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Conseils, science, sante et bien-être


« Qui aime bien châtie bien »: La punition est nécessaire au bon développement des enfants

Publié par MaRichesse.Com sur 23 Septembre 2014, 17:35pm

Catégories : #FAMILLE, #ENFANT, #DEVELOPPEMENT

Plus de 9000 familles étudiées et une conclusion : le secret d’une éducation réussie demeure… “qui aime bien châtie bien”
 

« Qui aime bien châtie bien »: La punition est nécessaire au bon développement des enfants

Atlantico : Dans une société où la fessée est bannie et la parole de l'enfant sacralisée, l'idée que la punition est nécessaire au bon développement des enfants ne fait pas consensus. Dans quelle mesure la capacité des parents à allier fermeté et affection peut-elle être bénéfique aux enfants ? 

 

Jean-Paul Mialet : La plupart des êtres vivants – surtout  les mammifères –  naissent inachevés. C’est en se frottant à leur environnement qu’ils développent des comportements adaptés. Cela est particulièrement vrai pour l’être humain. Il vient au monde avec quelques réflexes de survie très limités, comme le réflexe de la tétée.

Pour le reste, tout est à apprendre : d’où une incomparable liberté adaptativeEn raison de la complexité de son système nerveux, il est de plus capable de se montrer créatif. Et la créativité de l’espèce humaine va  jusqu’à transformer l’environnement naturel en données abstraites véhiculées par le langage. Le développement de l’être humain se fait donc au sein d’un milieu complexe qui n’est pas seulement l’environnement concret, mais aussi l’environnement d’une culture. Et dans un bain affectif qui implique deux parents aimants mais aussi détenteurs d’un pouvoir sur lui. Pouvoir de fait et pouvoir symbolique : celui des "grands".

Alors que le chat évitera de se rapprocher de la flamme en raison d’un instinct qui veille en lui, le bébé s’approchera du feu animé par une curiosité utile, mais dangereuse. L’exploration de l’environnement par l’enfant connaît à l’origine peu de limites. C’est aux parents d’indiquer ces limites. Contenir la curiosité de l’enfant ne va pas sans larmes : c’est s’opposer à son désir. Or les parents, dans leur rôle éducatif, doivent en permanence s’opposer à des désirs désordonnés pour permettre à l’enfant de s’adapter non seulement aux données naturelles, telles que le feu qui brule, mais aussi à des données culturelles, tels que les horaires de repas, les impératifs de propreté etc. Toutes ces limites ne peuvent être convenablement apprises que dans un climat affectif rassurant, qui permet à l’enfant de ne pas se sentir simple objet de relations de pouvoir, mais aimé. Le "non" des parents est ainsi un "non" qu’il apprend à respecter, et dont il vérifiera dans certains cas le bien-fondé, par exemple s’il se brûle dans ce feu qu’on lui avait demandé d’éviter ou s’il se pince dans cette porte qu’il fallait cesser de secouer. Le "non" représente ainsi  l’autorité d’adultes bienveillants qui ne cherchent pas qu’à s’affirmer en le bridant.

Il peut néanmoins être parfois nécessaire de faire preuve d’une grande vigueur pour contenir l’enfant. Et pour le protéger comme pour s’en protéger. Son appétit exploratoire le met quelquefois en grand péril et on doit alors agir sans prendre le temps d’expliquer ; ou bien, il peut, avec les meilleures intentions du monde,  endommager des objets auxquels on tient. La bienveillance et l’explication ne sont alors plus de mises : il faut réagir vite. Il y a aussi des règles de vie qui ne s’expliquent pas et doivent simplement être admises.

 

L’encadrement éducatif des parents exige donc de savoir s’opposer à l’enfant – on ira jusqu’à dire : de savoir s’imposer. Or l’enfant, au même titre qu’il cherche à explorer le monde des objets, évalue également sa capacité à occuper un espace de pouvoir. Les conflits avec les parents ne sont donc pas seulement le produit d’interdictions destinées à protéger l’enfant contre des menaces de tous ordres, mais également des enjeux de pouvoir. Quand l’enfant, après avoir subi les "non" des parents dans ses premières années, dit à son tour "non" à ses parents, il s’affirme. "Il se pose en s’opposant", disait le psychologue Wallon.

Il revient donc aux parents de savoir dire non à l’enfant à la fois pour le protéger contre les dangers de l’environnement et contre lui-même, animé par ses ambitions de toute-puissance. Ce rôle interdicteur peut dans la plupart des cas se réaliser dans le calme, soutenu par la patience et l’amour. Mais l’interdiction doit être quelquefois assortie de punitions. Celles-ci peuvent être nécessaires précisément pour rétablir le calme… indispensable à des relations apaisées. 

 

Comment trouver le juste équilibre entre échange et punition alors que les parents hésitent bien souvent à gronder leurs enfants, craignant le désamour de ces derniers ? 

 

Votre question me semble trahir une préoccupation majeure de notre époque : on ne parle plus que de l’amour, en craignant d’être en défaut de ce point de vue.  En ce qui concerne les enfants, on aurait tort pourtant de redouter leur désamour. Aux rares instincts dont ils sont équipés à leur venue au monde, il faudrait ajouter un puissant besoin d’aimer, qui s’orientera naturellement vers les personnes nourricières. On sait d’ailleurs combien les enfants maltraités aiment leurs parents – peut-être plus que d’autres. Il y a d’ailleurs là matière à réflexion : aimer ses enfants, c’est entretenir avec eux des relations qui leur permettront de s’autonomiser. L’expérience montre que les parents rejetants sont trop aimés par leurs enfants, qui, même devenus adultes, restent en quête de ce dont ils ont manqué et ne parviennent pas à s’autonomiser.

Pour répondre plus directement, il n’y a pas de véritable recette. L’éducation des enfants doit en effet être dirigée par l’amour, mais aussi par la responsabilité que l’on ressent à l’égard de ceux que l’on aime et qui dépendent tant de vous. La punition est parfois nécessaire. Elle est un recours qui dépend des circonstances et des cas. Certaines périodes du développement se déroulent dans la confrontation – confrontation constructive mais qui demande à être bornée ; certains tempéraments ont plus que d’autres besoins d’être contenus. Elle sera bien acceptée par des enfants qui sentent que les parents ne poursuivent pas simplement un but personnel, qu’il ne s’agit pas de les conformer à des attentes propres ou à celles d’une société convenue. Partager avec l’enfant, échanger, prendre plaisir à ce qu’il apporte en lui apportant ce qu’on est soi-même : voilà les fondements d’une relation  –  n’est-ce pas, après tout, cela qu’il convient d’appeler amour ? – qui rendra l’enfant indulgent vis-à-vis de toutes les erreurs éducatives.  Devenu adulte, si  la relation a baigné dans cette sincérité affective, l’enfant pardonnera aussi bien à ceux qui se sont montrés trop rigoureux et punitifs qu’à ceux qui, à l’inverse, ont pêché par défaut en faisant preuve de laxisme. L’éducation parfaite est un idéal : nul doute que la plus grande des erreurs serait de vouloir être le parent idéal, s’employant à fabriquer un enfant idéal. 

 

Quelles compétences un enfant familiarisé avec le concept de punition, dans un environnement bienveillant, sera-t-il plus à même de développer facilement ? 

 

On confond volontiers rigueur et punition et c’est sans doute ce qui a contribué à légitimer pour certains une sorte de phobie d’une éducation rigoureuse. Plutôt que de familiarité avec la punition, je préférerais parler de familiarité avec la rigueur – cette dernière pouvant occasionnellement s’appuyer sur la punition. On vient de le dire : la rigueur est un encadrement protecteur qui évite de se croire trop libre et de se faire du mal. Dès que l’on sort de l’environnement bienveillant et protecteur de la famille, il faut bien s’adapter à des réalités déplaisantes : au fond, le monde se soucie peu de vous. Avoir appris à respecter les exigences de ceux avec lesquels on vit en famille aidera à se plier aux exigences d’une collectivité plutôt indifférente, et qui vous évalue selon ce que vous lui apportez. La rigueur favorise donc l’adaptation sociale. Elle permet aussi d’accepter plus aisément les injustices de l’existence : "la vie ne fait pas de cadeau", comme on dit et il faut bien, par moment, se résigner en attendant son heure. Mais elle est aussi un facteur de construction personnelle. Dès les années 90, j’avais été frappé par des commentaires de mes patients enseignants sur l’attention de leurs élèves : tous m’expliquaient qu’il devenait de plus en plus difficile de maintenir la concentration d’une classe au-delà d’une trentaine de minutes. Or, qu’est-ce que la concentration ? C’est l’effort de maintenir une attention volontaire, intentionnellement engagée dans une tâche considérée comme prioritaire, en résistant aux distractions – c’est-à-dire aux tentations de ce qui capte l’attention spontanée, réflexe. Cet effort exige de savoir se dire "non" mentalement. Faute d’avoir appris la rigueur qui permet de maintenir sa pensée dans un cadre, il y a le risque de vivre dans une dispersion qui ne permet ni d’apprendre comme il faut ni de se construire en profondeur. Est-ce la raison pour laquelle foisonnent aujourd’hui  ces troubles de l’attention de formes diverses, qui frappent tant mes confrères, alors qu’ils n’existaient pas hier, dans les années 70 ? On peut s’interroger.

 

 

Y a-t-il de bonnes et de mauvaises façons de punir son enfant ? Comment faire pour que la punition induise un effet positif et pédagogique durable ?

Pour les bonnes façons, je crois avoir répondu à la question. Dans les mauvaises façons, j’en distinguerai deux formes. Il y a d’abord la punition de parents exaspérés qui n’ont pas su anticiper leurs limites. La perte de contrôle est alors contre-productive : elle est culpabilisante pour les parents, angoissante pour l’enfant et elle ne permet pas de choisir avec discernement la sanction. Une autre façon de punir est également négative.  S’il s’agit de punir pour punir, pour faire plier son enfant, si la relation éducative où se conjugue amour et désir de transmettre se mue en une épreuve de force, si la punition s’apparente au dressage, elle sera nécessairement mal reçue.

Elle peut même renforcer, par bravade, le comportement qui devait disparaître.

Puisque l’on parle de dressage, évoquons à ce propos les études réalisées sur la punition par les spécialistes du conditionnement animal. On sait que, dans la perspective du conditionnement, un comportement apparaît parce qu’il a des effets bénéfiques qui le renforcent, et qu’il s’éteint lorsqu’il n’est plus renforcé. Le rat qui, dans sa cage, appuie sur un levier, a sélectionné ce comportement parce qu’il lui valait une graine. Il cesse d’appuyer après avoir recommencé la manouvre plusieurs fois sans effet. Que se passe-t-il si, quand il appuie, il reçoit un choc électrique ? Le comportement disparaît immédiatement. Mais le conditionnement n’est pas éliminé et après une période de pause, l’appui sur le levier reprendra de plus belle. La punition semblerait ainsi fixer le comportement, alors que l’extinction élimine le conditionnement. Belle démonstration qu’un comportement indésirable peut disparaître du répertoire tout en restant fortement présent.

Ceci nous amène aux limites de la punition. Elle est utile dans certains cas pour interrompre immédiatement un comportement inapproprié, pour briser un cercle vicieux, pour rétablir le calme avant de perdre son contrôle. Mais elle ne peut pas se substituer à l’effort pédagogique qui permet à l’enfant d’en comprendre la raison et de trouver en lui la motivation nécessaire pour mettre fin au "comportement indésirable". Un enfant ne se dresse pas, il s’éduque avec le soutien de ses parents.

 

Quels sont les risques à être trop laxiste, ou au contraire trop autoritaire ? 

Trop laxiste : il me semble que la question a déjà été abordée. Des expériences telles que Summerhill (cf . "Libres enfants de Summerhill") ont amplement démontré les limites d’une éducation laxiste qui ne privilégie que la liberté de l’enfant. L‘insertion sociale est compromise. Trop autoritaire ? Reprenons ce que nous disions au début. Tout l’effort éducatif des parents vise à rendre l’enfant autonome. Pour cela, il est indispensable qu’il construise un espace mental propre, c’est-à-dire un espace intérieur où il s’autorise à penser à sa façon. Le danger de l’abus d’autorité est de faire de l’enfant un automate qui ne sait que réagir aux ordres et n’ose pas penser par lui-même. Adulte, cet enfant deviendra un clone qui se conforme en tous points aux exigences des parents, ou à l’inverse un révolté qui n’a de cesse de saper leur autorité, même lorsque cela a perdu son sens.

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