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Sage-femme : 5 ans d'études, 1 600 euros par mois, 12 heures par jour, et un statut de "paramédical"

Publié par MaRichesse.Com sur 23 Novembre 2014, 08:46am

Catégories : #SANTE-BIEN-ETRE, #GROSSESSE, #NEWS

Sage-femme : 5 ans d'études, 1 600 euros par mois, 12 heures par jour, et un statut de "paramédical"

C'est alors qu'elle était elle-même enceinte de son premier enfant que Noémie Burgard a voulu devenir sage-femme. "J'ai eu un flash sur cette profession. C'était ça le vrai métier, au cœur de la vie." Et voici que cette jeune maman décide, avec le soutien de son compagnon, d'envoyer balader son travail dans un cabinet de conseil en stratégie pour entamer sa première année de médecine. Diplômée en juillet 2014, à 36 ans, Noémie Burgard occupe un poste à la maternité de l'hôpital Louis-Mourier, à Colombes, dans les Hauts-de-Seine.

Sa reconversion se double d'un combat pour défendre une profession qui risque, selon elle, de disparaître. "Rebelle dans l'âme", Noémie Burgard est entrée "très vite" dans le mouvement des sages-femmes entamé en octobre 2013. Elle était encore étudiante.

Considérées comme les paramédicaux

Cela fait maintenant plus d'un an que le Collectif des sages-femmes réclame la reconnaissance de leur statut médical. Le Code de santé publique a beau les placer sur un pied d'égalité avec les pharmaciens, les médecins et les dentistes, dans les faits, elles restent considérées comme personnel paramédical à l'hôpital, avec une grille salariale paramédicale. Le collectif des sages-femmes a donc lancé une grève illimitée le 16 octobre 2013.

Noémie Burgard a participé à la grève. Même si, à la maternité de Louis-Mourier, le climat est plutôt positif :

Ici, les sages-femmes sont considérées comme de vraies professionnelles, avec des médecins qui nous font confiance. Ensemble, nous formons une vraie équipe. Ça peut sembler paradoxal car c'est aussi ici que nous sommes particulièrement revendicatrices."

"En fait, le public ne comprend même pas notre combat", reprend Noémie Burgard, le ventre arrondi par sa seconde grossesse. "C'est tellement logique que les gens pensent que nous avons déjà ce que nous demandons : le code de santé publique dit que nous sommes une profession médicale comme les autres. Mais nous sommes gérés comme les paramédicaux. Nous sommes coincées dans notre statut, sans aucun accès à la recherche. On ne peut pas être praticien hospitalier, on ne peut pas être professeur à l'université."

Un an de grève pour rien ?

Au bout d'un an, les sages-femmes restent mobilisées mais le mouvement s'essouffle. Un an de sit-in, de manifestations, de négociations, sans aucune avancée majeure. Ecœurées, beaucoup n'y croient plus. En mars dernier, la ministre de la Santé, Marisol Touraine a bien annoncé la création d'un statut médical à l'hôpital, à l'intérieur de la Fonction publique. Mais le Collectif réclame justement de pouvoir quitter la Fonction publique.

"A part cette annonce fumeuse, nous n'avons rien obtenu", reprend Noémie Burgard. "Marisol Touraine dit seulement qu'on n'est pas médecins. Rien sur la reconnaissance de nos compétences, rien sur notre autonomie. Le droit de prescrire, on l'avait déjà et la ministre a fait croire qu'on avait obtenu quelque chose."

C'est un peu comme si elle s'était dit : 'Ces 17.000 connes qui m'emmerdent, on va leur fermer le clapet en leur faisant croire qu'elles ont eu ce qu'elles voulaient alors qu'elles n'ont rien'."
Soit la ministre n'a rien compris, soit elle pense que c'est nous les idiotes. Un an de grève, c'est éreintant et en plus, c'est difficile à tenir avec un petit salaire. En plus, comme nous étions réquisitionnées et obligées de faire notre boulot, les gens ne voyaient pas la différence."

L'urgence et l'émotion

Une sage-femme prend en charge le suivi de la grossesse, de l'accouchement, ainsi que le suivi de la mère et de l'enfant après l'accouchement. Le relationnel avec les parents joue un rôle essentiel. La profession est ouverte aux hommes en 1982 mais reste très majoritairement féminine (à 98%). Depuis 2009, le travail de la sage-femme ne se limite plus aux soins liés à la grossesse et à l'accouchement, elle peut aussi assurer le suivi gynécologique des patientes, même en dehors des grossesses : prescription de contraceptif, pose de stérilet, dépistage du cancer du sein ou du col de l'utérus... 

Je ne parle pas de vocation parce que ça fait bonne sœur et cela justifie une paie minable. Sage-femme reste d'abord une profession mais qui réclame de la passion, de l'amour des gens. Nous sommes au cœur d'un moment charnière dans leur vie. Et la sage-femme se trouve souvent associé à la première image d'une nouvelle essentielle, qu'elle soit bonne ou mauvaise. Il y a à la fois de l'urgence et de l'inconnu. Nous sommes en plein dans l'émotion tout en devant garder notre sang-froid. On ne sait jamais comment ça va se passer mais on doit être là."

1.600 euros net par mois

Les conditions de travail sont souvent difficiles. De plus, les sages-femmes, comme les autres professions médicales, sont responsables de leurs prescriptions et de leurs actes, et donc pénalement responsables. A leurs débuts dans le public, elles gagnent 1.600 euros net par mois. Un salaire qui ne dépasse pas 2.800 euros en fin de carrière. Sans oublier les gardes de nuits et les horaires irréguliers:

Nos conditions de travail deviennent inacceptables. On fait 8h-20h un jour et 20h-8h le lendemain. Et dans les faits, c'est toujours plus, avec jusqu'à 14 patientes pendant une garde. Il arrive qu'une sage-femme se retrouve avec trois accouchements en même temps. Avant, pendant une garde, on avait le temps de manger, aujourd'hui, on n'a même plus le temps de faire pipi. Cette gestion est folle, on en arrive à des situations absurdes : 'Bonjour, on ne se connaît pas, je vais vous accoucher'. Et tout ça pour 1.600 euros par mois".

Des sages-femmes pas toutes d'accord

Cette année de mouvement a fait poindre des divergences dans les revendications des sages-femmes. Au printemps, l'intersyndicale CGT, CFDT, FO, Unsa et SUD a vu des avancées dans les annonces de la ministre de la Santé. Le collectif, lui, reste sur sa demande d'autonomie et de sortie de la fonction publique.

Il est clair que les syndicats classiques ne demandent pas la même chose que nous", commente Noémie Burgard. "Ils agitent la perte des 35h. Et puis, en fonction des âges, nous n'avons pas toutes la même formation : entre trois ans de formation pour les anciennes et cinq ans avec la première année de médecine pour nous. Un changement de statut inquiète celles qui approchent de la retraite."

"S'il faut repartir au combat..."

La grogne des sages-femmes se dilue dans les difficultés rencontrées par l'ensemble des professions de santé. Le combat des infirmières est venu s'y ajouter. Le collectif attend maintenant de voir ce que dira réellement la future loi Santé promise par Marisol Touraine.

Les infirmières subissent, comme nous. Avec des rythmes de plus en plus fous et des contraintes de rentabilité, toutes les professions de santé se trouvent en souffrance, reconnaît Noémie Burgard. "Cela rend les choses d'autant plus difficiles pour se faire entendre. On ne veut pas quelque chose au détriment des autres. Nous voulons juste être reconnues."

"Nos revendications n'ont pas changé. S'il faut repartir au combat, on y retournera", assure la sage-femme. "Ce serait tellement idiot de tuer cette profession. Si rien ne change, aucun jeune ne voudra faire autant d'études pour si peu. Quel gâchis !" 

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