Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Marichesse.com

Marichesse.com

Conseils, science, sante et bien-être


9 idées reçues sur le whisky japonais

Publié par MaRichesse.Com sur 9 Novembre 2014, 05:18am

Catégories : #INSOLITE, #JAPON, #BOISSON

9 idées reçues sur le whisky japonais

A l’heure où le Yamazaki Sherry Cask 2013 décroche le titre de « whisky de l’année » dans la « Bible » de Jim Murray, retour sur les clichés et malentendus qui accompagnent l’immense engouement pour les malts nippons.

 

1. C'est le pays des whiskies raffinés multi-primés

Mmmm. C’est surtout l’empire des blends cheap! Depuis 10 ans, les whiskies japonais se goinfrent de médailles dans tous les concours internationaux – avec parfois quelques surprises, tel le Mars Maltage 3 Plus 25 de Shinshu, élu «meilleur blended malt» aux World Whisky Awards 2013. 

Les lauriers qui viennent coiffer le Sherry Cask édition limitée 2013 de Yamazaki dans la Whisky Bible (en toute modestie) de Jim Murray n’ont donc rien du coup de tonnerre annoncé dans les médias –et n’auraient pas fait vendre de papier s’ils ne s’étaient accompagnés d’un coup d’éclat: l’absence de scotch dans le top 5 perso de l’auteur. No comment. Mais ces récompenses, amplement méritées, nous font oublier que les géants japonais inondent aussi leur marché intérieur de blends tord-boyaux vendus en gros bidons de plastique.

Fuji Gotemba, la plus grande distillerie du pays (12 millions de litres), à l’ombre du mont Fuji, embouteille quantité de blends à noyer dans une banquise de glace pilée sous soda… et un seul single malt.

 

2. C'est nouveau

La distillerie Yamazaki, la plus ancienne dédiée à la production du whisky, fut construite en 1923 et ouvrit ses alambics l’année suivante. Et dès la fin du XIXe siècle, les Nippons bricolaient quelques tentatives confidentielles pour imiter les bouteilles écossaises qui leur parvenaient au compte-goutte.Sur la chaîne de l’évolution de l’espèce humaine assoiffée, «nouveau» est un adjectif au sens très relatif… En Europe, c’est vrai, les whiskies japonais sortent du bois au début des années 2000, sous l’impulsion de La Maison du Whisky qui commence à les distribuer. Mais en réalité, on distille l’orge maltée depuis près de 100 ans au pays du Soleil-Levant. 

 

3. C'est comme du scotch... produit au Japon 

Le whisky japonais partage une belle brochette de chromosomes avec son cousin écossais. Et, pour une fois, la consanguinité a produit de bien beaux enfants.

En 1919, le jeune Masataka Taketsuru part en Ecosse pour y découvrir les secrets de la fabrication du whisky. L’étudiant en chimie en rapporte un précieux savoir-faire, qu’il met au service du futur groupe Suntory en conceptualisant Yamazaki, et une épouse, Rita Cowan, qui l’encouragera à fonder sa propre distillerie, Yoichi, sortie de terre en 1934, embryon d’un géant qui deviendra Nikka.


Masataka Taketsuru et Rita Cowan

Les racines du whisky japonais sont indubitablement écossaises; la quasi-totalité de l’orge est importée, de même que les levures et les alambics. Les fûts proviennent des mêmes sources, à l’exception notable des barriques de chêne japonais, le précieux mizunara, qui laisse déteindre sur l’eau de vie ses puissantes notes d’encens et d’épices. 

Mais cet ADN partagé donne pourtant des whiskies uniques, subtils et profondément… japonais. Dans son passionnant Atlas mondial du whisky (Flammarion, 2011), Dave Broom rapproche le malt nippon d’un haiku qui «se singularise par la précision de ses arômes»:

«Si l’on comparait le single malt écossais à un bouillonnant torrent de montagne où arômes et saveurs jouent des coudes pour trouver leur place respective, le malt japonais serait alors un lac limpide où tout est révélé.» Nicolas Julhès, autre conteur des spiritueux, ne le dit pas autrement: «Les whiskies japonais sont des whiskies où domine la structure, alors que les Ecossais sont des baroques des arômes.»

Vous reprendrez bien un haiku ?

 

4. A part Suntory et Nikka, c'est le désert

Dans les bars européens, Suntory (plus de 60% du whisky japonais avec notamment Yamazaki, Hakushu, Hibiki, Chita, sans compter une multitude de blends destinés à la soif insulaire) et Nikka (plus présent en Europe, avec ses Yoichi, Miyagikyo, Pure Malt, Nikka From the Barrel, Taketsuru – notamment) se partagent les étagères.

Mais leur succès suscite réveils et vocations. White Oak (qui obtint sa licence en 1919 mais se mit au whisky… 40 années plus tard) renonce 2 mois par an à produire saké et shoshu pour distiller les Akashi et White Oak – et assembler depuis 3 ans un joli Tokinoka. Shinshu, après 20 ans d’interruption, a repris la production de whisky début 2011 près de Nagano.

La petite Chichibu, qui a commencé à distiller en 2008, commercialise depuis 2 ans ses premiers (jeunes) whiskies qui envoient du bois à fond les baffles en suscitant un buzz phénoménal. Son propriétaire, Ichiro Akuto, est le petit-fils du fondateur d’Hanyu, fermée en 2000, dont il a racheté les stocks tout en mettant la main sur les derniers fûts de Karuizawa (on ne comprend pas que sa tête n’ait pas été mise à prix par tous les négociants indépendants de la planète pour ces deux coups de maître). Ces deux distilleries de légende, aujourd’hui détruites, lui permettent de sortir les mythes du placard à dose homéopathique pour des embouteillages qui s’arrachent.


Distillerie Hakushu

Enfin, Miyashita Shuzo, un gros brasseur et producteur de shoshu, a commencé à distiller en juin 2012 et entend commercialiser son premier whisky pour fêter les 90 ans de son groupe, en 2015.

 

5. Les assemblages sont minimalistes

Une croyance qui se fonde sur le nombre ridicule de distilleries, et sur le fait qu’elles ne s’échangent pas entre elles leurs productions, contrairement à la tradition écossaise. Au Japon, chacun chez soi et les vaches seront bien gardées!

Mais quand chaque distillerie écossaise produit très peu de styles de distillats (un chiffre qui se réduit souvent à… 1), Yamazakiou ou Miyagikyo crachent à elles seules une centaine d’expressions chacune et Hakushu, plus d’une quarantaine, simplement en mélangeant les variétés d’orges, de maltage, de levures, en variant les temps de fermentation et les modes de distillation, en combinant les alambics de formes et de tailles différentes…


Chez Miyagikyo

On aurait tort de croire que les épures japonaises sont le produit d’assemblages minimalistes. Bien au contraire.

 

6.Les whiskies japonais ont immédiatement atteint la perfection

Voilà qui fait bien rire Thierry Benitah, le directeur général de La Maison du Whisky, qui a introduit tous les flacons nippons en France: 

«Entre 1995 et 2000, quand on a goûté les premières bouteilles qui nous sont parvenues du Japon, c’était franchement… moyen, se souvient-il. Une sorte d’ersatz de whisky qui suscitait plutôt les moqueries. Puis est arrivé le Yamazaki 12 ans, plus sec et moins gourmand que la version actuelle, et surtout les Nikka From the Barrel, Nikka Pure Malt Black et Yoichi 10 ans, que l’on a reçus en même temps à la fin de l’année 2000. Et, là, on a cessé de rire, on a réalisé qu’on était en face de quelque chose de très sérieux. Mais on était loin d’imaginer le raz de marée que cela allait provoquer. Pour nous, ce fut la 3e révolution du whisky, après les Classic Malts en 1988 et les tourbés dans les années 90. »

 

7.Le whisky japonais s'apprécie en cocktail

Les bartenders ont fait du Nikka From The Barrel ou du Coffey Grain et comparses des stars du cocktail. Les amateurs apprécient les single malts plutôt secs. Mais les Japonais les dégustent surtout en highball (1 volume de whisky, glace, 4 volumes d’eau pétillante la moins salée possible) ou en mizuwari (la même chose avec de l’eau plate), et ils accompagnent volontiers le repas.


Les alambics de Yamazaki

 

8. A qualité égale, c'est moins cher que les whiskies écossais

Trompeuses, les bouteilles de 50 cl… Ajoutez un petit tiers du prix au ticket de caisse de certains flacons et on en reparle. Après des années de hausses des taxes et surtout du yen, la baisse survenue récemment ne sera sans doute pas répercutée sur les whiskies japonais, qui ont pris une sacrée claque ces dernières années. Comptez dans les 130 € pour un Chichibu de… 3 ans d’âge, à peine sorti de ses langes. 

 

9. C'est en train de passer de mode

«Le nippon malt? C’est soooo last year! L’avenir appartient aux whiskies taïwanais. Non: suédois. Non: australiens. Non…» En attendant que les esquimaux de Sibérie orientale commencent à distiller dans les igloos, les branchés s’écharpent sur la prochaine tendance… et les whiskies japonais continuent non-stop depuis dix ans leur progression à 2 voire 3 chiffres: +400% de ventes pour Hakushu cette année! «Tirés par les marchés français et anglais, ils ont profité de l’assoupissement des whiskies écossais», remarque Thierry Benitah.

Dans le Top 10 des ventes de La Maison du Whisky se logent… 5 whiskies japonais, avec la bouteille carrée du Nikka From The Barrel qui trône en tête. La fin d’une tendance? Non, le début d’une lame de fond.

 

Christine Lambert

Commenter cet article

Archives