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Mari artiste, dette de 6.000 euros... Après 28 ans à travailler, je suis dégoûtée

Publié par MaRichesse.Com sur 14 Novembre 2014, 13:05pm

Catégories : #VIE, #ECONOMIE, #FRANCE, #ARGENT

Mari artiste, dette de 6.000 euros... Après 28 ans à travailler, je suis dégoûtée

C'est la goutte qui fait déborder le vase. J'enrage. Allez, je rembobine le fil pour que vous compreniez tout. 

 

Je suis jeune, je passe mon bac et j'ai décidé que je serai orthophoniste. C'est un métier qui me tente bien. Aider les autres, voire "les sauver", ça me va. Et au sein de la société, j'imagine que c'est un statut honorable et vénérable aussi.

 

Il y a un concours. J'aime pas, j'ai peur mais je l'ai. Nous sommes dans les années 1980 et la vie est devant moi.

 

À 25 ans, j'étais déjà presque en fin de carrière

 

La vie est devant moi. Droite et tracée. Je veux dire par là qu'à 20 ans, dans les années 1980, j'étais en droit d'imaginer une vie assez facile avec ce métier-là. J'étais sûre de bien gagner ma vie avec les études que j'allais faire. C'était une réalité. À cette époque, mes parents n'avaient pas encore l'âge que j'ai aujourd'hui. Ils avaient fait moins d'études que moi et avaient bien réussi socialement. Alors, moi, forcément, ça allait rouler.

 

J'ai été diplômée en 1985 et j'ai trouvé du travail aussitôt. En pédo-psychiatrie. J'ai commencé comme vacataire, le 2 janvier 1986 et je gagnais 7.000 francs [1] par mois. C'était inespéré pour une jeune diplômée, mais j'étais vacataire donc pas de congés payés. Pas grave, on verra plus tard.

 

À peine plus tard, ils ont tout chamboulé à l'hôpital, et je suis devenue contractuelle à durée indéterminée – donc pas de prime – mais ils ont été obligés de me trouver un statut qui corresponde à mes 7.000 francs : à 25 ans à peine, je me suis retrouvée à l'échelon 4 de l'ancienneté sur une échelle de 7 ! J'étais déjà presque en fin de carrière.

 

Alors, je me suis dit qu'avant la retraite, je ne gagnerai pas beaucoup mais que là encore, c'était pas grave : je n'avais que 25 ans et j'avais le temps de voir venir. De toute façon, je ne ferai pas carrière à l'hôpital, je ne supporte pas la hiérarchie même si les gens sont sympas – et ils étaient sympas. De plus, j'ai eu la chance d'avoir beaucoup de libertés et d'être respectée, on me faisait confiance.

 

Avant, travailler en libéral, c'était bien

 

J'ai commencé à travailler en libéral en 1995 tout en continuant à l'hôpital que j'ai quitté pour de bon en 1997, après la naissance de mes enfants. Parce qu'il faut savoir que quand on travaille en libéral, on n'a pas vraiment de congés de maternité payés donc, être salariée au moment des grossesses, c'est plutôt sécurisant.

 

J'ai des enfants, un mari. Je n'ai jamais pu me reposer sur le salaire de mon mari. C'est un artiste. Moi aussi, je voulais être une artiste. En plus d'être orthophoniste, je voulais être écrivain. Moi qui rêvais d'être reconnue artiste, je ne me voyais pas l'empêcher de l'être. Puis de toute façon, orthophoniste, c'est un métier hyper intéressant et je gagnais bien ma vie, notre vie, avec.

 

Je travaillais donc en libéral, dans une ville qui manque terriblement d'orthophonistes. J'étais la reine, comme toutes mes collègues de cette ville, évidemment. Je pouvais imposer mes horaires de travail à mes patients.

 

Je partais du principe que je ne sacrifierais pas mes enfants pour mes patients. Quand ils étaient petits, je ne travaillais pas le mercredi puis, quand ils sont allés en primaire, j'ai travaillé le mercredi mais je finissais chaque jour de la semaine à 17h pour être là pour les devoirs. Je prenais au moins une semaine à chaque petites vacances, un mois l'été. Je gardais la moitié de mes rentrées d'argent pour payer mes charges.

 

On vivait correctement avec pour ainsi dire rien que mon salaire, on s'est acheté une grande maison. On n'allait pas vraiment au resto, ni au ciné, on ne fumait plus, on ne buvait pas vraiment, on n'avait qu'une voiture. J'ai fait quelques voyages. On était bien.

 

La maladie, ça casse tout le monde

 

Mon mari a commencé à être malade. 1999, névralgie cervico-brachiale. Bon, pas grave mais handicapant. 2002, traitement contre l'hépatite C, traitement pourri qui casse le patient et toute la famille avec des effets secondaires terribles et qui de plus n'a pas marché. 2006, cancer du sein. 2009, suspicion de cancer du poumon donc nouvelle opération. Fin 2011, suspicion d'AVC pis non, ouf !

 

Alors puisque rien, reprise du traitement contre l'hépatite C et de ses effets secondaires pendant un an. Cette fois-ci, ça marche. Le tout entrecoupé de capsulites rétractiles de l'épaule, une, puis l'autre tant qu'à faire.

 

Pour clore, enfin, j'espère, re-névralgie cervico-brachiale en 2013. Depuis 6 mois, il n'a plus mal nulle part ou alors, il n'ose plus m'en parler. Il a toujours affronté ces maladies avec courage, sans plainte, sans se reposer sur moi, il a toujours essayé de faire sa part.

 

N'empêche. Ça casse tout le monde. Même nos enfants et ce, même si on a essayé de les préserver. Je ne m'en suis pas forcément rendue compte, je le regrette.

 

Et pendant toutes ces années de maladies, toute cette énergie dépensée pour parer, contrebalancer, guérir, le temps continue à défiler. Et cette crise économique de merde nous tombe dessus.

 

Nous aurons une micro retraite

 

Aujourd'hui, mon mari et moi, nous sommes vieux pour le monde du travail. Non parce que je ne me sens pas du tout vieille, en vrai, hein ! Mon mari arrive à 56 ans et ne gagne même pas un smic par mois. Moi, j'ai 52 ans.

 

Nous avons un fils à la fac, dans une autre ville, il n'a pas eu droit à une chambre universitaire donc il a un studio. Notre second passe son bac cette année pour poursuivre ses études vers un ailleurs.

 

Mon mari n'aura pas de retraite, moi, une petite retraite même si nous cotisons comme tout le monde. Pour prévoir, nous avons investi dans l'achat d'un studio que nous remboursons pour le moment. Et nous payons les études de nos enfants.

 

Je bosse juste pour payer les factures

 

Pour cela, je suis passée de 58 patients à 70, voire 75 patients par semaine. Et ça ne suffit pas. Ça ne suffit plus. Je bosse, je bosse énormément, sans pause réelle dans la journée. Je finis le soir, glauque, je n'ai plus le courage de faire à manger, de faire du sport après le boulot. De ranger, de rédiger mes comptes-rendus de bilans. Et je grossis.

 

Alors bien sûr, je prends encore beaucoup de vacances, je me garde mon vendredi après-midi pour moi. Mais je suis épuisée. Le stress m'épuise.

 

Je bosse. Juste pour payer les factures, les études, cet appart qui nous fera un revenu pour notre retraite. Je ne pars plus en voyage. J'ai 52 ans, une grande et belle maison qui aurait besoin de travaux, une porte de cave défoncée, un canapé en loque, une cuisine déglinguée et j'en passe. Ah oui, puis ce robinet à changer. Pour mon anniversaire qui était en septembre, je m'étais dit que tiens, un canapé, ça, ça me ferait plaisir. Bah finalement, ce sera un robinet.

 

Mon mari cherche du travail, se démène. Mais que pouvons-nous espérer pour lui à 56 ans ?

 

6.000 euros de découvert 

 

Cet été, j'ai pris un mois de vacances. J'aurais pas dû. Je suis une grosse feignasse. En août, je me suis payée 2.200 euros alors que les charges de la famille s'élèvent à plus de 2.500 euros. En septembre, je ne me suis pas payée. 6.000€ de découvert. Ça claque !

 

Rendez-vous avec la banquière. Je suis allée chercher mes dernières économies, ça n'a pas suffi. Mon mari a été obligé de pleurer pour réclamer l'argent que son éditeur lui devait, ça n'a pas suffi.

 

Nous venions de finir le remboursement de la maison, un emprunt en moins, super. Nous avons été obligés d'en reprendre un petit pour rembourser ce putain de découvert. Et la banquière nous a dit de faire nos comptes. Blurp, j'ai horreur des chiffres, je fais tout à la louche.

 

Ah oui, mais là, terminé. J'ai passé le mois d'octobre à noter les dépenses, j'étais fière et pour la première fois, nous allions finir le mois avec de l'argent sur le compte, pas grand-chose mais avec de l'argent. Et j'allais pouvoir avoir mon canapé. Bah non, ce sera un robinet et nous finissons le mois à découvert.

 

Mon statut social ne vaut plus rien

 

Mon mari n'est pas près de toucher de nouveau un salaire bien qu'il bosse comme un forcené. Nous n'avons plus d'économies. Mais bon, ça va aller. Y'a pire. Y'a tellement pire.

 

Nous vivons au-dessus de nos moyens. Nous pourrions n'avoir qu'une voiture. Oui, après tout. Nous pourrions revendre notre maison et en acheter une plus petite. Bah oui, hein.

 

Sauf que ce n'est pas ce que j'avais prévu. J'ai voulu un statut social. Aujourd'hui, il ne vaut plus rien. Je ne vaux plus rien.

 

Moi qui suis si fière, je me sens méprisée par tous ces dirigeants, ces banquiers, ces assureurs, ce monde de l'argent. La haine et le mépris montent en moi et c'est terrible.

 

J'ai choisi de travailler en libéral parce que je ne voulais pas sentir le poids de la hiérarchie, je ne voulais pas subir. Et je me rends compte que même en libéral, je subis cette pression, ce profond mépris de nos dirigeants et c'est insupportable.

 

Une plainte comme une autre

 

Qu'est-ce que je gagne à travailler en libéral ? Un peu de liberté. Le choix de travailler quand je veux, autant que je veux. Le droit de me tuer au travail. C'est un avantage.

 

Par contre, je n'ai pas le droit d'être malade, ni d'avoir de congés payés. À moi de gérer. Ah et il paraît que pour avoir une retraite à peu près décente, je dois travailler jusqu'à 67 ans. J'ai envie de vomir. 44 ans de travail !

 

J'imagine que d'ici 67 ans, j'aurai des petits-enfants. Quand j'aurai 67 ans, ils seront grands. C'est inenvisageable.

 

Alors bien sûr, je me plains. C'est une plainte comme une autre. Une de plus. Celle d'une bobo.

 

Cassons tout et abêtissons-les

 

Un banquier (oui, je les rencontre beaucoup en ce moment) m'a dit :

 

"Une de vos collègues infirmières se plaint de payer trop de charges pour entretenir les chômeurs. Qu'en pensez-vous ?"

 

J'ai bondi du fauteuil.

 

Peut-être, je n'en sais rien et je m'en fous. Ce que je constate, c'est qu'il y a de plus en plus de pauvres, que tout le monde en bave autour de moi. Mes amis bobos, mes patients qui travaillent pour un salaire de misère et tous ceux qui n'ont plus de travail. Qui n'ont plus de travail parce qu'il y a des actionnaires qui veulent toujours plus de dividendes et pour ça, bah, faut resserrer les budgets, faire des économies en délocalisant. Et on casse tout.

 

Cassons, brisons tout le système de protection sociale. L'état a une dette énorme alors il faut faire des économies. Arrêtons de rembourser les soins, ne formons plus de médecins, d'orthophonistes, etc. comme ça, les gens seront moins malades. Oh et puis si, s'ils pouvaient être malades et crever, ça résoudrait le problème des retraites.

 

Divisons, abêtissons-les devant des télé-réalités et régnons et enrichissons-nous. Et sabrons l'éducation aussi. Important. Parce que la France de demain, on s'en bat les c... parce qu'après nous, le déluge.

 

Ce monde me dégoûte

 

Je ne comprends pas. On me dit que la main d'œuvre est trop chère en France, les ouvriers sont trop payés. Ils exagèrent aussi, hein ? Alors, on délocalise dans des pays où justement la main d'œuvre est moins chère et on met nos petits ouvriers nantis au chômage. Bien fait pour eux !

 

Seulement, nos ouvriers au chômage consomment moins du coup. La voiture fabriquée ailleurs qu'en France coûte moins chère, super, mais même moins chère, il y en a qui ne peuvent plus l'acheter. Quel intérêt ?

 

Et tous ces magasins qui ferment, ces artisans qui coulent. Si je gagnais mieux ma vie, le vendeur de canapé serait hyper content, le cuisiniste serait ravi, ma maison serait nickel, mon jardin magnifique. J'aurais une petite voiture décapotable. Nous irions au spectacle, au cinéma, au resto. Nous ferions vivre plein de gens. Bah non, tant pis.

 

De toute façon, on consomme trop.

 

Je ne supporte pas que tous ces gens qui nous dirigent, nous regardent à peine avec condescendance, d'un air de "je sais ce qui est bien pour vous : fermez-là". Ils encouragent l'intégrisme, les crises identitaires, la dépression, la folie.

 

J'ai envie de gerber. Ce monde me dégoûte. Ce n'est pas celui que je voulais. En même temps, je n'ai pas fait grand-chose pour empêcher ça. Sans doute. 

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