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Ce génie du management qui avait prédit les dérives de la finance

Publié par MaRichesse.Com sur 6 Décembre 2014, 04:06am

Catégories : #ECONOMIE, #NEWS, #SCIENCE

Ce génie du management qui avait prédit les dérives de la finance

Peu connues en France, les théories de l’Autrichien Peter Drucker sont plus que jamais d’actualité. Le fondateur de la Peter Drucker Society Europe, Richard Straub, revient sur les idées humanistes de celui qui avait anticipé l’inquiétante financiarisation de nos économies.

Peter Drucker est au management ce que la Tour Eiffel est à Paris : un monument. Professeur, auteur de 39 livres, journaliste, philanthrope, inventeur du métier de consultant d’entreprise, du concept de « management par objectifs » ou encore « d’économie de la connaissance », il a profondément marqué la pensée contemporaine. Pourtant, cet Autrichien, né en 1909 de parents d’origine juive, émigré dans les années 30 aux Etats-Unis pour fuir le nazisme, est relativement méconnu en Europe. Pour y remédier, Richard Straub, un ancien cadre d’IBM, a fondé une société qui porte son nom. Tous les ans depuis 2008, la Peter Drucker Society Europe organise au mois de novembre une conférence internationale à Vienne. Sorte de « mini Davos » du management, l’événement réunit de grands patrons ainsi que les meilleures professeurs d’école de commerce au monde. Richard Straub, Autrichien lui aussi, explique ici l’immense héritage laissé par son illustre compatriote et comment s’en inspirer.

Capital.fr : Qui était Peter Drucker ?
Richard Straub : Beaucoup de gens disent de lui qu’il a inventé le management moderne. Je m’inscris en faux : ce n’est pas vrai. Il a juste réuni différentes disciplines au sein d’une approche systémique. Il voyait le management comme un ensemble cohérent empruntant à la philosophie, la psychologie, la sociologie, l’économie, l’histoire, la politique ou encore la religion. En ce sens, il fut un précurseur. Il a aussi prédit bon nombre de transformations de nos sociétés, et notamment le passage d’une économie industrialisée à une économie de la connaissance. Avant, avait-t-il remarqué, c’est le capital était la ressource la plus rare; aujourd’hui, c’est le savoir qui vaut de l’or. Ce n’est que l’une de ses extraordinaires intuitions.

Capital.fr : Peter Drucker est en effet reconnu pour la justesse de ses opinions. A votre avis, que penserait-il de notre monde en 2014 ?
Richard Straub : Il serait très préoccupé par la financiarisation de l’économie, un phénomène qu’il avait déjà dénoncé dans les années 80, et qui n’a eu de cesse d’empirer. Le management a totalement perdu pied avec la réalité de la société. Il a succombé au diktat de l’argent. Regardez ce qui se passe sur les marchés : Wall Street n’a jamais été aussi prospère, et pendant ce temps là, le chômage des jeunes atteint des records, la paupérisation gagne du terrain, la pression qui pèse sur les travailleurs augmente... Le monde semble avoir été scindé en deux, mais ce n’est ni une loi de la Nature, ni un fait de Dieu ! C’est à la fois de la faute et du ressort de l’Homme.

Capital.fr : Peter Drucker était donc un optimiste ? 
Richard Straub : C’est exact. Il pensait que le potentiel humain est illimité, et que les nouvelles technologies, notamment, représentent une formidable opportunité de décupler ce potentiel. Nous sommes très pessimistes dans nos vieux pays développés, mais regardez ce qui se passe dans certains pays émergents d’Afrique ou d’Asie, comme l’Inde : ils voient le numérique comme une nouvelle manière de résoudre leurs problèmes ! Comment la technologie, qui évolue à une vitesse absolument vertigineuse et inédite, peut-elle se mettre au service de l’Humanité ? C’est un défi que Peter Drucker aurait certainement adressé aux managers. Ce sera d’ailleurs le thème du prochain Global Peter Drucker Forum, qui se tiendra les 5 et 6 novembre 2015 à Vienne.

 

Capital.fr : De qui s’est-il inspiré ?
Richard Straub : Peter Drucker avait un problème avec la macro-économie classique : il la trouvait trop abstraite avec ses ratios, ses agrégats et ses prévisions. Le seul économiste qui l’inspirait était Schumpeter, parce que Schumpeter – un Autrichien, comme lui -, avait placé l’entrepreneuriat au cœur de son système. Comme lui, Peter Drucker était persuadé que ce sont les êtres humains, au final, qui font la différence. Mais attention, ce n’était pas un utopiste pour autant : il était convaincu que la première responsabilité de l’entreprise consiste à prospérer pour permettre à ses salariés de se développer et contribuer au bien-être de la société. 

Capital.fr : Pourquoi Peter Drucker souffre-t-il d’un déficit de notoriété en France, en tous cas auprès des jeunes générations ?
Richard Straub : Parce qu’il est snobé par les écoles de commerce et les universités. Ces dernières ne l’ont jamais considéré comme un des leurs, à savoir un chercheur utilisant des méthodes scientifiques pour valider telle ou telle hypothèse. C’est vrai que Peter Drucker n’a quasiment jamais publié dans les revues scientifiques de premier ordre ; il n’avait que faire des équations, des statistiques, des maths compliquées, car le management n’est pas une science exacte, c’est absurde ! La force de Peter Drucker, c’était précisément d’avoir compris cela. Il ne compartimentait pas les disciplines comme le font la plupart des chercheurs d’écoles de commerce. Il cherchait toujours à mettre les choses en perspective.

Capital.fr : Où Peter Drucker est-il le plus connu ?
Richard Straub : Peter Drucker a une popularité record au Japon, où il est beaucoup intervenu en tant que consultant après la deuxième guerre mondiale. Il jouit aussi d’une bonne notoriété aux Etats-Unis, où il a vécu plus de 60 ans. Etonnamment, il est largement ignoré des Européens, qui n’ont pas compris que Peter Drucker était fondamentalement un penseur européen. Aujourd’hui, nos écoles de commerce feraient bien de s’en inspirer, plutôt que de copier tout ce que font les universités américaines. 

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