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Conseils, science, sante et bien-être


Pour vos yeux, le papier peut être plus nocif qu’un écran

Publié par MaRichesse.Com sur 16 Novembre 2014, 22:41pm

Catégories : #SANTE-BIEN-ETRE, #NEWS

Pour vos yeux, le papier peut être plus nocif qu’un écran

Devez-vous interdire la 3D à vos enfants ? Dans un rapport de 132 pages, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) déconseille son usage aux enfants de moins de 6 ans » et le suggère « modéré pour les moins de 13 ans ».

Pour arriver à cette préconisation, l’agence s’est « autosaisie » car :

« Ces dix dernières années ont vu le développement rapide de nouvelles technologies audiovisuelles en 3D. [...] Les produits proposés utilisent des procédés qui n’impliquent plus nécessairement le port de lunettes spéciales, facilitant ainsi un large accès à ces technologies. Les systèmes audiovisuels en 3D trouvent aujourd’hui des applications aussi bien dans les secteurs domestiques que professionnels. »

 

On connaît déjà cette histoire, non ?

Ces conseils sont fondés sur la lecture de la « littérature scientifique disponible », apprend-on dans le rapport.

Mais en le découvrant, nous nous sommes interrogés. N’avez-vous pas, vous aussi, la sensation d’avoir déjà entendu mille fois cette histoire ? Les ordinateurs, les télévisions et tous les écrans en général seraient les ennemis de nos yeux.

Pour la 3D, « l’effet le plus important » et craint par l’Anses est « la fatigue visuelle » (picotements, yeux rouges, maux de tête). Or, c’est exactement ce que l’on reproche déjà à l’ordinateur. Ça a même un nom : le « Computer Vision Syndrome » (syndrome de la vision par ordinateur).

Dans la plupart des articles publiés sur le sujet, les ophtalmos interviewés ne pensent pas l’ordinateur nocif pour les yeux. Xavier Subirana, vice-président du Syndicat national des ophtalmologistes de France, écrit sur Atlantico :

« Les anomalies oculaires telles que l’hypermétropie, la myopie, l’astigmatisme ou encore l’insuffisance de convergence ne sont pas engendrées par l’utilisation prolongée de l’ordinateur, ce dernier fait plutôt effet de révélateur de certains troubles visuels déjà existants. »

 

La « vieille phobie de l’écran » d’ordinateur

Joint au téléphone, Gilles Renard, directeur scientifique de la Société française d’ophtalmologie, professeur des universités, tient sensiblement le même discours. Il parle d’un « serpent de mer », « une vieille phobie de l’écran » d’ordinateur qui, pour lui, n’est justifiée que par l’aspect addictif de l’écran :

« Si vous mettez un écran dans une classe de primaire, tous les gosses seront scotchés. C’est un vieux réflexe, celui du chasseur cueilleur : tout ce qui bouge attire. Et c’est vrai que le papier ne génère pas cette addiction. »

Il rappelle aussi que ce n’est finalement pas l’œil qui fatigue, mais le cerveau :

« L’œil n’est qu’une caméra vidéo qui transmet des images au cerveau, c’est lui qui ensuite fusionne les images fixes. »

Gilles Renard est formel : comparé à d’autres, l’écran d’ordinateur est plutôt « non toxique », beaucoup moins en tout cas que celui de la télévision.

Tout le problème est donc plutôt de ne pas passer trop de temps devant un écran plutôt que de l’interdire. Pour un ordinateur, l’ophtalmologue conseille de faire une pause toutes les heures d’au moins trois minutes ou de fermer les yeux.

 

Le papier peut être plus nocif qu’un écran

Il ajoute même que du papier peut être plus nocif, lu, dans de mauvaises conditions :

« Si vous lisez une belle revue avec du papier glacé et des reflets de lumière partout, vous fatiguerez plus vite que que devant un ordinateur bien utilisé. [...] Un écran c’est bien plus facile à moduler que du papier. Vous pouvez changer :

  • sa luminosité ;
  • son contraste ;
  • sa colorimétrie ;
  • son orientation ;
  • sa disposition ;
  • et même la taille des caractères.

On utilise les ordinateurs pour éduquer les malvoyants c’est donc tout à fait absurde de penser qu’ils pourraient abîmer la vue. »

Pourquoi, alors, l’agence s’est-elle autosaisie des problèmes de la 3D pour les enfants ? Dominique Brémond-Gignac, professeure d’ophtalmologie au CHU d’Amiens, est membre du groupe de travail qui a travaillé sur le rapport. Jointe au téléphone, elle explique :

« L’agence se saisit quand elle estime avoir à faire à des problèmes de santé publique. Elle réfléchit, fonde ses rapports sur une recherche bibliographique, observe ce qui se fait dans d’autres pays. »

Gilles Renard, lui, ne voit pas l’intérêt de la préconisation de l’Anses :

« Chez l’enfant, la vision binoculaire s’installe entre 0 et 2 ans. Si à deux ans elle n’est pas développée, c’est qu’il y a un problème pathologique. Mais à partir de 2 ans, le système visuel est déjà en place... Vous connaissez beaucoup d’enfants, vous, qui regardent de la 3D entre 0 et 2 ans ? »

 

« Je n’ai pas d’étude formelle à vous citer »

Dominique Brémond-Gignac dit elle qu’il n’y a « pas que la vision binoculaire », mais aussi des problèmes de strabisme, de correction optique. Elle ajoute que la vision de l’enfant se développe jusqu’à ses 13 ans, tout en concédant :

« Certes, je n’ai pas d’étude formelle à vous citer, mais au vu de tout ce qu’on a lu, voilà ce qu’on conseille. Et en santé, il n’y a jamais d’étude définitive. »

Elle rappelle que les conseils de l’Anses sont des recommandations, pas des des interdictions, et reconnaît clairement qu’il s’agit là d’un principe de précaution :

« Certes, certains enfants vont s’adapter. Tout le monde n’a pas de maux de tête face aux écrans. Mais d’autres, qui ont une fragilité naturelle, ne vont pas s’adapter. Nous ne sommes pas égaux. Notre rôle est de mettre en garde. »

Une mise en garde qui a le don d’agacer Gilles Renard :

« On ne sème pas la panique comme ça. »

 

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