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Les prêts «subprimes» sont de retour aux Etats-Unis

Publié par MaRichesse.Com sur 8 Octobre 2014, 10:23am

Catégories : #ECONOMIE, #ETATS-UNIS, #ARGENT

Les prêts «subprimes» sont de retour aux Etats-Unis

Cette fois-ci, ce ne sont pas les maisons qui sont concernées, mais plutôt les voitures.

Cinq ans après la pire période de la dernière crise financière, les crédits subprimes sont en train de refaire surface, principalement sous la forme de prêts-auto. Les ventes de voitures ont augmenté de manière significative aux Etats-Unis, et les conditions d’accès au crédit se sont assouplies en conséquence; plus d’un quart de l’ensemble des financements automobiles sont aujourd’hui classés dans la catégorie subprime. Des financements qui ont pesé plus de 100 milliards de dollars l’an dernier, et qui se sont perpétués pendant les huit premiers mois de l’année 2014.

Au milieu des années 2000, les prêts hypothécaires à risque étaient coupés en petit morceaux avant d’être emballés séparément (ou «titrisés»); c’est également le cas des prêts-auto subprimes. A première vue, les transformations d’emprunts risqués en titres financiers –et les dangers qu’elles comportent– sont en train de faire leur retour lentement mais sûrement; on en a vendu pour près de 15 milliards de dollars depuis le début de l’année.

Subprime n'est pas forcément synonyme de crise

Cette apparence est trompeuse. La terrible expérience des dernières années nous a poussés à jeter le bébé avec l’eau du bain subprime. Or, loin d’incarner les prémices d’une nouvelle crise, les prêts à risque répondent à un besoin crucial, comme ils l’ont toujours fait. Il ne faut pas les limiter, bien au contraire: il en faut plus –comme il faut beaucoup plus de transparence et plus de responsabilité.

Les prêts à risque sont généralement considérés comme l’une des causes principale de la crise financière de 2008-2009. Aussi souffrent-ils d’une réputation des plus déplorables –ce qui explique pourquoi cette hausse récente des prêts-auto subprimes a suscité l’attention. Le Consumer Financial Protection Bureau envisage d’accroître ses prérogatives de manière significative –et ce afin de pouvoir réglementer les émetteurs de prêts automobiles. A la suite de l’injonction de procureurs fédéraux, la branche financière de General Motors s’est vue contrainte à fournir des documents. Le parquet cherchait à savoir si les prêts à risque accordés par la firme n’étaient pas semblables aux prêts toxiques co-responsables de la dernière crise financière. Pendant ce temps, la Federal Reserve Bank de New York surveille de très près cette intensification du recours au prêt subprime.

 

Il semble par ailleurs que le marché du prêt hypothécaire à risque soit en train de renaître discrètement. La plupart des banques rejettent encore ces prêts; elles ont restreint leurs conditions d’emprunt de façon drastique pour se conformer à la réglementation, pour disposer de plus de capital et pour faire face aux milliards de dollars d’amendes prélevés par le Département de la Justice pour sanctionner les mauvaises normes de montage et de titrisation avant la crise de 2008.

Seul problème: ces mesures ont écarté des millions de propriétaires potentiels du crédit immobilier –or c’est précisément cette demande non satisfaite qui, en premier lieu, est à l’origine de l’évolution du prêt subprime.

Si nous n’assistons pas encore à un retour des prêts hypothécaires subprimes comparable au succès des prêts-auto, les besoins des consommateurs poussent généralement les sociétés à accepter d’accorder ce type de prêts. En Australie –qui a elle aussi connu un boom de l’immobilier au milieu des années 2000– les prêts hypothécaires subprime ont, cette année, remporté un franc succès. Ceci ne veut pas dire qu’un tel retour est imminent aux Etats-Unis. Il n’en reste pas moins que l’une des plus grandes banques américaines, Wells Fargo, a récemment annoncé qu’elle assouplissait certaines de ses normes pour fluidifier l’accès au crédit des personnes souhaitant investir dans l’immobilier.

Il va sans dire que le retour des subprimes va faire face à des obstacles de taille. Des sommités telles que William Ford (de Ford Motor Co.) y sont allées de leurs mises en garde:

«Nous devons être prudents, car nous ne voulons pas reproduire les erreurs du passé, et nous retrouver dans une situation où les clients prennent trop de risques.»

Il suffit de suggérer que les crédits subprimes pourraient avoir un effet positif pour s’exposer au scepticisme –un scepticisme peut-être renforcé par le fait que les élites de Wall Street (celles qui ont été les premières à faire l’apologie de ces prêts à haut risque avant la crise) sont en train de remettre le couvert.

La réputation de ces prêts subprimes –et de leurs titrisations– est à ce point ternie que leur objectif premier a été oublié par le plus grand nombre. Ce n’est qu’au milieu des années 1990 que les prêts subprimes ont commencé à représenter une part substantielle des marchés de l’hypothèque et de l’automobile; il aura fallu attendre le début des années 2000 pour qu’ils deviennent nettement plus qu’une part marginale de l’ensemble du marché immobilier. La première impulsion n’était pas les profits de Wall Street, mais un impératif politique et social: l’accroissement du nombre de propriétaires.

A l’époque, l’un des principaux obstacles à cet impératif était constitué par les banques. Elles étaient peu disposées à prêter aux acheteurs «à risque» –les personnes à faibles revenus et (souvent) les acheteurs extérieurs à la communauté blanche. Après des décennies de discrimination à l’encontre des quartiers et des acheteurs potentiels à bas revenus, les prêts subprimes représentaient une extension du crédit aux acheteurs qui ne pouvaient prétendre à des prêts traditionnels. Les banques pouvaient titriser les créances, et Fannie Mae (société financée par le gouvernement américain) leur servait de filet de sécurité, ce qui n’a fait que renforcer l’extension du crédit.

Le résultat? Une croissance du marché des subprimes, qui est passé de 35 milliards de dollars (milieu des années 1990) à 600 (en 2006) –ce marché représentait alors plus d’un cinquième des prêts hypothécaires. En 2007, les prêts immobiliers subprimes en souffrance s’élevaient à 1.300 milliards de dollars. C’était là un montant bien supérieur à celui des prêts-auto subprimes actuels, ce qui devrait apaiser ceux qui craignaient de voir ces prêts créer un risque systématique. 

Ces prêts sont-ils toxiques?

Mais la vraie question ne devrait pas être de déterminer le niveau de toxicité des prêts subprimes. Elle est de déterminer s’ils sont ou non véritablement toxiques.

Pendant un temps, l’expansion du crédit via les prêts subprimes a été globalement considérée comme une alliance vertueuse de la politique, de la technologie (qui rendait possible la titrisation complexe) ainsi que du secteur financier. Puis la situation est devenu incontrôlable, alimentée par l’avidité de ses initiateurs, par les spéculateurs qui ont utilisé les prêts subprimes pour justifier la construction de millions de maisons, et par les investisseurs qui ont tiré parti de produits dérivés pour amplifier ces prêts et les vendre aux quatre coins du monde.

Les prêts subprimes sont devenus le germe d’une crise financière mondiale –mais cela ne veut pas dire qu’ils sont toxiques par essence. On en a abusé, on en a fait le socle d’une pyramide corrompue –

mais la mauvaise utilisation des bonnes idées est une faille de la nature humaine, pas de l’histoire financière récente. Montages non supervisés, aucun audit préalable des acheteurs, peu de transparence quant à la constitution des portefeuilles de créances… autant de pratiques dangereuses sur le plan systémique. Mais il s’agit là de pratiques abusives. Les outils financiers tels que les subprimes ont été conçus pour être constructifs.

Au lendemain de la crise de 2008-2009, le raidissement des conditions de crédit (et le raidissement encore plus grand de la réglementation) nous a tristement replongé dans une époque antérieure aux années 1990, lorsqu’un bas revenu était synonyme d’incapacité à accéder à la propriété (immobilier, automobile, création de petite entreprise…). 

Cette sévérité a également compliqué l’accès au crédit chez les minorités et dans les quartiers durement touchés par le déclin industriel initié dans les années 1970. Les subprimes offraient une solution à ces problèmes; elles peuvent encore le faire.

Nous ne pourrons restreindre éternellement l’utilisation des subprimes. Nous avons besoin d’un crédit permettant d’huiler les rouages de notre économie, et l’accès au crédit est aujourd’hui beaucoup trop inégalitaire. Ce n’est pas l’excès de subprimes qui nous menace: leur absence serait beaucoup plus dangereuse. 

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