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L'arnaque aux faux virements explose en France

Publié par MaRichesse.Com sur 5 Novembre 2014, 19:54pm

Catégories : #ARNAQUE, #ARGENT, #EUROPE, #FRANCE, #CHINE, #INTERNET

L'arnaque aux faux virements explose en France

Comme Michelin, de plus en plus de sociétés, petites ou grandes, sont victimes de cette escroquerie. La plupart des fonds atterrissent sur des comptes bancaires en Chine. Les autorités judiciaires françaises, en visite à Pékin, tentent d'organiser la riposte.

C'est un phénomène inquiétant, qui prend de plus en plus d'ampleur en France. Les arnaques aux faux ordres de virements explosent dans l'Hexagone. Ce qui n'était qu'un «phénomène émergent» en 2012 s'est transformé en «véritable raz-de-marée qui s'est abattu sur la France», selon les membres d'une délégation du ministère français de la Justice, en déplacement à Pékin où les fonds volés atterrissent majoritairement.

Ces virements totalement indus représentent 300 millions d'euros de préjudice et 700 procédures comptabilisées par les services d'enquête français, qui constatent une «accélération des faits fin 2013, début 2014». Dernière grosse arnaque en date: le groupe Michelin qui vient d'annoncer le vol de 1,6 million d'euros. Le fabricant de pneumatiques a été victime d'une personne se présentant comme le directeur financier de l'un de ses fournisseurs.

D'après la magistrate Alexandra Savie, trois modes opératoires existent dans ce type d'affaires: le premier consiste à s'introduire dans la comptabilité de l'entreprise, en se faisant passer pour un technicien bancaire qui demande un «virement d'essai» au prétexte d'une mise à jour informatique. L'autre manoeuvre fait appel à la cybercriminalité, avec des logiciels malveillants tels que Zeus ou Blackshades RAT, permettant de compiler les informations requises pour réaliser un transfert financier. Enfin, la troisième technique est surnommée «escroquerie au faux président»: l'escroc se fait passer pour le patron de la société et exige du comptable un virement express, censé s'inscrire dans une OPA confidentielle ou une dissimulation fiscale.

D'après la délégation française en Chine, les virements transitent d'abord sur un «compte rebond», aussi appelé «compte taxi», situé en Europe de l'Est, en Grèce, à Chypre, au Royaume-Uni ou en Allemagne. Puis ils arrivent en Chine. «Cela va à la vitesse supersonique, en un “clic” des sommes considérables se déplacent», a souligné depuis Pékin le haut magistrat Robert Gelli, qui occupe le poste stratégique de directeur des affaires criminelles et des grâces. «La part des sommes restituées reste très faible», déplore-t-il.

«Les escrocs opèrent depuis l'étranger et utilisent énormément de dispositifs qui leur permettent d'être anonymes: des plateformes téléphoniques où ils vont louer des numéros de téléphone et des numéros de fax, des adresses IP aléatoires, des serveurs proxy qui dissimulent l'adresse IP», a détaillé Alexandra Savie. «Ce qui est nouveau est l'extrême sophistication du montage», ajoute la magistrate, en citant l'exemple de l'usine Seretram qui met en boîte le maïs Géant Vert dans les Landes, qui a été délestée de 17 millions d'euros... Petites ou grandes, les sociétés touchées «vont être complètement ébranlées, dans leur organisation interne puisqu'il va y avoir des licenciements, dans leur viabilité puisqu'on a énormément de fonds qui sont partis et, pour autant, il va falloir faire face au paiement des fournisseurs et des salariés», a-t-elle relaté. Alexandra Savie fait état de suicides parmi les victimes.

Touchant surtout les pays francophones, le phénomène se diffuse désormais en Espagne et dans les pays d'Europe du Nord. Les particuliers commencent aussi à être ciblés, notamment pour les assurances-vie, les malfaiteurs contactant les familles endeuillées qu'ils localisent en recourant au site avisdedeces.net. 

 

Pression sur Pékin

D'après les autorités françaises, les escrocs passent souvent à l'action le vendredi après-midi, quand la réactivité est moindre. «Lorsque les fonds arrivent en Chine, leurs complices ont sept heures d'avance sur l'Europe» grâce au décalage horaire, a souligné la magistrate. En face, les services de répression français en sont réduits à des procédures laborieuses, par courrier postal, pour saisir leurs homologues chinois et faire jouer l'entraide pénale.

À Pékin, Robert Gelli a donc annoncé la mise en place d'un «comité de pilotage» chargé d'explorer les moyens de raccourcir les délais pour geler les fonds identifiés. Après avoir prêté une oreille attentive aux préoccupations françaises, les magistrats chinois ont, à leur tour, fait valoir des demandes s'inscrivant dans l'actuelle campagne anticorruption menée par le régime communiste. Pékin souhaite des actions efficaces contre les officiels chinois corrompus ayant fui en Europe. Un traité d'extradition est d'ailleurs en voie de ratification à Paris. 

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