Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Marichesse.com

Marichesse.com

Conseils, science, sante et bien-être


Service civique : mec, on s’en fout de la République, on veut juste manger

Publié par MaRichesse.Com sur 16 Novembre 2014, 12:04pm

Catégories : #ECONOMIE, #FRANCE, #INSOLITE

Service civique : mec, on s’en fout de la République, on veut juste manger

Je l’avoue, je n’ai pas regardé l’intervention de François Hollande à la télé la semaine dernière ; je n’ai pas la télé, et je n’ai pas la motivation pour la regarder en « replay » après la journée de travail. Après tout, l’essentiel à retenir est toujours relayé sur les réseaux sociaux.

Une chose a retenu mon attention : le mec a parlé du service civique. Un terme que j’utilise très régulièrement au boulot (je travaille dans une association d’éducation populaire) et dans mon entourage (j’ai 25 ans). Génération « dispositifs d’insertions », je suis entouré d’un amas de galériens sur­diplômés qui se tournent, avant leurs 26 ans, vers ce dispositif. 

Dans mon association, il y en a toujours deux ou trois par an. Et dans les autres associations avec qui je bosse, il y a très souvent des jeunes qui débarquent grâce au service civique. Franchement, des mecs et des nanas qui sont ou ont été en volontariat, j’en connais plus de vingt. Moi-même, j’ai été en service civique. Toute cette tirade pour légitimer mon propos à venir.

En se baladant sur le site du service civique, on tombe sur ce genre de démagogie :

« En accomplissant une mission de service civique, vous aurez la possibilité de recevoir et de transmettre le sens des valeurs républicaines et de contribuer au renforcement du lien social. »

Le sens des valeurs républicaines ? Pardon ? T’exagérerais pas un petit peu ? On est la fierté de la nation aussi, non ?

 

Signé par dépit

En réalité, pour moi, le service civique est majoritairement signé par dépit. Je ne vais pas m’avancer dans des chiffres ou des pourcentages, je n’ai pas fait d’étude poussée sur la question. Je parle de ressenti, de ce que je vois autour de moi.

Le nouveau dans mon bureau, K., sort d’un master développement des publics de la culture, et il va s’occuper de la communication de notre association. On a une amie en commun, qui sort du même master. Elle a signé dans une association qui forme à la vidéo. Pareil, elle va gérer le site internet. Pas de poste, pas de possibilité. Ils se sont tournés vers « le volontariat ». Et ils sont contents.

Sur le papier, le service civique s’adressait essentiellement aux jeunes peu diplômés, pour leurs ouvrir les portes de milieux qu’ils ignoraient, pour leur donner envie de se former... Dans les faits, la grosse majorité des volontaires que je connais ont un master, attendent de repasser le concours de prof, ne trouvent pas de travail dans l’événementiel, dans la communication...

 

Un peu de sous

Pour eux, c’est l’occasion de faire une sorte de stage rémunéré, c’est l’opportunité de toucher un peu de sous (environ 570 euros) quand ils n’ont pas le droit au chômage, et c’est surtout le moyen de ne pas avoir une période de creux dans leur CV.

Je ne veux pas donner l’impression que c’est un dispositif merdique. Compte tenu de la situation du marché de l’emploi, c’est mieux que rien. Et en fonction des lieux de volontariat, ça peut être une expérience vraiment enrichissante.

Après, il faut avouer que pour les étudiants qui sortent d’une longue, voire très longue période de scolarisation valorisée par un diplôme de haut niveau, ça doit être un peu frustrant de se retrouver volontaire et d’être si peu payé. Bienvenue au XXIe siècle.

 

La chaîne de l’hypocrisie

Mais le service civique pose un autre problème : il a tendance à devenir nécessaire à la survie de certaines structures, qui y voient l’opportunité de peu embaucher, et de faire tourner leurs boutiques grâce à cette main-d’œuvre très qualifiée, et qui ne leur coûte pas un centime.

La chaîne de l’hypocrisie est tellement drôle : l’Etat paye des jeunes pour qu’ils aillent jouer aux volontaires dans des associations qui ont besoin d’un coup de main pour fonctionner. Et après on entend le chef de cet Etat parler de ces jeunes, motivés, selon lui, pour donner de leur temps à la société.

Mec, on s’en fout de la société, on veut manger et boire des bières.

Pardon, je m’emporte. 

 

Un disposition qui a muté

Les missions des jeunes sont censées être indépendantes au fonctionnement de la structure. Mais concrètement, chez moi, on galère sans les services civiques. On a besoin d’eux pour la communication, pour gérer le site internet, pour intervenir dans des collèges. Et j’ai des potes qui, concrètement, « gèrent » ni plus ni moins l’asso’ dans laquelle ils sont volontaires.

J’ai l’impression que le gouvernement met en place un dispositif, qui est décrit sur le papier comme quelque chose de citoyen, où on utilise plein de mots qui sonnent bien mais qui ne veulent strictement rien dire, comme « lien social », ou « participation citoyenne », ou « au service de la collectivité ».

Et puis le dispositif mute, il est contourné, et les acteurs de ce dispositif oublient l’essence originelle de celui­-ci, mais font des bilans en utilisant la même langue de bois que les garants du cadre (ici, l’Etat), et tout le monde est content.

Les associations se satisfont alors du peu de financement public parce que l’Etat a fermé les yeux sur leurs pratiques « borderline ».

Et les jeunes sont contents aussi, parce qu’ils signent des contrats de volontariat et ne sont plus au chômage. Ils intègrent plus facilement le fait que le marché du travail est saturé, ils acceptent, parce qu’il ne font pas rien, et que ça leur redonne de l’espoir.

 

J’aimerais que le patron nous dise...

Le service civique tend à s’imposer, à en écouter mon entourage, comme une étape dans une carrière, entre le stage de fin d’étude et le premier contrat aidé.

Alors quand j’entends François nous dire qu’il veut créer un service civique plus court, non rémunéré, et pourquoi pas obligatoire, je me dis qu’ils n’ont vraiment rien compris là-haut. Il parle de volontaires, comme si les jeunes l’étaient vraiment ; il parle d’actes citoyens au lieu de parler d’expérience professionnelle ; il parle de jeunes qui ont du temps à donner au lieu de parler des jeunes qui veulent à tout prix un peu d’argent et un meilleur CV.

Si le marché du travail était différent, tu verrais que la plupart de tes jeunes volontaires qui ont du temps à donner à la société iraient bosser ailleurs et s’en balanceraient pas mal des valeurs républicaines. Le service civique n’est sûrement pas le symbole de la solidarité des jeunes.

J’ai conscience que rien ne changera de sitôt pour l’accès à l’emploi, je n’ai pas l’espoir qu’un nouveau dispositif vienne sauver la jeunesse chômeuse, mais j’aimerais bien, de temps en temps, qu’un peu d’honnêteté sur la situation, aussi déprimante soit-­elle, vienne chasser la langue de bois. Et qu’au lieu de vouloir réformer dans tous les sens un dispositif « mieux que rien », le patron du système nous dise :

« Bon. Le service civique n’était pas fait pour ça à la base, j’avoue. J’essaie de trouver un autre moyen pour donner du boulot aux jeunes, mais c’est chiant, il n’y a pas grand-chose.

Je sais que les associations prennent souvent des jeunes pour leurs compétences plus que pour leur donner une chance. Je sais aussi qu’elles n’ont pas trop le choix parce qu’elles ont du mal à joindre les deux bouts.

Je ne sais pas quoi vous dire, c’est un peu la merde quand même. »

Source

 

Commenter cet article

Archives