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Conseils, science, sante et bien-être


Inné vs acquis: non, la pratique ne fait pas tout

Publié par MaRichesse.Com sur 17 Octobre 2014, 07:38am

Catégories : #DEVELOPPEMENT, #ENFANT, #SANTE-BIEN-ETRE, #CERVEAU, #IMPORTANT

Inné vs acquis: non, la pratique ne fait pas tout

Il y a 10 ans, Magnus Carlsen, qui à l’époque n’avait que 13 ans, créa la sensation dans le monde des échecs quand il battit l’ancien champion du monde Anatoly Karpov lors d’un tournoi d’échecs à Reykjavik en Islande, et que le lendemain il fit match nul contre Garry Kasparov, alors le joueur le mieux noté et considéré par beaucoup comme le meilleur joueur d’échecs de tous les temps. L’accession au panthéon des échecs qui s’en est suivie pour Carlsen fut fulgurante: statut de grand maître international plus tard en 2004; première place ex aequo dans le championnat norvégien d’échecs en 2006; plus jeune joueur de l’histoire à devenir numéro 1 mondial en 2010; et joueur le mieux noté de l’histoire en 2012.

Qu’est-ce qui explique ce type de succès spectaculaire? Qu’est-ce qui fait que quelqu’un atteint le sommet en musique, dans le domaine des jeux, dans les affaires ou en sciences?

Cette question est le sujet de l’un des débats les plus vieux de la psychologie. Vers la fin du XIXe siècle, Francis Galton –fondateur de l’étude scientifique de l’intelligence et cousin de Charles Darwin– a analysé les archives génétiques de centaines de chercheurs, d’artistes, de musiciens et d’autres professionnels et a trouvé que l’excellence avait tendance à être héréditaire. Il a par exemple compté plus de 20 musiciens éminents dans la famille Bach –Johann Sebastian était simplement le plus connu. Galton en a conclu que les experts sont «nés». 

 

La règle des «10.000 heures»

Près d’un demi-siècle plus tard, le comportementalisme John Watson a au contraire plaidé que les experts étaient «faits» quand il a émis sa célèbre allégation selon laquelle il pourrait prendre un enfant au hasard et «l’entraîner à devenir n’importe quel type de spécialiste qu’[il] choisirait –médecin, avocat, artiste, marchand et oui, même mendiant et voleur, indépendamment de ses talents»

Le point de vue selon lequel les experts sont créés a dominé le débat durant les récentes décennies. Dans un article-clé publié en 1993 dans la Psychological Review –la revue de psychologie la plus prestigieuse qui soit– le psychologue suédois K. Anders Ericsson et ses collègues ont avancé que les disparités de performance entre les individus dans des domaines tels que la musique ou les échecs reflétaient largement les différences en termes de quantité de temps que les gens avaient passé à s’engager dans un «entraînement volontaire», ou dans des exercices d’entraînement spécifiquement destinés à améliorer leur performance.

Afin de tester cette idée, Ericsson et ses collègues on recruté des violonistes d’une illustre académie musicale berlinoise et leur ont demandé d’estimer la quantité de temps hebdomadaire qu’ils avaient consacré à un entraînement volontaire pour chaque année de leur carrière musicale.

La découverte principale de cette étude était que le plus accompli des musiciens avait accumulé le plus grand nombre d’heures d’entraînement volontaire. Ainsi la moyenne pour les violonistes d’élite était d’environ 10.000 heures, comparées à seulement 5.000 environ pour le groupe le moins accompli. Dans une seconde étude, la différence pour les pianistes était même plus importante –une moyenne de plus de 10.000 heures pour les experts, comparées à seulement 2.000 environ pour les amateurs.

Sur la base de ces découvertes, Ericsson et ses collègues ont soutenu que l’effort prolongé, et non le talent inné, expliquait les disparités entre experts et novices.

Ces découvertes se sont propagées à la culture populaire. Elles ont servi d’inspiration à ce que Malcolm Gladwell nomme la «règle des 10.000 heures» dans son livre Outliers, qui à son tour a servi d’inspiration à la chanson Ten Thousand Hours  du duo de hip-hop Macklemore et Ryan Lewis, chanson qui ouvre leur album The Heist, récompensé par un Grammy. 

Cependant, la recherche récente a montré que l’entraînement volontaire, même s’il est indéniablement important, n’est qu’une pièce du puzzle de l’expertise –et pas nécessairement la pièce la plus importante. Dans la première étude qui fait valoir cette thèse de façon convaincante, les psychologues cognitifs Fernand Gobet et Guillermo Campitelli se sont rendu compte que les joueurs d’échecs se distinguaient grandement au niveau de la quantité d’entraînement volontaire dont ils avaient besoin pour atteindre un niveau de compétence donné en échecs.

Par exemple, le nombre d’heures d’entraînement volontaire pour atteindre le statut de «maître» (un niveau d’expertise très élevé) allait de 728 à 16.120 heures. Cela signifie que l’un des joueurs a eu besoin de 22 fois plus d’entraînement volontaire qu’un autre pour devenir maître. 

 

L'entraînement n'explique pas tout

Une méta-analyse récente de la psychologue Brooke Macnamara et de ses collègues de l’Université de Case Western Reserve (parmi lesquels se trouve le premier auteur de cet article pour Slate) est arrivée à la même conclusion.

Nous avons cherché parmi plus de 9.000 publications potentiellement pertinentes et ultimement identifié 88 études qui rassemblaient des mesures d’une activité pouvant être interprétée comme un entraînement volontaire, puis reporté leurs relations à des mesures de compétence correspondantes (analyser une série d’études peut révéler une corrélation moyenne entre deux variables qui est statistiquement plus précise que le résultat d’une étude individuelle).

A de très rares exceptions près, l’entraînement volontaire correspondait indéniablement au niveau de compétence. En d’autres termes, les gens qui avaient dit qu’ils s’entraînaient beaucoup avaient tendance à être plus performants que ceux qui disaient s’entraîner moins. Mais les corrélations étaient loin d’être parfaites: la pratique délibérée laissait une plus grande part de la variation de compétence inexpliquéplutôt que de l’expliquer.

L’entraînement volontaire expliquait ainsi 26% de la variation dans les jeux tels que les échecs, 21% dans la musique et 18% dans le sport. L’entraînement volontaire n’expliquait donc pas tout, ni presque tout, ni même la majeure partie de la variation de performance dans ces domaines.

Concrètement, ce que signifie cette constatation, c'est que l’accumulation de beaucoup d’entraînement volontaire ne garantit pas que vous deviendrez un expert. D’autres facteurs entrent en ligne de compte. 

 

Une histoire de gènes, aussi

Quels sont ces facteurs? Ils sont indéniablement nombreux. Il peut s’agir de l’âge auquel la personne débute une activité. Dans leur étude, Gobet et Campitelli ont découvert que les joueurs d’échecs qui commençaient à jouer tôt atteignaient des niveaux de compétence plus élevés une fois adultes que les joueurs qui commençaient plus tard. Il est possible qu’il y ait durant l’enfance une fenêtre critique pour l’acquisition de certaines compétences complexes, tout comme il semble y en avoir une pour le langage.

Il existe désormais des preuves tangibles que les gènes entrent aussi en ligne de compte en matière de succès. Dans une étude menée par le psychologue du King’s College de Londres Robert Plomin, plus de 1.500 jumeaux au Royaume-Uni ont été identifiés par le biais de registres de naissance et recrutés pour passer une batterie de tests et de questionnaires, notamment un test d’aptitude au dessin dans lequel on demandait aux enfants de dessiner quelqu’un. Dans une analyse de ces données publiée récemment, les chercheurs ont trouvé une plus forte correspondance entre la capacité à dessiner chez les vrais jumeaux que chez les faux jumeaux.

En d’autres termes, si l’un des vrais jumeaux était bon en dessin, il y avait de fortes chances pour que son jumeau ou sa jumelle le soit aussi. Comme les vrais jumeaux partagent 100% de leurs gènes, alors que les faux jumeaux n’en partagent que 50% en moyenne, cette découverte indique que les différences d’un individu à l’autre en termes de capacité artistique de base sont en partie liées aux gènes. Dans une étude distincte basée sur ce même échantillon britannique, bien plus de la moitié de l’écart entre lecteurs expérimentés et lecteurs moins avancés a pu être attribuée aux gènes.

Dans une autre étude, une équipe de chercheurs de l’Institut de Karolinska en Suède, emmenée par la psychologue Miriam Mosing, a demandé à plus de 10.000 jumeaux d’estimer la quantité de temps qu’ils avaient consacré à l’entraînement musical et d’effectuer des tests de capacité musicale de base, comme de déterminer si deux mélodies avaient le même rythme.

La découverte surprenante de cette étude était que, malgré le fait que les capacités musicales sont influencées par les gènes– à hauteur de 38% environ– il n’y avait aucun signe qu’elles étaient influencés par la pratique. Pour une paire de vrais jumeaux, le jumeau qui faisait plus de musique n’était pas meilleur dans les tests que celui qui en faisait moins. 

 

Nous ne sommes pas égaux

La découverte ne signifie pas que s’entraîner ne sert à rien si vous voulez devenir musicien. Le type d’aptitudes retenu par les tests utilisés dans cette étude ne sont pas les seuls éléments nécessaires pour faire de la musique à un niveau élevé; des choses telles que savoir lire la musique, manier un clavier et se remémorer la musique sont aussi importantes et elles nécessitent de l’entraînement. Mais cela signifie qu’il y a des limites au pouvoir transformateur de la pratique. Comme Mosing et ses collègues l’ont conclu, la pratique ne rend pas parfait. 

Dans le même esprit, le biologiste Michael Lombardo et le psychologue Robert Deaner ont examiné les biographies de sprinters olympiques, hommes et femmes, comme Jesse Owens, Marion Jones et Usain Bolt, et découvert qu’ils avaient tous été exceptionnels comparés à leurs concurrents dès le début de leur carrière de sprinter –avant qu’ils n’aient cumulé bien plus d’entraînement que leurs pairs.

Ce qu’indiquent toutes ces découvertes, c'est que nous ne sommes pas égaux en termes d'aptitudes. Cette conclusion vous mettra peut-être mal à l’aise et c’est compréhensible.

A travers l’histoire, tant de mal a été fait au nom de prétendues inégalités génétiques entre différents groupes d’individus –hommes contre femmes, noirs contre blancs, etc. La guerre, l’esclavage et le génocide sont les exemples les plus effrayants des dangers de telles croyances, mais il y en a de nombreux autres. Aux Etats-Unis, les femmes n’ont pas eu le droit de vote avant 1920 parce que trop de gens croyaient que les femmes étaient de par leur constitution incapables de bon jugement. Depuis que John Locke a posé les jalons du mouvement des Lumières en avançant que nous naissions tous tabula rasa –des pages blanches– l’idée que nous sommes créés égaux a été le pilier central d’une vision «moderne» du monde. Inscrite telle qu’elle l’est dans la Déclaration d’indépendance comme une «vérité de base», cette idée a une signification spéciale pour les Américains. En effet c’est la pierre angulaire du rêve américain –la croyance selon laquelle chacun peut devenir ce qu’il veut avec suffisamment de détermination.

Il est donc crucial de faire la distinction entre l’influence des gènes sur les différences de capacités d’un individu à l’autre et l’influence des gènes sur ces différences d’un groupe d’individus à un autre. 

 

Tout dépend ce que l'on fait de l'inégalité

Le premier cas de figure a été établi au-delà du doute raisonnable par des décennies de recherche dans une variété de sujets, notamment la psychologie, la biologie et la génétique comportementale. Il existe désormais un consensus scientifique écrasant pour dire que les gènes contribuent aux différences individuelles de capacités. Le second cas de figure n’a jamais été établi et toute revendication inverse est tout simplement fausse.

Une autre raison pour laquelle l’idée d’inégalité génétique peut vous mettre mal à l’aise, c'est qu’elle agite le spectre d’une société anti-méritocratique, dans laquelle les prestations telles qu’une bonne éducation et des emplois bien payés iraient à ceux dont il se trouve qu’ils sont nés avec de «bons» gènes. Alors que la technologie du génotypage progresse, il n’est pas irréaliste de penser que nous aurons tous un jour les informations de notre patrimoine génétique et que d’autres –médecins, autorités, même employeurs ou compagnies d’assurance– pourraient avoir accès à ces informations et les utiliser pour prendre des décisions qui affecteront profondément nos vies. Cependant, ce souci confond découvertes scientifiques avec la façon dont ces découvertes pourraient être utilisées –c’est-à-dire que l’information sur la diversité génétique peut être tout aussi aisément bien utilisée que mal utilisée. 

Prenez l’exemple de l’intelligence, telle qu’elle est mesurée par le QI. Nous savons grâce à de nombreuses décennies de recherche en génétique comportementale qu’à peu près la moitié de la variation de QI entre les individus est due aux gènes. Entre autres nombreux indicateurs, le QI prédit le succès scolaire et une fois que nous aurons identifié les gènes spécifiques qui expliquent les différences individuelles de QI, cette information pourrait ainsi être utilisée pour identifier à la naissance les enfants avec le plus grand potentiel génétique pour le succès académique, de façon à les mettre dans les meilleures écoles. Cela créerait probablement une société encore plus inégale que celle que nous avons.

Mais cette information pourrait tout aussi aisément être utilisée pour identifier les enfants avec le plus bas potentiel génétique pour le succès académique, de façon à les mettre dans les meilleures écoles. Cela créerait probablement une société plus égalitaire que celle que nous avons, qui en identifiant ceux qui ont des chances d’être confrontés à des difficultés d’apprentissage leur fournirait le soutien dont ils ont besoin.

La science et la politique sont deux choses différentes et lorsqu’on ignore la première parce qu’on estime qu’elle va influencer l’autre de façon spécifique et néfaste, on limite le bien qui peut être fait. 

Ne serait-il pas mieux de simplement agir comme si nous étions égaux, malgré l’évidence du contraire? Ainsi personne ne serait découragé de poursuivre ses rêves –participer aux Jeux olympiques, se produire au Carnegie Hall ou gagner un prix Nobel. La réponse est non, pour deux raisons. 

 

Des avantages de reconnaître les inégalités

La première est que l’échec coûte cher, autant à la société qu’aux individus. Prétendre que tous les individus ont des capacités égales ne changera pas le fait qu’une personne avec un QI moyen a peu de chances de devenir un chercheur en physique, ou le fait qu’une personne avec un bas niveau de capacité musicale a peu de chances de devenir un pianiste de concert. Il est plus sensé de s’attacher aux capacités des individus et aux chances qu’ont ceux-ci d’atteindre certains buts, de façon à ce que les gens puissent prendre de bonnes décisions quant aux buts qu’ils veulent dépenser leur temps, leur argent et leur énergie à poursuivre. De plus, les gènes influencent non seulement les aptitudes mais les milieux que nous créons pour nous-mêmes et pour les activités que nous préférons –un phénomène connu sous le nom de corrélation gène-environnement. Une autre étude récente sur les jumeaux (ainsi que l’étude de l’institut Karolinska) a par exemple découvert que l’entraînement musical était conditionné par les gènes. Forcer quelqu’un à poursuivre une carrière pour laquelle il ou elle est génétiquement inadéquat a peu de chances de marcher.

La deuxième raison pour laquelle nous ne devrions pas prétendre que nous sommes dotés des mêmes capacités est que cela perpétue le mythe à l’origine de quantité d’inaction dans la société –le mythe selon lequel les gens peuvent se hisser au même niveau si seulement ils font assez d’effort.

Vous n’êtes pas chirurgien cardiologue? Vous n’avez pas suffisamment travaillé à l’école, c’est votre faute! Vous n’êtes pas parvenu à devenir concertiste? Vous n’avez pas du le vouloir tant que cela. L’inégalité sociale est par conséquent légitimée au motif que tout individu qui est d’accord pour y mettre le temps et l’effort nécessaires peut réussir et devrait être récompensé par une vie agréable, tandis que ceux qui se battent pour joindre les deux bouts sont responsables de leur situation et devraient se relever par leurs propres moyens.

Si l’on admet que les individus diffèrent dans ce qu’ils ont à offrir, alors nous avons un argument pour une société dans laquelle tous les êtres humains ont droit à une vie qui inclut l’accès à un logement décent, à des soins médicaux et à l’éducation, simplement parce qu’ils sont humains.

Nos capacités ne sont peut-être pas identiques et nos besoins différent certainement, mais nos droits humains élémentaires sont universels.

David Z. Hambrick et Fernanda Ferreira et John M. Henderson 

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