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Etats-Unis: les pontes de la finance à la barre pour un procès historique

Publié par MaRichesse.Com sur 11 Octobre 2014, 17:51pm

Catégories : #ECONOMIE, #JUSTICE, #ETATS-UNIS

Etats-Unis: les pontes de la finance à la barre pour un procès historique

Fidèle au poste depuis le début du procès AIG, Elizabeth, une retraitée du monde de la finance âgée de 70 ans, a assisté, fascinée, aux témoignages des pontes de l'économie venus défendre l'action de l'Etat américain durant la crise de 2008.

«Avoir l'occasion de s'asseoir dans un tribunal pour entendre les personnages les plus puissants du monde financier parler de la terrible crise financière, ça fait partie de l'idée d'être Américain!», affirme cette spectatrice d'un procès exceptionnel intenté à Washington.

L'Etat fédéral y est poursuivi par un ancien patron et actionnaire d'AIG pour ses actions lors du sauvetage du premier groupe mondial d'assurances quand il se trouvait au bord de la faillite en septembre 2008.

Dans la petite salle de ce tribunal fédéral spécialisé dans les plaintes contre le gouvernement, situé à deux pas du Trésor précisément mis en cause dans le procès, autant d'avocats que de journalistes, ainsi que de rares spectateurs se sont disputés les quelques dizaines de places pendant cette première semaine d'audiences.

Il s'agissait de ne pas manquer le témoignage historique des trois grands architectes de la réponse des autorités financières américaines à la débâcle de 2008: Henry Paulson, secrétaire au Trésor fin 2008, Timothy Geithner, ex-président de la Réserve fédérale de New York puis numéro Un du Trésor, et surtout Ben Bernanke, ancien président de la banque centrale, la Fed.

Ces responsables ont subi, parfois avec réticence, le feu des questions de l'un des avocats les plus réputés de la place. David Boies, qui représente en l’occurrence le plaignant Maurice Greenberg, un ancien PDG d'AIG, fut notamment le conseiller du candidat malheureux à l'élection présidentielle de 2000, Al Gore, lors du dépouillement des suffrages contestés de Floride.

Armé d'une patience à toute épreuve, vêtu d'un costume mais chaussé de larges tennis confortables, le juriste âgé de 73 ans ne cesse d'invoquer emails, mémos et autres minutes de réunions au sommet. Deux murs d'étagères dressées dans la salle contiennent 150 classeurs de documents pour chacun des deux camps.

- Ben Bernanke a un nom de code -

L'avocat fait ainsi revivre ce week-end de la mi-septembre 2008 qui a vu la place financière trembler avec la faillite de Lehman Brothers et le sauvetage d'AIG entre autres. On apprend notamment que Ben Bernanke utilise un nom de code («Edward Quince») pour ses emails internes sur ces dossiers sensibles.

«Entendre que Morgan Stanley et Goldman Sachs n'étaient pas sûrs de rouvrir leurs portes le lundi suivant est quelque chose dont je n'avais jamais eu idée. Cela m'a choqué», a commenté Elizabeth, qui a travaillé dans plusieurs firmes financières à New York et veut taire son nom.

Tandis que Timothy Geithner esquive volontiers les questions par de nombreux «je ne sais pas» ou «je ne m'en souviens plus», Ben Bernanke, ex-patron de la Fed, répond par des monosyllabes à l'avocat des plaignants. L'ancien professeur d'économie change de ton toutefois lorsqu'il est interrogé par le défenseur de l'Etat et qu'il se laisse aller à expliquer les causes de la crise.

«Pouvez-vous parler plus lentement?», supplie soudain la sténographe faisant rire la salle. «Je ne sais pas si je peux», répond Ben Bernanke dans un rare sourire.

Dans ce procès en action collective, Maurice «Hank» Greenberg, 89 ans, reproche au gouvernement américain d'avoir spolié les actionnaires du groupe, dont lui-même, lors du sauvetage de l'assureur.

AIG a été renfloué en septembre 2008 par des injections exceptionnelles de fonds publics qui finiront par atteindre 182 milliards de dollars, assorties de taux d'intérêt très élevés. En contrepartie, l'Etat s'est emparé de 79,9% de son capital, diluant les actifs des actionnaires. Les plaignants réclament 40 milliards de dollars en réparation de la dépréciation de leurs actions.

La plainte ne choque pas Elizabeth: «Ces gens ont le droit de penser qu'ils ont été lésés. Cela aussi, fait partie de l'Amérique», affirme-t-elle, se disant «très curieuse de connaître la décision du juge».

Le procès, présidé par le juge Thomas Wheeler, est censé durer plus de six semaines. 

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