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Le manque d'argent va-t-il enfin conduire les partis politiques à se servir vraiment d'Internet?

Publié par MaRichesse.Com sur 28 Juillet 2014, 10:13am

Catégories : #ARGENT, #POLITIQUE, #INTERNET

Le manque d'argent va-t-il enfin conduire les partis politiques à se servir vraiment d'Internet?

L'UMP et le PS croulent sous les dettes, tandis que les petits partis disposent de budgets très réduits. Le moment est-il venu pour eux de mieux exploiter Internet lors des campagnes électorales? 

 

En pleine période de tatônnement idéologique, les partis de gouvernement sont aussi en crise économique: l’UMP, grevée par un passif de 74,5 millions d’euros, et le PS, endettéà hauteur de 44 millions d’euros fin 2012, sont au bord du gouffre financier. Plutôt que de faire un grand pas en avant, il serait peut-être temps pour eux de faire un pas de côté.

Autrement dit, au lieu de dépenser des sommes faramineuses dans des frais de communication, de sondages et de meetings lors des prochaines campagnes présidentielles, au risque de crever le plafond fixé par décret à 22,5 millions d’euros, ne serait-il pas plus opportun pour eux de mieux utiliser Internet?

«Le moins cher et le plus efficace»

Le potentiel de viralité du web, son caractère participatif et son coût modeste en font un outil de propagande et de mobilisation important. Les petits partis, qui disposent de moyens réduits et n’ont pas forcément accès facilement aux médias, l’ont bien compris.

Historiquement très présent sur Internet (c'est le premier parti a avoir eu un site Internet en 1996, à l'initiative de Martial Bild), le FN en a par exemple fait la pierre angulaire de sa stratégie de communication pour la présidentielle de 2012, en en faisant un redoutable instrument de propagande et de dédiabolisation.

Le Front de gauche a lui aussi fait un usage habile d'Internet en 2012, notamment avec sa plateforme placeaupeuple2012.fr, par laquelle circulaient de nombreuses informations et vidéos homoristiques et pédagogiques (la websérie En marche) à partager.

Europe Ecologie-Les Verts (EELV) s’était également fait remarquer en 2012 par ses vidéos de campagne «L’abstention fait peur aux chatons», mettant en scène des LOLcats, et qui incitaient les Français à voter. 

Il y a même un micro-parti, l'Union populaire républicaine (UPR), qui vit presqu'exclusivement sur Internet.

En 2017, les avantages d’Internet pourraient convaincre plus facilement les grands partis, compte-tenu de leur situation financière. C'est ce que pense l'ex-responsable Internet de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, en rupture avec celui-ci depuis,Arnaud Dassier, qui nous explique:

«Comme l’UMP va devoir prendre des précautions en 2017 dans ses dépenses, elle a intérêt à privilégier Internet, plutôt que de gaspiller bêtement de l’argent dans des meetings où on ne fait que parler à des sympathisants

Tous les spécialistes s’accordent pour dire que le coût d’Internet, relativement aux autres dépenses de campagne, est avantageux. «La dématérialisation générée par la numérisation des campagnes induit des économies substantielles, notamment en termes de communication», analyse Clément Sénéchal, ex-community manager de Jean-Luc Mélenchon lors de la campagne de 2012, auteur de Médias contre médiasLa société du spectacle face à la révolution numérique«Internet est, relativement aux autres outils de mobilisation, le moins cher et le plus efficace», confirme Arnaud Dassier.

De plus, il suffit parfois de peu pour que l’exploitation d’Internet porte ses fruits. Alors qu’en 2012 l’équipe «web campagne» de François Hollande était composée d’unetrentaine de personnes, celle de Jean-Luc Mélenchon n’en comprenait «en tout et pour tout» que quatre, selon Clément Sénéchal. Or en 2012 le candidat du Front de gauche avait été couronné «champion du Net» par le Lab sur la base des enquêtes menées par différentes agences du web, pour son engagement et sa gestion des réseaux sociaux, et sa capacité à mobiliser par Internet«Nous n'avions pas 1/10e du budget des grandes formations», souligne son ex-community manager.

Mais plusieurs obstacles entravent ce renouvellement des modes de mobilisation. D’abord, les deux partis de gouvernement restent sur une mauvaise impression vis-à-vis d’Internet.

«L’UMP a fait un usage désastreux d’Internet depuis 2008, en le réduisant à un gadget médiatique, affirme Arnaud Dassier. Tout ce qui a été retenu, c’est le lipdub

Le clip des jeunes UMP a effectivement été «la risée du Net» en 2009. La frilosité de l'UMP à l'égard d'Internet peut également s'expliquer par le fiasco qu'avait connu son réseau social lancé en janvier 2010, «Les créateurs de possibles», qui n'avait vécu qu'un an, et avait coûté 1 million d'euros... pour seulement 15.000 inscrits!

Des partis de cadres, qui ont du mal avec le web

Quant au PS, après la période faste de 2007, marquée par la création du site participatif Désirs d’avenir pendant la campagne de Ségolène Royal, l’élan est retombé.  En 2010, il avait lancé la CooPol, un réseau social qui, s'il a survécu à celui de l'UMP, n'a montré qu'une efficacité très relative. Le Premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis a d'ailleurs déclaré mercredi 23 juillet dans Paris-Match:

«Nous devons créer un nouveau réseau social socialiste et avoir notre propre télé sur le Net pour avoir notre propre force d'information et d'opinion

Internet a donc vraisemblablement laissé un goût amer à ces deux grands partis. Lors de la campagne présidentielle de 2012 leur utilisation est d'ailleurs restée discrète:

«En 2012, les grands partis étaient descendus sur Internet à reculons, de façon très verticale et partant très terne. Leur communication n'obéissait pas vraiment à l'esprit ouvert, divers et percutant du médium. Leurs campagnes n'étaient pas vraiment interactives. Ils opéraient une déclinaison mécanique de leur message sur le web, au lieu de créer des message spécifiques pour ce support», analyse Clément Sénéchal.

Cela peut s’expliquer par certaines caractéristiques structurelles des partis politiques en France. Pour Abel François, chercheur à l'université de Strasbourg spécialiste du financement des campagnes électorales, le fait que ce soient «des partis de cadres, et pas des partis de masse»explique leur peu d’aisance sur Internet. De plus, «le personnel politique est composé de générations rétives à Internet, qui ne savent pas le maîtriser», remarque le spécialiste du financement des partis politiques.

Nicolas Sarkozy a en effet trahi sa méconnaissance d’Internet le 21 juin, en déclarant dans le JDD:

«J'ai un million d'amis sur Facebook et je compte bien m'en servir. En plus, ça coûte zéro centime

C’était oublier que Facebook impose des règles de «reach», si bien qu’il n’y a environ que 4% des personnes qui likent la page Facebook de Nicolas Sarkozy qui peuvent potentiellement voir les messages qu’il publie. De plus, selon Arnaud Dassier, Facebook ne peut avoir qu’un rôle de «chambre de résonance» dans la panoplie d’un candidat, et il a comme effet pervers d’encourager le «slacktivisme» (littéralement, «activisme paresseux»).

«Une bonne opportunité»

Le changement pourrait donc venir des nouvelles générations de militants.

«Les partis ont compris je crois qu'ils ne pouvaient plus snober Internet, estime Clément Sénéchal. Une pression s'exerce notamment du côté des jeunes générations de militants, pour qui c'est un moyen de militer de façon proactive et permanente

Bien sûr, il n’est pas question qu’Internet se substitue aux modes traditionnels de mobilisation. Drapeaux, affiches et meetings seront toujours nécessaires pour galvaniser les troupes in real life. Mais Internet pourrait permettre de comprimer les dépenses de campagne, et d’associer plus largement et qualitativement les citoyens.

«Il y a un gros boulot à faire du côté de l’UMP, où on est à l’année zéro, comme en 2005. Il faut tout reconstruire, et c’est une bonne opportunité», estime Arnaud Dassier. Abel François est cependant sceptique:

«En 2017, ils feront peut-être moins de tracts, moins de meetings, sous la pression financière, mais la structure sera la même. L’enjeu pour eux, c’est de maîtriser l’agenda médiatique, or avec Internet, ils n’arrivent pas à contrôler le message.» 

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