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Notorious B.I.G. fait vraiment partie des plus grands

Publié par MaRichesse.Com sur 6 Novembre 2014, 03:54am

Catégories : #VIDEO, #PEOPLE, #NEWS

Notorious B.I.G. fait vraiment partie des plus grands

Il y a les Beatles, Bob Dylan et aussi Biggie Smalls.

Un grand nombre d’œuvres se terminent par un suicide, d’Anna Karenine à Sergent Pepper’s Lonely Heart Club Band en passant par Thelma et Louise, mais il faut une certaine audace pour la terminer par une dernière note de suicidé. Suicidals Thoughts, la dernière chanson du premier album fracassant de Notorious B.I.G., Ready To Die, prend la forme d’une confession de deux minutes qui se solde par la détonation d’une arme que l’auteur retourne contre lui.

 

 

 

Cette chanson termine un album dont transpire une véritable obsession de la mort et qui ne lésine pas sur les transgressions morales. Ses premiers mots –«when  I die, fuck it I wanna go to hell / cause I’m a piece of shit it ain’t hard to fuckin’ tell» (« Quand je mourrai, je veux aller en enfer, putain/parce que je suis un tas de merde, ça c’est certain)– semblent annoncer la production musicale la plus déprimante de l’histoire humaine. Mais bientôt, l’humour noir fait son apparition («It don’t make sense going to heaven with the goodie-goodies / Dressed in white, I like black Timbs, and black hoodies» –«Ça n’aurait pas de sens d’aller au paradis avec les beni-oui-oui / vêtu de blanc, je préfère les Timberland noires et les sweat à capuches noirs aussi»), suivie de vantardises de condamné («My baby momma kissed me but she’s glad I’m gone / She knows me and her sister had something going on» –«Ma meuf m’a embrassé, mais elle est bien contente que je meure / Elle sait bien que dans son dos, je me tape sa sœur»), avant d’aligner les références à New Jack City et à Beat Street. C’est triste, drôle, lugubre, brillant et puis ça se termine et la seule chose qui reste à faire, c’est de le remettre. 

 

Ready to Die est sorti il y a un peu plus de vingt ans et si, ces derniers temps, la culture hip-hop est un peu trop célébrée par le biais des anniversaires de ses différents albums mythiques, celui-ci est, c’est le cas de le dire, énorme. Ready to Die n’est sans doute pas le meilleur album de rap de tous les temps, et n’est d’ailleurs probablement pas même le meilleur album de rap de 1994. Il est un peu boursouflé, certains arrangements ont plutôt mal vieilli pour rester poli (saluons au passage cette boucle de synthé sur Big Poppa qui a permis à The Chronic de récupérer des royalties depuis 20 ans) et le travail de Sean Combs (aux manettes) est avec le temps, encore plus horripilant qu’il ne l’était déjà à l’époque, avec son côté légèrement somnambule.

Mais s’il n’est pas le meilleur, il est peut-être le plus important, ne serait-ce que parce que son auteur a transformé la musique comme aucun autre rappeur ne l’avait fait et ne l’a fait depuis.

Biggie Smalls a révolutionné le paysage du rap, en ne laissant derrière lui qu’un cratère, un vide impossible à combler, une plaie béante. Notorious B.I.G. est le plus grand rappeur de l’histoire de la même manière que Michael Jordan est le plus grand basketteur de l’histoire: certains pourraient naturellement arguer du contraire, mais il s’agit généralement de vieux snobs, d’incorrigibles chauvins ou de hipsters. 

 

Dix-sept ans après son meurtre, à l’âge de 24 ans, on peut le comparer à Miles, à Dylan, aux Beatles, à Aretha, à des artistes dont l’influence est si immense qu’elle s’apparente à une forme d’iconographie sonore fondamentale, la bande originale perpétuelle de toutes choses. Un monde sans KRS-One ou Ice Cube ou Jay-Z serait bien triste, mais un monde sans Biggie Smalls est tout simplement inimaginable. 

 

Christopher Wallace est né le 21 mai 1972 à Brooklyn, fils de Violetta Wallace et George Letore. De ce dernier, son fils ne saura pas grand-chose, car il abandonne rapidement sa mère. Les deux parents sont originaires de Jamaïque. «Big Chris» grandit à St. James Place, dans un quartier autrefois connu sous le nom de Bedford-Stuyvesant et, dès son adolescence, commence à vendre de la drogue. Après avoir passé neuf mois en prison à l’âge de 17 ans, il préfère se tourner vers la musique, sous le nom de «Biggie Smalls», surnom emprunté à un personnage du film Let’s Do It Again, avec Sidney Poitier et Bill Cosby; les ayants droit du film allaient bientôt le contraindre à changer de nom et à adopter celui de Notorious BIG.

Il réalise une démo avec un DJ du coin, Hit Man 50 Grand et qui a le bon goût de plaire à Mister Cee, arbitre des tendances, qui la fait passer à Matteo Capoluongo (Matty C), qui s’occupe alors de la rubrique Unsigned Hype, consacrée aux artistes pas encore signés, au sein du magazine The Source, rubrique qui cartonne. En mars 1992, le jeune Chris Wallace, alors âgé de 19 ans, se retrouve en photo dans les pages de ce journal très réputé.

«Venu tout droit de Brooklyn, le copain B-I-G envoie la sauce avec un talent de malade, dit l’article. Ses textes sont encore plus énormes que lui.»

Ces quelques lignes attirent l’attention d’un impresario en herbe, Sean «Puffy» Combs et au printemps 1993, un premier titre, Party and Bullshit fait partie de la bande originale du film Who’s the Man? de Doctor Dré (l'autre, pas Dr. Dre) et Ed Lover. 

Ce film tombe rapidement dans l’oubli, mais Party and Bullshit crédité sous le simple nom de BIG, fait sensation. Le hook de la chanson est une adaptation du classique de 1970, When The Revolution Comes des Last Poets, une prophétie flamboyante des révoltes urbaines et qui se termine par cette phrase:

«But until then you know and I know that niggers will party and bullshit and party and bullshit and party and bullshit … some might even die before the revolution comes.» («Mais avant ça, tu sais et je sais que les négros vont faire la fête et de la merde, la fête et de la merde, la fête et de la merde… et que certains mourront avant que la révolution n’arrive.»)

Biggie s’empara de la phrase pour en faire, de manière iconoclaste, un hymne de club, la défonce devenant un but en soi –une conscience altérée étant peut-être une conscience fausse, mais un conscience plus marrante: «I was a terror since the public school era / Bathroom passes, cutting classes, squeezing asses» («J’étais une terreur dès la primaire / je quittais la classe, séchais les cours, bottais les derrières»), dit-il de sa grosse voix dès les premiers vers de la chanson, et tout est déjà là: la menace, la malice, la fabrication du mythe, la parfaite convergence de la musique et du langage. («Terror» et «era» riment à la perfection avec son accent de Bedford-Stuyvesant). 

 

Quand Ready to Die sort enfin, le 13 septembre 1994, le buzz autour de l’album et de son auteur est déjà assourdissant; venant de Brooklyn, adoubé par un nombre toujours croissant d’artistes de référence, B.I.G. apparaît comme le digne successeur de la lignée des rois du rap de New York. Les premières chroniques sont élogieuses: The Source, avec son panache habituel, décrit l’album comme «une bombe débile et malsaine». Même Rolling Stone, pourtant rétif au rap, lui donne 4 étoiles.

Pour un premier album, Ready to Die est pourtant loin de s’aventurer en terra incognita. Les critiques louent l’ambivalence avec laquelle Biggie narre ses pérégrinations urbaines, mais les Geto Boys avec Mind Playing Tricks On Me avaient déjà arpenté le même bitume quelques années auparavant. 

Si les récits de Biggie sont on ne peut plus détaillés, ils ne le sont pas davantage que dans le It Was a Good Day de Ice Cube ou même de La Di Da Di, le classique de Slick Rick et Doug E. Fresh, sorti en 1985. Même le plus gros succès de l’album, Big Poppa, où l’auteur se pose en Casanova, n’a rien de particulièrement novateur –Heavy D avait lui-même travaillé sur ce même thème avec succès pour Uptown Records, sous la supervision, déjà, de Sean Combs.

Sauf que Ready to Die donnait à tout cela une ampleur inégalée et dans presque tous les cas, de bien meilleure facture. (Rien ne saurait toutefois dépasser Mind Playing Tricks On Me.) Comme son contemporain et compatriote Nas, Biggie était issu d’une génération nourrie au rap comme aucune autre ne l’avait été avant. 

 

Christopher Wallace avait grandi avec Run-DMC, Big Daddy Kane et Rakim, mais aussi avec d’autres artistes marginaux, comme Breakin’2Disorderlies ou Kwamé. La génération précédente avait grandi dans une période où le hip-hop était une sous-culture, mais la génération de Biggie avait grandi dans une période où le rap était entré dans la culture populaire, ce qui changeait tout. Il était parfaitement imprégné de ce style musical, n’ignorait rien de ses traditions qu’il entendait faire culminer. «Jamais vous n’auriez pensé que le hip-hop puisse atteindre un tel niveau, pas vrai?», avait-il un jour déclaré. Le niveau de qui? Le doute n’était pas tellement permis. 

 

Quand Ready to Die fut disque de platine, le MC le plus en vogue de New York devint soudainement une des plus grandes stars de la musique pop dans le monde. Malgré son grand succès, Ready to Die est pourtant un album extrêmement intime et l’un de ses aspects les plus innovants est certainement sa sentimentalité brute. Les morceaux sonnent souvent comme des confessions, mais toujours relevées par un flair dramatique.Things Done Changed et Me & My Bitch sonnent comme des lamentations mélancoliques sur une joie de vivre disparue, tandis que Respect va plus loin encore en s’ouvrant sur la naissance du rappeur, sorti du ventre de sa mère le cordon ombilical autour du cou, ce qui manqua de peu de causer sa mort: «Umbilical cord’s wrapped around my neck / I’m seeing my death and I ain’t even took my first step.»

Même dans ses passages les plus sombres –et peut être tout particulièrement dans ses moments les plus sombres– Ready to Die se positionne au croisement de l’histoire personnelle et de la mythologie personnelle.

Les textes de Biggie Smalls ont été souvent loués pour leur valeur documentaire –«ses paroles mélangent des détails autobiographiques concernant le crime et la violence, avec une grande honnêteté des sentiments», écrivait ainsi le New York Times fin 1994– mais comme la plupart des albums de pop music, Ready to Die est avant tout une œuvre imaginaire.

Cela est particulièrement criant dans Juicy, le premier single de l’album et sa chanson la plus connue.

L’histoire de Juicy est, à tout point de vue, une invention. Si le jeune Chris Wallace n’a certainement pas vécu dans l’opulence, il a tout de même grandi dans un trois pièces spacieux et sa mère, qui travaillait dur et lui fut très dévouée, avait, selon tous les témoignages (y compris le sien) littéralement pourri son fils –jouets, jeux vidéo, sorties aux fast-food– pour tenter de l’éloigner des trafics de stupéfiants qui étaient si répandus dans leur quartier. Il n’a jamais mangé de sardine dans un taudis et ses anniversaires étaient loin d’être abominables.

Mais une des choses les plus importantes de cette chanson, c’est qu’elle est sans doute une des meilleurs chansons de rap de l’histoire et peut-être la meilleure du répertoire américain sur le thème de l’accession à la notoriété en partant de rien, illustration parfaite de la «success story». 

Partant d’un sample brillant de Juicy Fruit, grand succès R&B de Mtume datant de 1983, la chanson est un cadre idéal pour permettre à B.I.G. de faire montre de tout son talent, son intelligence, ses racines new-yorkaises et son immense charisme de pop star. 

Les artistes auxquels il fait référence sont pour certains restés dans les mémoires et font encore mouche –Salt-N-PepaFunkmaster FlexDJ Marley Marl– mais même les références à d’autres gloires plus éphémères comme à l’émission Rap Attack de Mr. Magic, au World Famous Brucie B, au magazine Word Up!  ou à la chanson de Shawn Brown, Rappin’ Duke continuent de fonctionner. 

 

Ready to Die était un tour de force technique et créatif qui donna naissance à un des personnages les plus hauts en couleur des arts populaires américains: Le Notorious B.I.G. lui-même.

Ce personnage constituait une œuvre colossale, tant physiquement que psychologiquement, pouvant passer, en l’espace d’une minute, du sociopathe au sang froid à l’introverti rêveur, puis de Don Juan infatigable sexuellement au dépressif tragique, totalement anéanti par ses points faibles. Ce personnage s’inspire des expériences de Biggie, mais puise également aux sources de la Blaxploitation et des films noirs (au premier rang desquels The King of New York d’Abel Ferrara) personnifiant tout en la ridiculisant cette peur terrible qui faisait trembler les Etats-Unis au cours des années 1990, celle du délinquant juvénile ultra-violent et incontrôlable.

Biggie Smalls était terrifiant, hilarant, hargneux, dépravé, malin comme personne, terriblement sombre et abominablement cru. «Damn, what happened to the summertime cookouts? / Every time I turn around a nigga gettin’ took out» («Mais où sont passés les bon vieux barbecues d’été? / A chaque fois que je me pointe un negro se fait buter»), se lamentait-il, avant d’écrire, sur la chanson suivante: «I’ve been robbin’ motherfuckers since the slave ships» («Je dépouille des connards depuis l’arrivée des navires remplis d’esclaves») une phrase d’un tel mauvais goût qu’elle ne provoque que la sidération.

Mais surtout, le personnage était incroyablement attachant. Voilà bien le trait fondamental de Ready to Die: qu’un album concept aussi nihiliste et moralement ambivalent ait pu devenir un tel succès commercial, que des refrains comme «fuck the world / don’t ask me for shit» («j’encule la planète / Me faites pas chier» puissent sonner aussi entraînant que «we are the world / we are the children».

Ce mec semblait vouloir vous faire les poches (voire pire) et vous n’aviez qu’une seule envie, le laisser faire, tant il était le meilleur rappeur que vous ayez jamais entendu. Son magnétisme et sa virtuosité semblaient indiscociables, un talent immense pour la musique et le langage associé à un esprit acéré et une intelligence hors-normes. 

Prenez le troisième couplet de Everyday Struggle:

«I’m seeing body after body and our Mayor Giuliani / ain’t tryin’ to see no black man turn to John Gotti» («Je vois des cadavres s’accumuler et notre maire, Giuliani / Faire de son mieux pour qu’aucun black ne devienne le nouveau John Gotti»). Voilà des paroles aussi dérangeantes que drôles, directement inspirées des unes des journaux de l’époque, et prononcées avec un mélange de douceur dans les voyelles et de dureté dans les consonnes, qui sonnent comme des feux d’artifice ou des détonations.

Voyez encore ce passage de Warning:

«There’s gonna be a lot of slow singin’, and flower-bringin’ / if my burglar alarm starts ringin’» («Il va y avoir une bonne quantité de messes basses et de couronnes de fleurs / Si jamais résonne mon alarme anti-cambrioleurs») –jamais des menaces n’ont sonné aussi délicatement. 

 

Le rap est parfois décrit comme de la poésie –mais c’est pourtant de la musique. Il y a de la poésie dans le rap, comme dans le folk, le R&B ou l’opéra, où cette poésie existe avant d’être prononcée. Mais certaines paroles de rap ont la particularité de ne pas donner grand chose quand on les lit mais de prendre une tout autre ampleur quand elles sont dites: «Buck shots out the sun roof of Lexus coupes / Leave no witnesses, what you think this is?» par exemple, est en soi une phrase qui claque. Mais rien ne vaut la prononciation de «buck shots» (tirs de chevrotine) qui sonne comme une détonation, surtout quand elle l’est par une voix ressemblant à un mélange de Kool G Rap et Marlon Brando. 

«Roof» et «Coupes» sonnent étrangement bien ensemble, et «Witnesses» et «think it is» riment parfaitement ensemble (alors qu’ils ne le devraient pas). Voilà la marque de quelqu’un qui entend la musique du monde différemment du commun des mortels et qui la tord pour qu’elle sonne à nos oreilles comme elle sonne aux siennes –en d’autres termes: la marque d’un génie musical.

Des années après la sortie de Ready to Die, Combs rapportait à quel point il avait été, au départ, difficile de contraindre l’auteur à faire en sorte que son travail ressemble à une chanson:

«A la base, B.I.G. écrivait des textes incroyables, longs parfois de dix minutes, sans structure, sans refrain –il détruisait juste le micro qui, après son passage n’était plus qu’une machine fumante.»

1995 allait être l’année de Biggie Smalls. Big Poppa et le remix de DeBarge de One More Chance furent d’immenses succès en radio et B.I.G. supervisa la sortie de Conspiracy, l’album de Junior M.A.F.I.A., en apparaissant sur deux des plus gros succès du disque:Get Money et Player’s Anthem, le second avec sans doute les meilleures paroles que Biggie ait jamais écrites. On le voyait sur MTV, en couverture des journaux et même dans la sitcom Martin

C’est cette année-là aussi que grandit sa rivalité avec Tupac Shakur et Death Row Records, dans les interviews, lors de cérémonies de remises de prix et naturellement sur disque, comme dans Who Shot Ya?, ce chef d’œuvre menaçant qui apparaît sur la face B de Big Poppa

Quand Biggie fut assassiné, au petit matin du 9 mars 1997, dans des circonstances proches de celles de la mort de Tupac, ce meurtre apparut comme une sorte d’abominable point culminant d’un cataclysme au ralenti. Avec le recul, tout cela paraît encore plus incompréhensible, une sorte de délire mené jusqu’à son terme par des jeunes gens ayant perdu tout sens commun. Tout ceci allait hanter les survivants de ces deux épisodes jusqu’à la fin de leurs jours et hanter pareillement le milieu du hip-hop. 

 

Depuis le meurtre de Biggie, il est devenu un peu facile de considérer Ready to Die comme le début et le début de la fin de l’artiste. C’est une impression que le titre même de l’album contribue à entretenir (Biggie voulait pourtant l’appeler «The Teflon Don» –«Le Parrain en téflon») et il ne fait aucune doute que Biggie était obsédé par la mort et qu’elle le terrifiait: peu après la sortie de Ready to Die, il déclara à un journaliste qu’il avait «peur qu’on lui fasse sauter la cervelle». Et c’est tout naturellement qu’après sa mort, toute sa carrière fut reconsidérée à l’aune de sa peur de mourir.

Les personnes qui détestaient le rap agitaient des t-shirts ensanglantés en se réjouissant de le détester et la réprobation était générale. Un journal titrait ainsi: «Vie, Rap et Mort d’un Gangsta». Un autre journal reposait la bonne vieille question de la poule et de l’œuf: «Qui fut le premier? Le Gangsta ou le Rappeur?» L’hommage du New York Times étaitpour le moins ambigu: «La vie brève d’une Star du Rap, sur laquelle plane de nombreuses ombres.» (Il est assez effrayant de constater que ce titre fait penser à la manière dont le même journal rendit compte, il y a peu, de la mort d’un autre jeune homme noir, du nom de Michael Brown.)

Sa mort tragique provoqua une série de débats sur les maux de la société américaine.  Christopher Wallace était peut-être, comme le disait Nina Simone, «jeune, talentueux et noir», mais pour la plupart des gens, il n’était qu’un rappeur ou un gangsta, si tant est que ces gens fassent une différence entre les deux. Quelles qu’aient été les forces qui se réunirent pour ôter la vie d’un jeune homme de 24 ans aussi incroyablement doué, il est certain que son art n’en faisait pas partie, quand bien même la majorité préférait ne pas voir plus loin. A ce jour, son meurtre demeure toujours non élucidé. 

 

Mais en mourant, il est devenu immortel. Le double album qui suivit Ready to Die sortit deux semaines après sa mort, baptisé Life after Death (coïncidence morbide), se vendit à plus de 10 millions d’exemplaires et produisit une série de numéros 1 dans les charts:Hypnotize et Mo Money Mo Problems.

I’ll Be Missing You, une chanson hommage, chantée par Puffy et la veuve de B.I.G., Faith Evans, sortit en mai 1997 et passa 11 semaines au sommet du Billboard, alors que la chanson était atroce.

Les compliments se mirent à pleuvoir sur Biggie au point de devenir des gimmicks. En 1998, Talib Kweli se souvenait ainsi que «Pac et Biggie étaient cools avant de devenir des martyrs». En 2001, Jay Z déclarait: «Si je ne suis pas meilleur que Biggie, je suis celui qui s’en rapproche le plus.» Le simple fait qu’il se compare à lui était accablant. Depuis 17 ans, Biggie Smalls a été comme le chat de Schrödinger du rap, la pierre de touche du genre. La génuflexion n’est même plus de mise, elle est désormais implicite

Et sa musique perdure, partout. En 2014, de très nombreux ados connaissent par cœur les paroles de Juicy, ce qui veut dire qu’en 2014, de très nombreux adolescents savent plus ou moins qui est Lovebug Starski. Si vous êtes un Américain de moins de 45 ans, il est probable que vous ne puissiez entendre I’m Coming Out de Diana Ross sans murmurer«federal agents mad cause I’m flagrant».

 

De même, Who Shot Ya? est régulièrement diffusé lors de matchs des Nets, au Barclays Center, situé à un kilomètre du quartier qui a vu grandir Biggie Smalls, comme une sorte de jingle du Brooklyn du XXIe siècle.

Vingt ans après la sortie de Ready to Die, Christopher Wallace est toujours la plus grande star du rap –comme il nous avait dit qu’il le serait. 

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