’aime pas» sur les statuts d’autres personnes pourrait vous dissuader de cliquer sur le bouton «j’aime» de ces statuts sans y réfléchir.

Voir des «j’aime pas» sur vos propres statuts pourrait vous faire réfléchir davantage à ce que vous partagez.

Dans tous les cas, c’est une barrière à l’«engagement» et, donc, un obstacle à la croissance de Facebook.

Et imaginez comment les marques qui permettent à Facebook de payer ses factures se sentiraient si elles voyaient des dizaines, centaines, dizaines de milliers de «j’aime pas» sur leurs statuts. Zuckerberg aurait beaucoup de réponses à donner à sa réunion suivante avec ses investisseurs.

Ce sont des raisons commerciales légitimes pour lesquelles Facebook continue de ne pas céder aux demandes d’un bouton «dislike», même s’il y a sûrement des moyens de les contourner (par exemple, l’option «j’aime pas» pourrait être désactivée sur les statuts de marques, et il pourrait y avoir une option permettant aux utilisateurs lambda de la désactiver sur des statuts particulièrement sensibles).

Espérons que Zuckerberg nous balade

Mais, encore une fois, ce ne sont pas les raisons que Zuckerberg a données dans sa séance de questions-réponses. Au lieu de dire pourquoi un tel bouton serait mauvais pour Facebook, il a insisté sur le fait que ce serait mauvais pour la société. Il a littéralement dit que donner aux utilisateurs de Facebook un moyen de ne pas approuver le contenu du site n’était «pas quelque chose que nous pensons bon pour le monde». Plus tard, il a dit que si Facebook ajoutait un jour des boutons pour d’autres émotions, l’entreprise devrait «trouver le moyen de le faire pour que ça soit une force pour le bien, pas une force pour le mal»J’ai hâte de voir les tests pour prouver ça.

Peut-être que Zuckerberg nous balade tout simplement. Il sait que tout ça est en fait lié aux intérêts financiers de Facebook, mais il comprend que ce serait perçu comme déplacé, donc il nous balance à la place des platitudes sur ce qui est bon pour le monde. Si c’est le cas, ça me va: personne ne s’attend vraiment à ce qu’un PDG soit totalement honnête quant aux motivations de son entreprise.

Mais il y a une possibilité plus inquiétante: d’une certaine manière, Zuckerberg croit vraiment à ce qu’il dit. Dans ce cas, deux options:

  • Il s’est tellement investi dans la mission de son entreprise «rendre le monde plus ouvert et connecté»– qu’il voit tout obstacle à sa croissance comme mauvais pour l’humanité. Ce genre de fausse identification entre ses propres intérêts et les intérêts du reste du monde peut mener à des excès de grandeur et à la conviction que la fin justifie les moyens. C’est assez banal dans la Silicon Valley.
  • Plus mondain, mais pas moins inquiétant: Zuckerberg n’arrive pas à apprécier les rôles critiques du conflit et du désaccord dans une société libre –il croit que nous irions tous mieux si nous ne pouvions pas exprimer de sentiments négatifs. «Si tu n’as rien de gentil à dire, ne dis rien» est un point de vue admirablement mature –pour un élève de CP. Chez un homme qui est peut-être la force la plus puissante des médias, c’est le contraire.

C’est important parce que Facebook est devenu le plus gros pourvoyeur de trafic vers les sites web d’actualité et d’opinion. Et parce que ses algorithmes ont plus d’influence sur ce que les gens voient que n’importe quel rédacteur en chef de la planète. Et parce que le bouton «j’aime» influence désormais non seulement la distribution de l’information, mais la façon dont elle est produite et anglée (tous les médias savent que des titres qui sont propices au partage sur Facebook vont probablement les aider).

Ça fait partie des raisons pour lesquelles, alors que Twitter s’enflammait au moment de Ferguson dans des débats sur le racisme, l’usage de la force, la militarisation de la police, et les droits des manifestants dans une démocratie, Facebook se noyait dans des «ice-bucket challenges». L’un de ces sites se voit comme un forum pour l’information et le commentaire en direct; l’autre pense que la meilleure alternative à un bouton «j’aime» pourrait bien être un bouton «câlin».

D’après Facebook, au moins 6.661 personnes aiment cette idée. Combien ne l’aiment pas? Nous ne le saurons jamais. 

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