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L’inévitable guerre pour l'argent

Publié par MaRichesse.Com sur 5 Juillet 2014, 00:48am

Catégories : #ARGENT, #MONDE

L’inévitable guerre pour l'argent

Dans un livre sombre, Jean-Hervé Lorenzi et Mickaël Berrebi tirent le signal d'alarme: toutes les conditions sont réunies pour la résurgence des guerres. La raison? A terme, le manque d'argent, une ressource que finiront par se disputer les puissances. La solution? Transformer nos sociétés de rentiers en sociétés d'investisseurs.

 

Quand notre classe politique sortira de ses petites affaires et lèvera le nez au-delà des prochaines échéances électorales, elle découvrira que le monde qui vient est si lourd de menaces que les guerres sont à nouveau possibles.

Telle est la sombre prédiction de Jean-Hervé Lorenzi, le président du Cercle des économistes, et de Mickaël Berrebi, auteurs d'un livre au titre glaçant: Un monde de violences. Les sources de conflits sont nombreuses et si «nous hésitons à évoquer la guerre… notre incapacité à les surmonter nous y conduira sans nul doute». On avait connu Lorenzi professeur d'optimisme, le voilà effrayant.

Le livre est, hélas!, assez convaincant. Il est d'abord utile pour qui veut se faire une idée claire des sources de conflits, appelées «contraintes» par les économistes. Elles sont six et sont passées en revue: la panne de croissance, le vieillissement, les inégalités, la désindustrialisation, la finance et l'épargne. Pédagogues, les auteurs en listent les effets et les causes, et présentent les différentes explications possibles. On ne s'arrêtera que sur l'une d'entre elles, la finance, avant d'en venir à l'essentiel du livre.

On s'arrête sur la finance parce que l'ouvrage présente une thèse nette: le monde financier s'est autonomisé dans les dernières décennies et aucun retour en arrière n'est possible. Les tentatives de régulation sont de la rigolade, «une utopie». La preuve en a vite été donnée par «la faiblesse du gouvernement américain, incapable de retrouver une quelconque autonomie par rapport à Wall Street».Surtout, les lois pour corseter les banques ont pour conséquence de pousser l'argent vers la finance non régulée.

«Le "shadow banking" n'a nullement été ralenti, au contraire, il a atteint 13.000 milliards de dollars d'actifs, en 2013, la moitié des avoirs gérés par les banques traditionnelles.»

 

 

 

 

Cette finance spéculative, inarrêtable, n'oeuvre plus que pour elle-même. Mais tant pis. Il faut en prendre son parti, «l'ennemi» de François Hollande est hors de portée. «La finance est désormais la première industrie du monde. Dont acte»,qu'elle vive sa vie. Pour les auteurs, c'est regrettable, mais ce n'est pas si grave dès lors qu'il est quand même possible de trouver les masses de financements nécessaires aux investissements de demain. Là est l'essentiel.

Le coeur du livre porte sur les immenses besoins d'investir dans l'innovation, dans les infrastructures, dans les besoins de l'économie à long terme pour retrouver des potentialités de croissance. Dans les pays développés, ces investissements se sont arrêtés, se plaignent les auteurs.

Les pays riches n'y ont plus consacré que 20% de leur PIB, en 2013, contre 23% en 1990, différence qui peut paraît mineure mais qui est gigantesque pour les économistes. Les pays en développement ont fait le chemin inverse: ils sont passés de 23% à 33%. Les pays riches devront «choisir l'avenir», c'est-à-dire investir s'ils veulent retrouver de la croissance. Or l'argent, l'épargne va manquer.

La planète va manquer d'épargne à cause de l'instauration de protections sociales en Chine, en Afrique du Sud et au Brésil. Les chiffres sont parlants:

«La Chine a réussi l'exploit de faire passer le taux de couverture de sa population pour l'assurance-santé en cinq ans, de 2005 à 2010, de 24% à 94%.»

Quand Barack Obama a, lui, toujours tant de mal avec son projet «Obamacare», la Chine passe à l'étape suivante: organiser un système complet à cinq branches couvrant la maladie, la vieillesse, le chômage, la maternité et les accidents du travail. Les dépenses sociales sont montées en Chine, en Inde, en Afrique du Sud entre 5% et 8% des PIB. Elles sont déjà à 16% au Brésil, comparé à la moyenne des pays riches de l'OCDE de 19%.

Ce basculement de l'épargne vers le social va retrancher, selon la thèse des auteurs, 2,3% de l'épargne mondiale au moment où le besoin d'investissement va grossir de 2,6%. D'où un «squeeze» de près de 5% du PIB mondial. Voilà qui explique pourquoi la planète, selon eux, va entrer dans une guerre de l'argent, laquelle pourrait devenir guerre tout court.

Les conséquences seront une hausse des taux d'intérêt, la belle période des taux bas va se terminer, une «guerre des changes», chaque continent voulant récupérer «la ressource rare» qu'est l'épargne, voire une guerre des générations. Les seniors possédant cette épargne seront, naturellement, peu enclins à prendre le risque d'investir dans un avenir où ils ne seront plus. Sans compter que les autres sources de conflits, le terrorisme, les dérangements climatiques, etc. les inciteront aux placements les plus sûrs.

Vaincre l'aversion au risque, telle sera la tâche prioritaire des Etats modernes, concluent les auteurs. Ils devront transformer une société de rentiers en société d'investisseurs, par une fiscalité « favorable à l'investissement», par de gros financement des recherches fondamentales, par la construction directe d'infrastructures où le capital privé ne peut aller.

Le livre ouvre d'autres pistes. Celle des «dettes perpétuelles», les gouvernements devront repousser les échéances à l'infini des dettes publiques qui accaparent l'épargne. Celle de l'ouverture inéluctable des frontières à l'immigration. Celle d'une refonte des politiques d'éducation.

«Aucun conflit n'est insurmontable, aucun n'est aisé à circonvenir», avertissent Lorenzi et Berrebi. Ces défis redonnent au contraire « tout son sens à l'action politique».

Nous y revoilà, à notre classe politique. La source d'alarme est bien là et uniquement là. 

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