Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Marichesse.com

Marichesse.com

Conseils, science, sante et bien-être


Jean-Marie Le Pen peut-il forcer sa fille Marine à choisir une idée politique?

Publié par MaRichesse.Com sur 14 Juin 2014, 00:32am

Catégories : #NEWS, #FRANCE, #PEOPLE

Jean-Marie Le Pen peut-il forcer sa fille Marine à choisir une idée politique?

«J'ai commencé à me battre par amour de mon père, et je continue à me battre par amour de la France.» Avec cette phrase, ou du moins sa première moitié, Marine Le Pen entérine l'idée selon laquelle on vote comme ses parents (les récents développements montrent également que, même en politique, on cherche à tuer le père. Ou c’est lui qui croit qu’on veut le tuer).

Aux Etats-Unis, la longue tradition des dynasties politiques (Kennedy, Roosevelt, Bush) illustre très bien la manière dont des générations entières peuvent être formées sur le même moule. La France n'échappe pas à la règle (les Sarkozy, Debré, Aubry/Delors & co) et on a du mal à imaginer que les filles et fils aient choisi leur orientation politique avec tout leur libre-arbitre.

Les contre-exemples sont aussi nombreux. En politique comme dans la société civile. François Hollande lisait Pif gadget en cachette de son père, militant d'extrême droite proche de l'OAS. Sur les rayons de librairie, on découvre en ce moment ce qui ressemble fort à des coming-out. Ainsi, le père de l'essayiste Pascal Bruckner était pro-nazi et le dessinateur Philippe Druillet  raconte comme il est «mal-né» d'une mère fasciste et d'un père admirateur de Philippe Henriot, ministre de la Propagande de Vichy.

Il s'agit évidemment de cas particuliers, et on sait que que les idées politiques comme toutes autres valeurs véhiculées par l'éducation sont solubles dans l'acquisition d'une certaine indépendance de l'enfant à l'entrée dans l'âge adulte.

Pourtant, selon une étude du Cevipof datant de 2007, une immense majorité de jeunes embrassent les idées politiques de leurs parents. 

La famille serait donc le creuset des opinions politiques et 75% des jeunes se situent dans la continuité des choix politiques de leur parents. Même s'ils ne votent pas nécessairement comme papa-maman, ils se situent dans le même camp idéologique. Cette porosité fluctue selon les temps politiques mais serait totalement de mise actuellement. Anne Muxel, sociologue au Cevipof et auteure de Avoir 20 ans en politique (Seuil), explique:

«Contrairement aux années 1960 et 1970, le vote des jeunes –dont seule une minorité se rend aux urnes– ne se démarque guère de celui de leurs aînés. Il n'est plus traversé ni par le désir de changer radicalement la société ni par des visées anticonformistes.»

Il est nécessaire de rappeler que seuls 50% des parents révèlent leur vote à leurs enfants, mais la transmission des idéologies peut se faire par bien d'autres biais: le journal qu'on lit et qu'on laisse traîner à la maison, la radio qu'on écoute ou les réactions devant le JT, bref les petits actes de la vie quotidienne sont des vecteurs d'opinion...

Hors du champ politique, l'expérience «Bobo doll» avait parfaitement démontré comment l'apprentissage social se fait par imitation. Le psychologue Albert Bandura avait exposé des groupes d'enfants à différents modes de comportement d'adultes: agressifs ou non agressifs.

Les enfants soumis au comportement agressif d'un adulte à l'égard d'une poupée avait majoritairement reproduit ce comportement violent. Les enfants qui avaient vu l'adulte traiter la poupée avec bienveillance s'étaient eux aussi montrés gentils.

Des séquences récentes (telles que l'enfant à  la banane) ont elles aussi montré l'influence de l'attitude des adultes sur celle des enfants.

Est-ce à dire que l'enfant à la banane sera une adulte raciste? Que les enfants trimballés par leurs parents aux manifs pour tous seront opposés au mariage homosexuel une fois adultes? Ou que les enfants de parents ayant voté François Hollande en 2012 seront socialistes dans 15 ans? Pas sûr...

Selon le degré de radicalité des parents, ça pourrait même être tout le contraire...

Une étude publiée par le British Journal of Political Science et menée en Grande-Bretagne et aux Etats-unis, révèle en effet que plus les parents forcent leurs enfants à adopter les mêmes idées politiques qu'eux, plus ces enfants sont susceptibles  d'adopter des idées opposées.

La véhémence et la radicalité des adultes seraient donc parfaitement contreproductives: «Sans le savoir, les parents qui ont des points de vue extrême donnent à leur progéniture le choix entre être tout à fait d'accord ou tout à fait en désaccord avec ces idées», explique l'auteur de l'étude.

Autrement dit, la radicalité entraîne mécaniquement le rejet, alors qu'il est beaucoup plus difficile pour un adolescent ou un jeune adulte de prendre le contrepied d'une opinion politique plus tiède ou moins exposée à l'enfant.

Ce rejet de l'idéologie parentale se ferait, selon les auteurs de l'étude, plus particulièrement au moment de l'entrée à l'université.  D'ailleurs, comme le note une journaliste de The Atlantic, «les militants conservateurs ont pendant des années reproché aux universités d'être des suppots de l'endoctrinement libéral (au sens américain du terme», ce qui tend à valider l'étude.

«Si ma fille ramène un musulman, je la tue»

L'hypothèse se vérifie dans le cas de Séverine. C'est dans le cadre de ses études qu'elle a commencé à affermir ses positions, radicalement opposées à celle de son père et de sa belle-mère. Quand elle est enfant, son père ne dévoile pas facilement son vote à sa fille, mais ses propos à l'égard des musulmans sont peu équivoques («Moi, quand je vais dans leur pays (à eux, les musulmans), je me plie à leurs us et coutumes, je m'y intéresse même. Mais quand eux viennent chez nous, ils veulent nous imposer leur manière de vivre, leurs lois, leurs voiles et je trouve cela inadminissible. On est en France, c'est à eux de s'adapter!»).

Sa belle-mère tient des propos du même acabit mais avec un message on ne peut plus clair: «Moi, si ma fille me ramène un musulman comme mari à la maison, je la tue.»

Séverine n'a jamais partagé ces opinions, elle a toujours voté à gauche voire à l'extrême gauche, mais son regard sur l'islam s'est affiné à son entrée dans l'adolescence pour devenir franchement opposé à celui de ses parents:

«Lors du débat sur le port du voile à l'école en 2004 et l'année d'après, avec les émeutes des banlieues, j'entendais les discours de mon père et j'avoue que j'étais un peu perdue entre mon sentiment qu'il avait tort et en ressentant une gêne vis-à-vis des femmes voilées. A l'époque, je ne comprenais pas vraiment comment on pouvait vouloir porter le voile. Je regardais des émissions TV où deux adolescentes voilées témoignaient. Mais je ne savais pas si, justement, elles s'étaient forgé leur propre discours ou s'il avait été prémâché par leurs parents. Parallèlement à ça, j'ai commencé à m'intéresser de plus près à ces sujets via le cinéma.

Je passais un bac audiovisuel à Bayonne. Lorsque j'ai découvert les films du réalisateur iranien Abbas Kiarostami, je crois que j'ai eu comme un déclic. J'y ai vu une beauté qui m'a fascinée et poussée à vouloir comprendre ce qu'il y avait sous les voiles, dans les têtes de ces femmes. Bien sûr, le contexte iranien n'a rien à voir avec celui de la France, mais m'intéresser à ce pays diabolisé à l'époque, et encore aujourd'hui, réputé comme extrémiste, m'a aidé à combattre les clichés et donc, à mieux rejeter ceux de mes parents. A me construire mon opinion en somme.»

Plus tard, elle a même travaillé et vécu dans des pays musulmans, malgré les mises en garde de ses parents. Elle a appris l'arabe, suivi des cours de culture musulmane, a passé un master de sciences de religions (études que son père n'a pas financées). De son propre constat, elle s'est construite en opposition avec ses parents.

Du lycée privé à l'université

L'opposion d'Anne-Claire s'est elle aussi affirmée quand elle s'est émancipée du cocon familial pour faire ses études. Ses parents sont de droite, et sabrent le champagne quand Chirac gagne la présidentielle, même si à 6 ans, elle ignore ce qu'est la droite. Plus tard, elle entendra ses parents râler contre «la génération d'assisstés entretenue par l'assistance-chômage» et «toute la misère du monde qu'on ne peut pas accueillir» et comprendra la géographie politique française. Anne-Claire est alors scolarisée en école privée ou dans des lycées français à l'étranger.

A son entrée à l'université, elle se lie d'amitié avec des personnes aux origines sociales modestes et réalise que «les opinions de (ses) parents étaient beaucoup guidées par leur classe sociale et un désir de reproduction sociale». A son premier vote, elle vote au centre. Elle se situe aujourd'hui à gauche.

De son côté, Cédric affirme s'être forgé une opinion politique hors du modèle familial:

«Je suis un pragmatique et si je suis de gauche, c’est par mes lectures, par mes questionnements, par des rencontres, par tolérance, pas par opposition à mon père

Ce père n'a lui non plus jamais caché ses opinions à ses enfants. Quand Mitterrand est élu, Cédric a 4 ans et il se souvient aujourd'hui parfaitement de la colère de son père éructant sur «ce qu’allait devenir la France avec tous ces immigrés, ces pédés, et la suppression de la peine de mort!». C'est à 12 ans, et à son arrivée au collège, qu'il prend vraiment conscience de l'idéologie paternelle (la mère est de gauche), mais il a fallu attendre le débat autour du mariage pour tous que que la rupture ait lieu:

«J'ai cru pouvoir lui faire comprendre des choses en faisant mon coming-out. Il s’est levé de table et il a mis 6 mois avant de me reparler...»

De toutes les personnes que j'ai interrogées, aucune n'est en rupture totale avec ses parents, et certains s'amusent même à les provoquer lors de déjeuners de famille. Mais tous estiment que leurs opinions politiques actuelles sont liées à ce qu'ils ont pu entendre dans leur enfance, quand ce n'est pas carrément une opposition nette et farouche au prosélytisme de leurs parents.

Tous les experts estiment qu'il est essentiel de parler politique aux enfants. Pour la psychanalyste Claude Halmos, les enfants doivent «comprendre qu'on vote pour des idées, des choix de vie, et pas seulement parce qu'on trouve que tel ou tel a une bonne tête. Ça apprend à l'enfant à développer son esprit critique, à comprendre qu'il ne faut pas se laisser éblouir par les beaux discours mais au contraire à aller voir sérieusement ce
qu'il y a derrière»
.

Il semble que ce soit effectivement ce que font les enfants que l'on a beaucoup immergés dans le discours politique: ils vont voir ce qu'il y a derrière, et parfois, ils y restent. 

Source

Commenter cet article

Archives