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Des avions nucléaires russes dans le ciel américains

Publié par MaRichesse.Com sur 10 Septembre 2014, 03:32am

Catégories : #RUSSIE, #OTAN, #OBAMA, #ETATS-UNIS, #POUTINE, #EUROPE

Des avions nucléaires russes dans le ciel américains

Un scénario pourrait-il conduire le président russe à lancer une ou deux petites frappes tactiques contre un membre de l’Otan, par exemple la Pologne ou la Lituanie? Certains analystes russes ne sont pas loin de le penser.

Toujours prêt à infliger une bonne leçon de géopolitique à ses adversaires, surtout lorsqu’ils sont enclins à sous-estimer son audace, Vladimir Poutine, au cours d’un forum de la jeunesse organisé au nord de Moscou fin août, a rappeléque «la Russie est l’un des pays nucléarisés les plus puissants du monde. C’est une réalité, pas juste des mots.» (Et c'est absolument exact.)

Quinze jours plus tôt, le 14 août, lors d'une conférence à Yalta, le président russe avait confié aux différents groupes de la Douma, la Chambre basse du Parlement russe, qu’il envisageait sous peu de «surprendre l’Occident avec nos nouveaux développements dans le domaine des armes nucléaires offensives, que nous garderons pour nous pour le moment». Au même moment, des bombardiers nucléaires et des chasseurs stratégiques russes étaient accusés de violer de plus en plus souvent l'espace aérien des Etats-Unis et des pays d’Europe de l’Ouest, tandis qu’au fond des mers s'affrontaient des sous-marins nucléaires russes et américains, rappelant les pires épisodes de la Guerre froide.

Pendant que les dirigeants des membres de l’Otan se réunissaient pour un sommet au Pays de Galles, la Russie annonçait que ses forces stratégiques nucléaires allaient se livrer ce mois-ci à des exercices d’une ampleur inédite. Quant au Kremlin, il a déclaré s’apprêter à rectifier sa doctrine militaire de manière à l’adapter aux tensions croissantes entre la Russie et l’Otan. La signification de tout cela n’est pas très claire, mais étant donné l’escalade de la tension avec l’Alliance atlantique, cela ne présage rien de bon.

La Russie aurait également enfreint les termes du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, qui lui interdit (ainsi qu’aux Etats-Unis) de posséder des missiles susceptibles d’être utilisés contre des cibles européennes. Si Barack Obama est entré à la Maison Blanche en espérant réduire les stocks d’armes atomiques et faire du monde un lieu plus sûr, on dirait bien qu’il la quittera en laissant derrière lui une Russie dotée d’un arsenal nucléaire plus mortel que jamais depuis la Guerre froide.

 

 

 

Mais Poutine n’oserait pas avoir recours à la force nucléaire, pas vrai? Andrei Piontkovski, scientifique et opposant de longue date au président russe, ancien directeur du Centre d’études stratégiques de Moscou et analyste politique pour le BBC World Service, l’en croit parfaitement capable. En août, il a publié un récit dérangeant de ce qu’il croit Poutine prêt à faire pour sortir vainqueur de l’impasse dans laquelle il se trouve avec l’Occident –et, par la même occasion, détruire l’Otan en tant qu’organisation et en finir avec ce qu’il reste de crédibilité à l’Amérique dans son rôle de gardien de la paix du monde.

Un scénario d'une terrifiante pertinence

Compte tenu des récentes remarques et provocations du président russe, le scénario proposé par Piontkovski revêt une terrifiante pertinence. Pire, si les événements déclencheurs qu’il décrit venaient à se produire, il deviendrait logique, peut-être même inévitable.

Piontkovski explicite la position des deux camps qui conseillent Poutine sur la manière de résoudre la crise ukrainienne. Le premier, le «Camp de la paix» comme il l’appelle, composé de responsables de think-tanks influents, notamment de Serguei Karaganov, directeur de l’Ecole des hautes études en sciences économiques de Moscou, presse Poutine de proclamer la victoire en Ukraine dès à présent, mettant ainsi un terme au conflit. Pour ce camp, il est évident que l’Otan, qui a bien compris que Moscou était prêt à aller très loin pour empêcher l’Ukraine de sortir de son orbite, n’invitera certainement jamais l’ancienne république soviétique à rejoindre ses rangs. Et la Russie a déjà gagné l’assentiment tacite de la communauté internationale lors de son annexion de la Crimée.

Piontkovski écarte d’emblée l’éventualité que Poutine adopte cette solution. S’il décidait de suivre cette voie, le président russe aurait l’air vaincu et verrait se profiler l’ombre du destin de Nikita Khrouchtchev, premier secrétaire du Parti communiste écarté du pouvoir et forcé à prendre sa retraite après sa tentative avortée et presque catastrophique, en 1962, d’assurer le communisme à Cuba en y installant des missiles nucléaires.

L’autre camp faisant pression sur Poutine, le «Camp de la guerre», propose quant à lui deux possibilités au président russe. La première, écrit Piontkovski, est un «scénario romantique et édifiant: la Quatrième Guerre mondiale entre le monde russe orthodoxe, aujourd’hui de nouveau debout, et le monde anglo-saxon pourri et décadent». (La Troisième Guerre mondiale a, selon ce camp, déjà eu lieu: c’était la Guerre froide). Cette Quatrième Guerre mondiale serait une guerre conventionnelle contre l’Otan —et elle ne se passerait pas bien du tout. Etant donné la supériorité militaire de l’Otan et la relative faiblesse économique, scientifique et technologique de la Russie, une campagne conventionnelle s’achèverait sur sa défaite, conclut Piontkovski.

Une seule option, l'attaque nucléaire

Ce qui ne laisse qu’une seule option à Poutine: l’attaque nucléaire. Pas un lancer massif de missiles balistiques intercontinentaux sur les Etats-Unis ou l’Europe de l’Ouest, qui conduirait à un holocauste atomique suicidaire, mais une ou deux petites frappes tactiques contre un membre de l’Otan pour qui peu d’Occidentaux se sentiraient prêts à mourir. Piontkovski conjecture que, dans un tel conflit, c’est le pays nucléarisé doté «de la plus grande volonté politique»de modifier le «statu quo» géopolitique et –surtout– doté de la «plus grande indifférence quant à la valeur de la vie humaine» qui prévaudrait. A votre avis, de quel pays s’agirait-il?

Qu’est-ce qui déclencherait une attaque russe? Selon le scénario de Piontkovski, cela pourrait prendre une forme aussi simple que celle d’un plébiscite: la ville estonienne de Narva, en grande majorité russophone et voisine de la Russie, pourrait décider d’organiser un référendum sur la possibilité de rejoindre la mère patrie, par exemple. Pour aider ses citoyens à «exprimer librement leur volonté» dans les urnes, la Russie pourrait envoyer une brigade de «petits hommes verts armés jusqu’aux dents», un peu comme ce qu’elle a fait en Crimée en mars dernier.

L’Estonie invoquerait alors l’Article 5 de la charte de l'Otan –«une attaque armée contre l’une ou plusieurs [des parties membres de l’Otan]… sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties»– et exigerait que l’Alliance prenne sa défense. Lorsqu’il a pris la parole à Tallinn, capitale de l’Estonie, la veille du sommet de l’Otan au Pays de Galles, c’est exactement cequ'a promis le président Obama«La défense de Tallinn, Riga et Vilnius est tout aussi importante que la défense de Berlin, Paris et Londres», a-t-il affirmé.

Et soudain, le plus terrifiant des cauchemars se réalise: l’Otan se retrouve confrontée à l’éventualité de faire la guerre à la Russie.

«Pas question de mourir pour Narva»

Quelle serait la réaction de Poutine? Piontkovski pense que l’Otan rechignerait à attaquer Moscou pour défendre un petit pays si loin de son centre et du cœur des citoyens de ses pays membres. Le chercheur imagine les possibilités s’offrant à Obama, lauréat du Nobel de la Paix confronté à l’idée de déclencher un holocauste planétaire pour «une pauvre petite ville dont personne n’a jamais entendu parler», tandis que le public américain hurlerait: «Monsieur le Président, pas question de mourir pour cette Narva de merde!» Piontkovski évoque également un sondage d’opinion allemand demandant ce que Berlin devrait faire si l’Estonie entrait dans un conflit armé contre la Russie: 70% des personnes interrogées souhaiteraient que leur pays reste neutre.

Piontkovski essaie ensuite d’envisager la situation dans laquelle Poutine se trouverait si l’Otan intervenait pour sortir ses petits hommes verts de Narva. Poutine choisirait-il le suicide en lançant ses missiles contre les Etats-Unis? Sûrement pas. Il opterait plutôt pour une réponse sous forme de frappe nucléaire limitée contre une ou deux capitales européennes —pas Paris ou Londres mais des villes plus petites, sans doute d’Europe de l’Est, de pays n’ayant rejoint l’Otan que tout récemment. C’est Varsovie, contre qui la Russie a déjà effectué des manœuvres de simulation d’attaque nucléaire, qui vient d’abord à l’esprit. Ou alors la capitale lituanienne Vilnius. L’idée est que Poutine parierait sur le fait que les décideurs de Washington, Berlin, Londres et Paris ne répondraient pas avec des armes atomiques contre la Russie si elle frappait «seulement» une ou deux villes quasiment inconnues de la plupart des Occidentaux –et pour lesquelles ils n’auraient certainement aucune envie de mourir.

L’issue de cette manœuvre hypothétique de Poutine serait une réelle capitulation de l’Otan. La crédibilité de son rôle de garante de la sécurité de ses Etats membres serait complètement détruite, tout comme l’hégémonie américaine, qui repose largement sur la menace du recours à la force. Poutine serait alors libre de n’en faire qu’à sa tête, en Ukraine et partout où il aurait le sentiment que les intérêts russes sont menacés.

Sentiment anti-guerre en Russie

Tout cela peut sembler un peu tiré par les cheveux. A première vue, Poutine a des raisons évidentes de ne pas vouloir être le premier à lancer des armes nucléaires contre quiconque, pas même contre de farouches adversaires membres de l’Otan. Ce serait pour le moins risqué et entacherait de façon indélébile son standing, et celui de la Russie, dans l’Histoire. Le monde entier s’unirait contre lui et pourrait davantage nuire à l’économie russe, très dépendante des importations de nourriture et des exportations d’hydrocarbures, que quiconque ne se l’imagine à l’heure actuelle.

En outre, un formidable sentiment anti-guerre règne en Russie. Depuis le début de la crise, s’être opposé à l’Occident et avoir repris la Crimée a valu à Poutinel'adoration du public russe, qui approuve même l’armement des rebelles séparatistes dans l’est de l’Ukraine. Mais les Russes ne montrent aucun penchant pour l’intervention militaire directe, ce qui explique entre autres pourquoi le Kremlin ne cesse d’affirmer qu’il n’a ni troupes, ni matériel sur le sol ukrainien.

Il vaut tout de même la peine de se souvenir que depuis 2000, la doctrine nucléaire de la Russie prévoit le déploiement d’armes nucléaires tactiques pourdésamorcer un conflit avec l’Otan dans le cas où les forces russes seraient vaincues dans le cadre d’un conflit conventionnel –ce qui montre que le Kremlin fait déjà le pari que ni Obama, ni les dirigeants d’autres puissances nucléaires n’appuieront sur le bouton s’ils peuvent l’éviter.

Et le Kremlin a probablement raison. 

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