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"Pourquoi les pauvres prennent-ils sans cesse des décisions stupides?"

Publié par MaRichesse.Com sur 6 Octobre 2014, 02:02am

Catégories : #DEVELOPPEMENT, #DÉPRESSION, #CERVEAU, #RELATIONS, #ARGENT

"Pourquoi les pauvres prennent-ils sans cesse des décisions stupides?"

Dans un article publié par De Correspondent, Rutger Bregman s'est posé la question suivante: "Pourquoi les pauvres empruntent-ils plus, épargnent moins, fument plus, font moins d'exercices physiques, boivent plus, mangent plus et mal, écrivent-ils les pires lettres de motivation pour trouver un emploi?"

Rutger Bregman est parti du constat suivant: aux Pays-Bas, 1,3 million de Néerlandais vivent sous le seuil de pauvreté, au point qu'il faut désormais s'inscrire sur des listes d'attente pour pouvoir accéder aux banques alimentaires locales. Et de citer le plan de la secrétaire d'Etat Jetta Klijnsma qui souhaite inciter les plus pauvres à chercher du travail. Mais pour lui, le gouvernement néerlandais se trompe et devrait donner les bons coups de coude: notamment en investissant plus dans l'éducation, qu'il décrit comme le Saint-Graal dans la lutte contre la pauvreté.

Mais il ajoute une autre question: "Que faire si les pauvres sont incapables de se prendre en charge? Si les incitations et l'éducation glissent sur eux comme l'eau sur un canard? Pire encore: si les coups de pouce du gouvernement ne font qu'aggraver la situation?" Pour répondre à ces questions difficiles, il a interrogé Eldar Shafir, psychologue de l'Université de Princeton qui a récemment publié avec Sendhil Mullainathan, économiste de l'Université de Harvard, une nouvelle théorie sur la pauvreté.

Concept de la rareté
Eldar Shafir n'est pas n'importe qui. Il serait même, selon la revue Foreign Policy, l'un des cent penseurs les plus influents du moment. Le président Obama aurait d'ailleurs fait appel à lui en tant que consultant. Shafir explique son raisonnement à partir du concept de la rareté: "Même les personnes les plus riches ne peuvent pas tout acheter. Or, les gens agissent différemment lorsqu'ils ont un sentiment de manque. Les gens qui agissent comme s'ils étaient sans cesse en pénurie gèrent bien leurs problèmes à court terme, mais on constate une absence de solutions à long terme".

Il ajoute: "Comparez un ordinateur comprenant dix programmes lourds fonctionnant simultanément. L'appareil est lent et fait des erreurs, pas parce qu'il ne s'agit pas d'un bon ordinateur, mais parce qu'il a trop de choses à faire en même temps. On peut comparer ce système aux pauvres qui ne prennent pas de décisions stupides parce qu'ils sont stupides, mais parce qu'ils vivent dans un environnement où tout le monde prend des décisions stupides". "Les pauvres se demandent chaque jour comment trouver de la nourriture ou de l'argent dans l'immédiat, ils n'arrivent plus à penser à long terme car ils ne bénéficient pas du temps nécessaire à une bonne réflexion. Ils sont dans l'urgence".

Capacités cognitives diminuées
"Notre recherche montre qu'en agissant de la sorte, on perd environ 13 points de QI. C'est comparable à une nuit sans sommeil ou à une dépendance à l'alcool" ajoute Eldar Shafir. Celui-ci a commencé ses recherches il y a quelques années dans un centre commercial américain. Les passants étaient invités à expliquer ce qu'ils feraient face à une panne de voiture qui leur coûterait 150 dollars. Ils reposaient ensuite la même question, mais avec un coût de 1.500 dollars cette fois-ci. Allaient-ils emprunter de l'argent, travailler plus ou retarder cette réparation? Pendant qu'ils réfléchissaient, les participants ont été soumis à une série de tests cognitifs.

Les résultats ont montré que pour 150 dollars, peu importait le niveau social, chacun trouvait des solutions plus ou moins similaires. Les problèmes survenaient en cas de facture plus salée. Le simple fait d'imaginer un problème financier important modifiait les capacités cognitives des plus pauvres.

"Plus l'inégalité augmente, plus les capacités cognitives diminuent"
Il prend ensuite un autre exemple: "Les États-Unis ont rassemblé récemment les résultats de 120 études sur l'efficacité des ateliers de réinsertion pour les pauvres et les chômeurs. Ils ont trouvé que rien ne les aidait véritablement. On peut comparer ces ateliers à l'apprentissage de la natation: si quelqu'un apprend à nager et qu'ensuite vous le jetez dans un océan déchaîné, il se noiera".

L'éducation permettrait cependant d'aider ces gens à mieux gérer leurs capacités cognitives. "L'argent seul ne suffit pas. Vous aurez beau développer des aides pour aider ces populations, vous risquez fort de ne voir aucun résultat. Le sentiment de rareté continuera de vous influencer. Lorsque vous verrez autour de vous des gens avec une télévision à écran plat, vous voudrez la même. Plus l'inégalité augmente, plus les capacités cognitives diminuent".

"Le problème n'est généralement pas un manque de motivation, mais la difficulté de sortir de ce cercle vicieux de manque de vision à long terme. Les pauvres ont surtout besoin de retrouver la pleine possession de leurs capacités de réflexion, il faudrait leur offrir le temps nécessaire qui leur permettrait de sortir de cette urgence permanente en analysant plus calmement les problèmes et aux solutions qui se posent à eux". 

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