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Et nous, comme des cons, on a cliqué sur Demotivateur

Publié par MaRichesse.Com sur 5 Novembre 2014, 03:18am

Catégories : #INTERNET, #INSOLITE, #NEWS

Et nous, comme des cons, on a cliqué sur Demotivateur

L’article « Quel serait ton métier idéal ? » a dépassé, il y a quelques jours, le million de partages sur Facebook. A peine plus d’une semaine après sa publication, il est devenu le contenu le plus échangé du site Demotivateur. Un succès important, jugent deux des trois créateurs du site, Michal Sikora et Ari Cohen : le partage, c’est leur Graal ultime.

Comme beaucoup de sites, le modèle économique de Demotivateur se fonde sur le gratuit et la publicité, et est donc influencé par l’audience. Le but de son équipe (six personnes) est tout simplement de faire cliquer le plus grand nombre d’internautes sur ses contenus. Et depuis trois ans que leur média existe, les fondateurs de Demotivateur ont réussi à attirer 30 millions de visiteurs par mois.

« Les gens recherchent ce type de contenus »

Michal Sikora et Ari Cohen expliquent :

« On a une grosse communauté de 800 000 fans sur notre page Facebook.

C’est la base, ils partagent et commentent beaucoup parce que les gens recherchent ce type de contenus sur les réseaux sociaux, ce qui est essentiel pour nous. »

Depuis leur rencontre, il y a un peu plus de trois ans à Institut d’études supérieures des arts (IESA Paris), les trois fondateurs de Demotivateur ont monté un modèle de contenus faciles et viraux, à l’image de BuzzFeed ou du plus récent Upworthy.

1

Un site « ordonné en fonction de Facebook »

 

Sur le site de Michal et Ari, tout est fait pour exploiter la fonction « partage » du réseau social créé par Mark Zuckerberg. Etienne Candel, maître de conférences à l’université Paris-Sorbonne Celsa et au Groupe de recherche interdisciplinaire sur les processus d’information et de communication (Gripic) :

« On voit la trace de Facebook partout sur le site, qu’il a été ordonné en fonction du réseau, et qu’il est orienté vers un processus de viralité. »

« Si un article n’est pas partagé, c’est qu’il est loupé »

Pour preuve, sur chaque page, en haut à droite, un encart invite à « liker » (aimer) la page Facebook du média : « Devenez fan ! ! » Et deux gros boutons bleus, qui défilent en fonction de la navigation, nous invitent à partager le contenu sur Facebook et sur Twitter.

Capture d’écran de la « home » de Demotivateur

Signe ultime que Facebook a une place centrale pour le média, quand d’autres sites (comme nous) mesurent leur audience au nombre de pages vues, eux le font au nombres de partages. Chacun de leurs articles comporte un compteur, et certains dépassent facilement les 100 000 :

« On a à peu près 3,5 millions de partages par mois, ce qui équivaut à un par seconde. Si un article n’est pas partagé, c’est que pour nous il est loupé, parce que c’est un indicateur de l’intérêt des articles.

Alors à chaque fois, on se pose la question : “Est-ce que cet article peut être partagé ou pas ?” »

2

Un contenu provocateur pour une opinion facile

 

Sur Demotivateur, le contenu est léger et se consomme facilement, mais on n’y apprend pas grand-chose. On y parle de chiens, de chats et on y fait des classements et des quiz.

Surtout, selon Etienne Candel, beaucoup des articles sont pensés pour pousser à la prise d’opinion :

« Le processus de viralité est en fait moins dans le partage que dans le commentaire. Le contenu a une vertu de provocation, c’est un peu le fond de commerce du site.

Par exemple, ils jouent beaucoup sur les stéréotypes hommes/femmes qui polarisent la vie de couple. »

« Commenter et partager sans réfléchir » 

Même si le modèle peut ressembler en certains points à celui du célèbreBuzzFeed avec des titres qui incitent à cliquer – du genre « vous ne devinerez jamais ce qu’a fait cet anaconda du sud-est de l’Arizona » – certains articles, comme par exemple« 25 petits trucs que les femmes aimeraient que tous les hommes sachent », sont très « clivants ».

L’auteure du texte y explique notamment :

« La galanterie n’est pas morte.Conduisez-vous avec classe, de temps en temps. Nous adorons cela. Tenez la porte, donnez-nous un bras à tenir... Promis, on ne dira pas de vous que vous êtes vieux jeu. »

Pour Etienne Candel, ce genre d’article alimente forcément les réseaux sociaux :

« C’est un contenu que l’on peut s’approprier facilement, dont on se fait une opinion immédiatement. Il expose des grands clichés, par exemple entre l’homme et la femme. On se dit “non, moi, je ne suis pas comme ça”, et on va commenter et le partager. »

La petite case à décocher

Et là où les fondateurs du site sont malins, c’est que les commentaires, que l’on poste en bas de l’article, se font via notre compte Facebook – comme sur certains sites d’info. Si l’on ne décoche pas la petite mention « publier également sur Facebook », un lien y est alors automatiquement publié et diffusé à notre cercle d’amis.

Pour les créateurs du Demotivateur :

« Ce n’était pas forcément volontaire au début. C’était seulement plus simple pour nous de passer par Facebook pour commenter les articles. »

Capture d’écran de l’envoi de commentaires (Demotivateur)

3

Mettre la communauté à contribution

 

Autre rouage de la stratégie du média, le site propose à chacun de faire une suggestion de contenu. En plus d’une curation de flux, l’équipe récupèrent des images ou vidéos très partagées grâce aux utilisateurs.

D’après Etienne Candel, c’est un bon moyen de s’assurer du bon « fonctionnement » d’un contenu sur les réseaux sociaux :

« Ils utilisent sûrement la récupération de flux viraux, mais proposer à n’importe quel internaute de gagner en gratification, c’est malin.

Lorsqu’un internaute va proposer le contenu viral, on sait d’avance qu’il va être partagé et apprécié. Lui, en échange, gagne en popularité dans son cercle. »

4

Utiliser le trafic de pages influentes

 

Si vous étiez sur Facebook en 2008 ou en 2009, vous vous souvenez surement de cette période sombre de la plateforme où chacun « likait » des pages plus idiotes les unes que les autres du genre « Lire un magazine en faisant caca » ou bien « Tu es sais que tu es amoureux quand... »

Très rapidement, elles ont réuni plusieurs centaines de milliers de fans, tous plus heureux les uns que les autres de partager le point commun de faire caca en lisant en magazine.

Les petites attentions de la page Surprends ton foie

Aujourd’hui, l’une d’entre elles, Surprends ton foie, bois de l’eau, affiche 217 935 « likes ». Depuis plusieurs années, ses administrateurs postent régulièrement des liens vers le site Demotivateur à l’ensemble de leurs abonnés. Même la description du site affiche l’URL du site.

Capture d’écran de la page Surprends ton foie, bois de l’eau (Facebook.com)

Pourtant, les fondateurs du média, nient avoir une implication avec la page et s’expliquent :

« On a connaissance de cette page. Il y en a plusieurs comme ça qui partagent nos articles. C’est une grande communauté, et certains ados dans leurs chambres s’amusent à créer des pages et à poster certains de nos liens.

L’autre jour, il y a un même un internaute qui a créé un compte Instagram en notre nom, sans nous avoir demandé auparavant. On ne sait pas pourquoi ils font ça. »

Ce qui est sûr, c’est que ces communautés contribuent à drainer une grande part de lecteurs. Selon l’algorithme de Facebook, plus un article est partagé à un nombre d’utilisateurs important, plus il sera mis en avant.

5

S’acoquiner avec des marques

 

Tout ce trafic généré par le partage est bien entendu facile à faire fructifier. Les trois fondateurs sont devenus maîtres dans l’art du « brand publishing ». Comprenez, du contenu sponsorisé par une marque.

Par exemple, vendredi 31 octobre, le site publie un article intitulé « Regardez Brad Pitt faire une véritable démonstration de break dance. C’est énorme ! ». Dans l’article, on croit lire un résumé de la vidéo très virale – et réussie – de Jimmy Fallon et Brad Pitt dans une démonstration de break dance.

Et soudain, « likez » Red Bull !

Sauf qu’en fin d’article, l’auteur précise :

« Si vous aussi vous voulez laisser la parole à votre corps, que vous êtes fan de break dance (ou que vous voulez apprendre), rendez-vous au Red Bull BC One Paris World Final qui se tiendra à la Grande Halle de La Villette le 29 novembre prochain ! »

L’encart du haut de la page qui invitait à adhérer à la page fan de Demotivateur sur Facebook dans d’autres articles a été remplacé par un autre, invitant à liker celle de Red Bull BC One. Un bon moyen pour les marques de récupérer des adhésions sur leur page.

Capture d’écran de l’article sur Jimmy Fallon et Brad Pitt (Demotivateur)

Les trois jeunes fondateurs ont créé le site lors de leurs études, quand on leur disait encore : « Ce que vous partagez, c’est démotivant. » Aujourd’hui, forts du succès de leur modèle, ils se revendiquent « premier média social de divertissement » et veulent maintenant conquérir Twitter pour étendre leur communauté. 

Source

 

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